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Photos : Roman Vishniak
Du temps que le Maguid de Mézeritch était encore inconnu, sa femme quitta la maison, par un après-midi d’hiver, pour se rendre au bain rituel. Par une tourmente de neige, elle s’égara, marcha longtemps, et n’arriva finalement devant le Mikvéh, qu’à la nuit. Quand elle eut frappé à la porte, le gardien furieux d’avoir été réveillé, refusa de lui ouvrir et lui cria de s’en aller. La femme en larmes, resta là dans la nuit glaciale. Vers minuit, elle entendit le tintement de clochettes et le trot de chevaux. Elle vit alors arriver un grand traîneau, qui s’arrêta juste devant la porte du Mikvéh et duquel descendirent quatre femmes.
Celles-ci frappèrent à la porte, et le gardien qui leur ouvrit en les regardant d’un air effrayé, les invita à entrer. Auparavant elles prirent soin de faire entrer avec elles, l’épouse du Maguid. Toutes ensemble, firent alors l’immersion rituelle, et après le bain, elles raccompagnèrent l’épouse du Maguid jusque chez elle.
Lorsqu’elle descendit devant sa porte, se retournant aussitôt, elle ne vit plus l’attelage car celui-ci avait disparu. Lorsqu’elle se glissa à l’interieur de sa maison, la voix de son mari, le Maguid, l’accueillit, en lui disant:
‘Alors, tu t’es baignée avec les Matriarches?’….Et ce fut cette nuit-là, qu’elle conçut son fils, Avraham Ha Mala’h…
(D‘après les récits hassidiques de Martin Buber).
Cette histoire, sur l’épouse du Maguid, n’est pas sans nous rappeller l’enseignement de l’Admour Hazaken à la fin du deuxième chapitre du Tanya. A cet endroit l'Admour Hazken nous enseigne que lorsque les parents se sanctifient, par l’immersion dans un Mikvéh, ils attirent un vêtement saint pour l’âme de leur enfant.
Par ailleurs, cette histoire illustre l’un des précieux enseignements que le Rabbi délivre dans le Dvar Mal’hout de la notre Paracha.
En effet, le Rabbi établit le rapport qui existe entre la Paracha et le jeûne du 10 Tévet. Les quatre jeûnes les plus importants de l’année sont tous liés à la destruction du Temple. Le jour du 10 Tévet, qui est le premier de ces jeûnes, commémore le siège de Jérusalem, par le roi de Bavel et de son armée. A première vue, ce jeûne représente le début de la destruction du Temple, mais la Hassidout nous dévoile son aspect profond.
Le Rabbi donne l’exemple d’une graine que l’on a plantée dans le sol, et qui avant de donner naissance à ce qui deviendra une plante, une fleur ou un arbre, se putréfie dans la terre.
Il en va de même pour le Temple. Sa destruction, comparable à cette graine qui se putréfie, n’est en fait que le stade qui précède sa reconstruction.
Ainsi, le siège de Jérusalem, fut l’occasion donnée aux enfants d’Israël de faire Téchouva. Le jeûne du 10 Tévet représente donc de manière profonde le début de notre Délivrance, car celle-ci sera justement provoquée par la Téchouva de tout le peuple d’Israël.
Dans les Temps messianiques, ‘l’Eternel effacera l’esprit d’impureté de la terre’, et le Rabbi explique qu’il apparaîtra alors aux yeux de tous l’aspect véritable de la réalité.
Rachi, au nom de Rabbi Elazar explique que ‘Depuis que le Temple a été détruit, une muraille de fer sépare les enfants d’Israël de leur Père qui est dans le ciel’. Le fer symbolise à présent l’exil et la destruction, mais notre mission consiste à dévoiler le niveau qu’il possède du côté de la sainteté.
Aussi, le Rabbi nous enseigne que le moyen de réparer le Temple durant cet exil, consiste à être dur comme le fer quand il s’agit de nous consacrer à l’étude de la Torah, et à tout ce qui à attrait à notre mission sacrée.
