La Paracha Tazria par Rav Yaacov Spitezki Imprimer
Magazine - Paracha

LA FORCE DE LA PAROLE


Dans la Paracha Tazria la Tora nous décrit la « tsaraat », une affection de la peau qui touchait un individu ayant tenu des propos médisants. Cette maladie lui donnait le statut de lépreux et le contraignait à l’exclusion. Ceci est vraiment étonnant. Si une personne transgresse la volonté divine rien ne laisse transparaître sur lui qu’il s’est mal comporté. Or ici le rapport de cause à effet est évident.

 

Le récit de la création nous rapporte que lorsque D.ieu insuffla dans les narines de l’homme un souffle de vie, ce dernier fut défini en tant que « néfech ’haya », une âme vivante. (Genèse II, 7). A la différence de Descartes qui définissait l’homme comme un être pensant (« je pense donc je suis »), la Tora le positionne comme un être social. La définition du philosophe va générer l’orgueil et l’égocentrisme alors que celle de la Tora posera les fondements de la relation humaine dans sa plus noble expression : le dialogue. En tenant compte de cette donnée essentielle, il nous est possible de comprendre la gravité de la faute de médisance et la portée de ses conséquences. L’exclusion de la communauté venait signifier qu’avec des propos médisants, le lépreux avait porté atteinte à la définition même de son existence, à sa raison d’être. Dès lors, s’il pervertit cette dimension, il doit naturellement s’attendre à être rejeté de la communauté des hommes n’ayant pas assumé son rôle social.


Les sages du Talmud déduisent de cette déduction une autre idée, tout aussi importante, et relative à l’essence même du judaïsme : chaque être humain a été créé avec un but spécifique dont il ne peut, en aucune façon, se départir. Cette adéquation entre l’individu et la fonction qui l’accompagne est déterminante pour l’équilibre de la Création. Celui qui n’assume pas cette fonction entraîne un dysfonctionnement et un désordre dans le monde qui affecte son environnement personnel et l’humanité dans son ensemble. Il convient d’encourager chaque individu à pratiquer les commandements de la Tora. Les négliger peut causer du tort personnellement à celui qui transgresse une mitsva comme à son prochain et cela même si ce dernier est physiquement loin de lui.


ENTRE DEUX ETREMES


On peut développer une troisième idée. Comment une parole peut-elle avoir une incidence sur le monde physique ? Il est évident que cette conséquence n’est pas palpable de prime abord. Chacun d’entre nous est malheureusement souvent amené à tenir des propos médisants sans que pour autant les conséquences de cette dérive soient visibles à l’œil nu. A l’époque du Temple cela était possible. Mais de nos jours, ce phénomène miraculeux ne se produit plus. Toutefois cette idée porte en elle une vérité qui même aujourd’hui peut s’appliquer partiellement. La force de la parole réside dans sa position par rapport aux deux autres moyens par lesquelles un être humain s’exprime. De nombreux textes de la tradition juive expliquent que l’homme manifeste son identité par trois canaux : la pensée, la parole et l’action.


La pensée est une expression immatérielle alors que l’action affecte le monde physique. Entre ces deux extrêmes se situe la parole qui possède en elle une partie des caractéristiques des deux autres moyens d’expression. D’un côté , la parole n’est pas un phénomène palpable, les mots n’ayant aucune consistance matérielle. Mais la parole est aussi le fruit d’un mouvement physique des lèvres, de la langue et de la gorge. C’est la raison pour laquelle elle peut avoir une influence sur le monde physique, voire même le transformer.


C’est dire, combien nous devons redoubler de vigilance avant de parler.


RAV YAACOV SPITEZKI
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