Vivre avec Machia’h : Ordre et « désordre » Imprimer
Magazine - Judaisme

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Par Gérard Touaty

Se peut-il qu’un homme construise une maison et s’y installe avant qu’il ne finisse de construire les murs ? La démarche tient de l’absurde mais pourtant c’est ce qui se produisit dans le désert quand le Michkane, le Temple du désert, fut édifié.

 

A la fin de la parachath Pékoudé, la Thora nous rapporte que Moché (Moïse) dressa le Michkane et y introduisit tous les objets qui s’y trouvaient (1). Il prit la Table des pains et y plaça les pains. Il installa la Ménora et l’alluma. Il plaça l’autel des encens et y brûla des encens puis acheva son travail par la pose du rideau d’entrée du Michkane. Il aurait été plus normal de poser d’abord ce rideau et ensuite d’effectuer tous les tâches intérieures du Michkane !!! Pourquoi Moché a-t-il, ici, changé l’ordre des choses ?


Moché procéda de la sorte le jour de l’inauguration du Michkane qui fut un jour exceptionnel de l’histoire du peuple juif (2). Tous les détails de cette inauguration ont donc pour nous une valeur déterminante. S’il en est ainsi, nous devons considérer la démarche de Moché comme porteuse d’un enseignement.

 

Une connaissance graduelle

 

La pratique du judaïsme peut se concevoir de deux façons : on peut pratiquer la Thora sur un mode ordonné et graduel, c'est à dire en suivant une évolution franchissant lentement chaque étape de la connaissance de D.ieu. Cette option est, sans conteste, un bon choix mais elle est, par nature, limitée. Il existe une autre façon de servir D.ieu, une façon qui ne tient nullement compte de l’ordre. Quand parfois un Juif ressent le besoin de s’élever vers D.ieu avec un enthousiasme qui provient du fond de son âme, il brûle les étapes de l’ordre tant son désir du divin est fort. C’est le cas du Baal Téchouva (le repenti). Durant des années, il était loin de toute pratique juive. Puis un jour, il prend conscience de cette distance et veut se rapprocher de D.ieu. Mais il ne peut se contenter d’un retour graduel au judaïsme car il souffre trop. Pour recréer un lien avec le Créateur, il va changer de personnalité et devenir un autre homme. Il se couvrira la tête, mettra les Téphilines, respectera le chabbath ou mangera très strictement « cacher » sans perdre un instant pour rattraper le temps perdu et cela, même s’il ne comprend pas encore le sens de sa pratique.

 

Par amour

 

D’aucuns pourraient critiquer cette démarche. Notre paracha vient nous enseigner qu’une telle orientation est conforme à l’esprit de la Thora. Moché lui-même emprunta cette voie : au lieu de respecter l’ordre d’une construction graduelle, il brûla des étapes tant son désir de servir D.ieu était grand. Et avant même d’achever l’édification du Michkane, il alluma la Ménora, posa les pains sur la Table et fit brûler l’encens. Cette précipitation par amour caractérise notre époque où le retour à D.ieu est si puissant. Et c’est précisément ce moteur qui déclenchera la délivrance messianique, née d’un feu où la sincérité viendra bousculer l’ordre et l’habitude, parfois trop monotones. Mais il y a plus : si ce « mouvement désordonné » est inscrit dans la Thora, c’est qu’il est vrai et qu’il ne doit subir aucune critique. Allons plus loin. Il est une allusion à l’époque du troisième Temple puisque Pékoudé décrit l’édification du Michkane, le Temple du désert. C’est ce que nous voyons aujourd’hui, quand des milliers de Juifs se rapprochent du judaïsme sans un ordre graduel mais comme des individus qui se précipitent vers la vérité, attrapant telle ou telle mitzva pou être plus proche du Créateur.

 

Gérard Touaty


Notes

(1) Chap. 40, versets 20 et suite.
(2) Voir à ce propos le commentaire de Rachi sur le début de la parachath Chémini.