La Paracha Behar par Rav Yaacov Spitezki Imprimer
Magazine - Paracha

 UN ORGUEIL BIEN PLACÉ


Chaque soir nous comptons l’Omer et nous nous préparons ainsi à Chavouot, l’anniversaire de la révélation du Sinai.
Les Rabbins sont unanimes pour faire de l’humilité la clé de voûte de notre attachement à la Tora. S’il en est ainsi, comment peut-on lire une paracha dont le nom est ’’ Behar- sur la montagne’’ qui renvoie à l’idée de hauteur. En général la sidra de ‘’Behar’’ est liée à celle de ‘’Be’houkotai’’. Et c’est dans le nom de la paracha ‘’Be’houkotai’’ que se trouve la réponse a notre interrogation.
Pourquoi donc la vertu de l’humilité es-t-elle considérée comme l’un des fondements du judaïsme. Pourquoi cette vertu, et pas une autre, est-elle si essentielle ? L’étude de la Tora et la pratique des mitzvot ont pour but de rechercher la proximité avec le Créateur et également d’établir des relations harmonieuses avec notre prochain. De cette façon nous arrivons à faire en sorte que « …notre volonté se fonde avec celle de de D.ieu… » (Pirké Avot II, 4). Ainsi même lorsqu’on fait des choses prosaïques comme manger, boit ou parler, on ressent la Présence de D.ieu.
Cette unité entre D.ieu et l'homme est-elle possible ? Oui mais uniquement lorsque l’homme se débarrasse de son ego afin de laisser de la place à D.ieu. Plus un homme est soumis à D.ieu, plus il peut être qualifié « d’homme de vérité ».



FORT COMME UN LION

Ce qui précède ne fait que renforcer la question initiale. Si le fondement d’un judaïsme authentique est la soumission au Créateur, comment à expliquer le nom de la paracha Behar (sur la montagne) ?
La réponse que proposent les Rabbins est de prime abord étonnante. Mais elle nous permettra d’affiner notre approche du judaïsme. Il existe un bon orgueil ! Il est vrai que lorsqu’une personne met en avant « sa » personne, « ses » sentiments, « son » point de vue, il s’éloigne de l’esprit du judaïsme. Et pourtant… Prenons un exemple tiré du Choulhan Arou’h , le code des lois juives. Il nous y est demandé, au lever du lit, d’être « courageux comme la panthère, rapide comme l’aigle…et fort comme le lion ». Extérieurement on peut voir dans ces attitudes des manifestations évidentes d’orgueil. Mais si l’énergie déployée à ce moment n’a pour but que le service de D.ieu, on peut alors parler d’un orgueil positif.

UNE POSITION ÉLEVÉE

On peut comprendre à présent pourquoi la paracha que nous lirons la semaine prochaine porte le nom de Bé’houkotaï qui signifie « dans Mes lois ». Si l’orgueil (Behar) s’exprime au travers de « Mes lois », on ne peut plus alors parler d’attitude moralement répréhensible puisque la hauteur prise par l’homme est celle du Créateur. Une petite histoire nous permettra de mieux le comprendre. On sait combien dans le monde hassidique l’orgueil est un trait de caractère faisant l’objet d’un rejet extrême. Étant à la source de toutes nos fautes, les Maîtres de la Hassidout exigèrent de leurs disciples de s’en éloigner le plus vigoureusement possible de tout forme d’orgueil. Pourtant, un élève de Rabbi Shneour Zalman de Lyadi affirmait s’être maintenu à son niveau spirituel grâce à l’orgueil. Il habitait une grande ville dont les tentations étaient nombreuses. Comment parvint-il à les repousser ? Il se justifia ainsi : « Je suis considéré comme un grand disciple du Rabbi de Lyadi. Comment de ce fait pourrais-je me laisser influencer par le mauvais penchant et perdre ainsi un niveau si élevé » !

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