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Le philosophe français était la semaine passée en Israël. Il a eu droit à un traitement de VIP: visite de la base de Palmahim, entretiens avec les principaux dirigeants du pays, hormis Ehoud Barak, trop affairé. Bernard-Henri Levy a eu, surtout, le privilège d’être pris en charge par l’armée et de pouvoir accompagner une unité, dans le nord de la bande de Gaza. Rappelons que la prise de position du philosophe, dans son article ” Libérer les Palestiniens du Hamas”, avait suscité une vive polémique en France.
AVEC LE PATRON DU REDOUTABLE SHIN BET Yovan Diskin est le patron du Shin Bet, la mythique et redoutable Agence de Sécurité intérieure d'Israël. Il n'a, à ma connaissance, jamais parlé. En tout cas pas depuis le début de cette guerre. Il a une quarantaine d'années. Il est grand. Massif. Une allure militaire que démentent un jean, des baskets et un T-shirt. Il me reçoit, aux aurores, dans son bureau, au Nord de Tel Aviv, qui, avec ses meurtrières en largeur, ressemble à un blockhaus. "Tout cela pour Sderot, commencé-je? Ce déluge de feu, ces victimes, pour arrêter les Qassam sur Sderot et les autre villes et kibboutzim du sud du pays?" "Oui, bien sûr, me répond-il, excédé... Il n'y a pas un Etat au monde qui tolérerait de voir des obus tomber ainsi, tous les jours, sur la tête de ses citoyens". Puis, comme je lui réponds que je sais cela, comme je lui dis que je vais à Sderot, par principe et solidarité, chaque fois que j'arrive en Israël, et comme je lui dis aussi qu'il y avait peut-être des moyens, en négociant, d'éviter d'en arriver là, il s'interrompt, hausse drôlement les épaules et, sur le ton de celui qui, puisque l'on y tient, va entrer dans les détails techniques, reprend. "Il faut que vous compreniez, dans ce cas, qui sont les gens du Hamas. Nous les connaissons, ici, mieux que personne. J'ai l'impression, parfois, d'être capable de suivre en temps réel, parfois de précéder, leurs moindres décisions. Or nous avons pris conscience de trois choses". On lui apporte un gobelet de café qu'il boit d'un trait. "Leur stratégie, déjà, qui est celle des Frères Musulmans dont ils sont l'émanation et qui vise à la prise du pouvoir, sur longue durée, au Liban, en Jordanie, en Israël...". Je fais signe que je sais. "Bon. Cette alliance, ensuite, avec l'Iran, qui peut sembler contre-nature tant est lourd le contentieux entre sunnites et chiites, mais dont nous avons tout l'historique". La date: 1993. Le théâtre: un conseil d'Oulemas syriens, saoudiens, cisjordaniens, gazaouis. L'inspirateur: l'égyptien El Khardaoui, importateur en terrain sunnite de la stratégie chiite des attentats-suicides. "Et puis, enfin, l'essentiel: ce réseau de trois cents tunnels, creusés sous la frontière égyptienne avec l'accord tacite de Moubarak qui, chaque fois que nous lui en parlions, jurait qu'il allait s'en occuper mais ne faisait malheureusement rien tant il craignait de contrarier ses Frères Musulmans nationaux...". On peut - comme les pacifistes israéliens - se dire que la destruction des dits tunnels aurait suffi. On peut - c'est mon cas - estimer que, cette guerre ayant déjà eu pour effet de faire découvrir à la planète leur existence et de mettre donc les Egyptiens au pied du mur, Israël pourrait s'en tenir là et, dès aujourd'hui, 11 janvier, cesser le feu. Ce que l'on ne peut pas ignorer c'est ce fait - ce contexte: Gaza qui, évacué, devient, non l'embryon de l'Etat palestinien tant espéré, mais la base avancée d'une guerre totale contre l'Etat juif. (Lire la suite)
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