Vivre avec Machia’h : une mission historique Imprimer
Magazine - Judaisme

Par Gérard Touaty

 

Une mission historique


L’essentiel de notre paracha est consacré au premier mariage juif de l’histoire, celui qui vit l’union de Its’hak, le second patriarche avec Rivka. Mais curieusement, le texte met plutôt l’accent sur la préparation de ce mariage : c’est par l’entremise d’un émissaire que les deux futurs époux firent connaissance. Un arrangement qui fonde l’histoire juive…


Sur près de 70 versets, la Thora nous décrit la façon avec laquelle Eliezer, le serviteur d’Avraham s’acquitte de la mission que lui confit son maître : trouver une épouse pour son fils Its’hak. De nombreux commentateurs s’étonnent, d’une part, de l’importance accordée à ce mariage (toute une paracha) mais surtout du fait que cette union est longuement préparée par un émissaire. Pour comprendre cet arrangement, il nous faut au préalable expliquer l’originalité et l’apport du don de la Thora qui devait se produire près de quatre siècles plus tard.


Un projet identique


Lorsque D.ieu donna la Thora à Son peuple, Il introduisit dans le monde une nouvelle dimension : grâce à la pratique des mitzvoth (les commandements), il devenait possible de rapprocher voire d’unifier la spiritualité et la matérialité. En d’autres termes, D.ieu donnait à l’homme la possibilité de sanctifier tous les éléments du monde matériel. L’homme lui-même est construit d’après ce projet : l’âme et le corps sont réunis en un seul être afin que l’âme transforme le corps et ses pulsions. On peut comprendre à partir de là, la portée de ce mariage, qualifié par la Tradition de « premier mariage juif ». Il annonce en fait l’innovation du don de la Thora. Comme le font remarquer les commentateurs, Its’hak et Rivka symbolisent le haut et le bas, la spiritualité et la matérialité. Its’hak était le fils d’Avraham, un homme en osmose totale avec le Créateur alors que Rivka était issue d’une famille et d’un milieu dépravés. Leur union préfigurait l’unité réalisée lors du don de la Thora. On pourrait penser toutefois que l’union confine à la conciliation : on gomme chez chacune des deux parties tout ce qui les oppose pour les rapprocher. Ce n’est pas la volonté de D.ieu. L’unité, c’est faire en sorte que les deux parties restent ce qu’elles sont et qu’ainsi elles parviennent à ne former qu’une seule entité.


Organiser la délivrance

C’est ce qui explique que ce mariage fut arrangé par un émissaire, un homme qui unifie deux concepts opposés : il est, d’une part, un être à part entière en pleine possession de ses facultés intellectuelles mais d’autres part, il doit annuler (sa personne et) sa volonté à celle de celui qui l’envoie. Eliezer avait donc la capacité d’unifier (véritablement) Its’hak et Rivka. C’est pourquoi la Thora lui consacre une place si importante. On ne trouve pas cette idée qu’au début de l’histoire. Elle apparaît aussi à la fin de l’histoire avec le Machia’h (le Messie) qui est aussi appelé un émissaire puisqu’il est envoyé par D.ieu pour « organiser » la délivrance finale. Et lui aussi est un être composé de deux extrêmes : il est un homme couverts de plaies et qui souffre, comme le décrit le prophète Yéchaya (Isaïe) tout en étant l’expression de la plus grande élévation spirituelle. De plus, il fait en sorte de sensibiliser les Juifs les plus loin du judaïsme à la Thora, comme l’explique le Rambam. Là aussi, on rapproche le bas (les Juifs éloignés) à ce qui est haut (la Thora). Que D.ieu nous donne le mérite très prochainement de vivre cette délivrance.
Gérard Touaty