Par ailleurs, et c’est là l’un des points essentiels du discours du Rabbi, les lettres du mot ברזל (fer) sont les initiales de Bilha, Ra’hel, Zilpa et Léa, les quatres femmes de Yaakov, qui donnèrent naissance aux 12 Tsadikim des 12 Tribus d’Israël.
Dans l’ordre des lettres du mot ברזל les initiales des deux servantes Bilha et Zilpa précèdent celles des deux Matriarches, Ra’hel et Léa, et cela concorde avec l’enseignement du Rabbi, qui revient toujours dans le Dvar Mal’hout, selon lequel l’Essence divine réside dans les niveaux les plus inférieurs.
En effet, le fait que les initiales des deux servantes précèdent celles des deux Matriarches est une allusion aux Temps messianiques, quand la Séfira de Mal’hout s’élèvera au-dessus de tout l’enchaînement des mondes, ainsi qu’il est dit: ‘Une femme vertueuse (Mal’hout) est la couronne de son mari’
Les Matriarches représentent le niveau de Mal’hout du monde d’Atsilout, et les servantes, Bilha et Zilpa, représentent le niveau de la descente de Mal’hout dans les mondes inférieurs.
C’est à cela que se rapporte le verset des Téhilim selon lequel ‘La pierre négligée par les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle’.
Les ‘batisseurs’ sont une allusion aux Patriarches, lesquels construisent Mal’hout en s’unissant aux Matriarches (comme le mariage d’Itz’hak et de Rivka, qui représente l’union entre le Nom divin Mah et le Nom divin Ban, Likoutey Torah, Bra’ha, 86).
Or, les Patriarches ne voulaient pas (d’eux-même) s’unir aux servantes, ‘car ils répugnaient à descendre dans les mondes inférieurs’ (Dvar Malhout). De fait, les Patriarches répugnaient à ce que leurs lumières descendent dans un monde où la possibilité de choisir entre le bien et le mal est donnée à l’homme.
Les servantes, qui représentent la descente du Souffle divin dans le plus bas des mondes, ne sont donc pas sans évoquer notre mission d’éclairer les endroits les plus inférieurs, afin de provoquer la Délivrance finale.
C’est pour cela que la Séfira de Mal’hout finira par s’élever au-dessus de tout l’enchaînement des mondes, car l’Essence divine réside dans les endroits les plus bas, et la capacité des servantes à descendre dans ces endroits pour les raffiner, exprime toute leur grandeur.
Les principes selon lesquels ‘la fin d’une action est au départ dans la pensée’ et ‘le commencement est ancré dans la fin’ viennent confirmer que le niveau véritable des servantes précède celui des Matriarches, du fait qu’elles soient capables de révéler l’Essence divine dans les endroits les plus répugnés.
Cette idée est reprise par le Tsémach Tsédek dans le Or-Ha- Torah (Vaye’hi, page 2233).
Au sujet de la naissance de Yaakov, la Torah nous dit que Yaakov retenait dans sa main le talon d’Essav. Or, le talon est la partie la plus basse du corps, et Essav est lui-même un ‘racha’ (méchant).
Aussi, le Tsémach Tsédek explique que la main de Yaakov qui retient le talon d’Essav, exprime le fait que Yaakov était capable d’attirer le divin dans les endroits les plus inférieurs.
Les 17 années que vécut Yaakov en Egypte, furent les dernières, et les plus belles années de sa vie, car durant ces années, il transforma l’obscurité de l’Egypte en lumière. La Bénédiction qu’il adressa alors à ses enfants s’adresse également à nous-même, et le Rabbi souligne qu’elle nous permet jusqu’à aujourd’hui de briser les limites de l’exil, afin d’attirer la lumière de la Délivrance.
A l’exemple de l’épouse du Maguid de Mézeritch que rien n’arrête quand il s’agit d’accomplir la Volonté de D.ieu, à l’exemple de cette femme vertueuse à qui l’Eternel donna un fils surnommé ‘l’Ange’, puissions-nous avoir aussi le mérite de donner naissance au jour de la Délivrance finale, avec la venue de notre Juste Machia’h, trés bientôt et de nos jours, avec l’aide de D.ieu.
Rav Yaakov Abergel
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