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POUR LE BIEN…
Lorsque les textes de la tradition juive évoquent la destruction des deux Temples de Jérusalem, ils nous invitent à lire une des tragédies de l’histoire juive. Mais une lecture au second degré peut faire basculer ces deuils dans une perspective vivifiante et régénératrice. C’est aussi le cas de notre paracha qui est toujours lue à quelques jours de la commémoration de la perte de ces deux édifices. Mattot, le nom de notre paracha, signifie « tribus » (au pluriel) mais il signifie aussi « bâtons ». Il est intéressant de noter qu’il existe un autre mot pour désigner une « tribu » : c’est le mot Chévèt qui signifie aussi…bâton ! Or si la langue hébraïque possède deux mots pour désigner un bâton, c’est parce que ces deux mots suggèrent l’existence d’une nuance qui ne pas un simple effet de style.
A L’ORIGINE
Le mot hébreu Chévèt renvoie à l’idée d’un bâton plus souple, un roseau qui est encore attaché à l’arbre. Quant à l’autre mot hébreu, Matté, c’est un type de bâton qui est devenu dur parce que coupé de l’arbre. Au niveau d’une lecture allusive des textes, nous sommes ici en présence de deux situations que peut connaître le peuple juif. L’arbre symbolise D.ieu qui est à l’origine des âmes. Quand le lien avec D.ieu est dévoilé puissamment, l’âme est appelée Chévèt mais quand ce lien est voilé et qu’extérieurement, on ne ressent pas l’attachement au Créateur, on parle alors de Matté. Au niveau ésotérique, Chévèt, c’est l’âme quand elle se trouve encore dans les mondes spirituels ; avant qu’elle ne ‘’descende’’ sur terre, pour ‘’s’ habiller’’ dans un corps. Matté, c’est l’âme incarnée dans le corps pour accomplir une mission sur terre. Elle sera confrontée aux vicissitudes de la vie matérielle et risquera de perdre toute la conscience du divin qu’elle connaissait quand elle se trouvait dans une situation idyllique. Le bâton est devenu dur, comme quelqu’un qui serait rebelle à la spiritualité parce que coupé de sa source de vie. Mais, cette vision dualiste pourrait nous amener à penser que la première situation est préférable à la seconde. La proximité avec le divin n’est-elle pas supérieure à ‘’l’exil’’ de l’âme sur terre ? Effectivement, la logique va dans ce sens. Mais cette rupture avec D.ieu, causée par la descente de l’âme, présente en fait une dimension positive.
LE TROISIEME TEMPLE
Lorsque l’âme se trouve à proximité du Créateur, elle est semblable au roseau souple parce qu’il il est encore attaché à l’arbre. Cette fragilité est en quelque sorte sa faiblesse car rien ne prouve sa grandeur. Mais lorsque l’âme ‘’descend ‘’ sur terre, elle s’éloigne de D.ieu. Et de ce fait, elle doit accomplir des efforts considérables pour retrouver sa proximité originelle. En luttant contre toutes les formes du Mal, elle va révéler son essence profonde que les difficultés du monde avaient voilée. L’exil la grandira ! Tel un boomerang qui va plus loin que son point de départ. C’est dans ce sens que nos Maîtres on pu dire que l’exil du peuple juif n’était pas une fatalité ou un accident. Il était une voie qui lui permettrait de connaître une élévation au même titre que l’esclavage (et l’exil) d’Egypte allait permettre le don de la Tora. C’est ce qui explique que la lecture de la parachath Mattot (les bâtons durs) a toujours lieu pendant la période qui rappelle la destruction des deux Temples. En effet, la descente de l’âme produira une situation d’exil au cours de laquelle les deux Temples connaîtront la destruction mais cette descente amènera une élévation exceptionnelle qui aboutira à la construction du troisième Temple qui lui sera éternel.
MASSEI
AGIR…
Ce Chabbath, nous achèverons le quatrième livre de la Torah. D’habitude, nous lisons deux Parachiot qui portent le nom de Matot et Massei. La première signifie « Les tribus » alors que la seconde signifie « Les voyages. » Il existe toujours un rapport entre le début et la fin d’un livre parce que l’ensemble forme une unité cohérente. C’est ce que nous tenterons d’expliquer.
À première vue, rien ne rapproche Bamidbar (Dans le désert) la première paracha de ce quatrième livre de la parachat Massé (Les voyages). Le rapport entre ces deux mots est purement indicatif et s’impose de lui-même puisque les Enfants d’Israël n’ont pu voyager que dans le désert durant les quarante ans qui suivirent la sortie d’Egypte. Ils n’ont effectivement traversé aucune ville pendant cette longue période. Pourtant, si le texte de la Tora met en évidence cette relation, c’est la preuve qu’elle existe sur d’autres registres.
DEUX PERIODES
Le premier terme (le désert) dégage un principe général. Les commentateurs expliquent que le concept de désert renvoie à l’idée de se retirer hors du monde alors que celui de voyages (Massé) évoque tout le contraire. Il fait référence au mouvement et à l’action.
On apprend de là, poursuivent-ils, qu’il doit exister, dans la vie d’un homme, deux périodes : une période « désert » et une période « voyages ». On ne peut affronter la vie et ses turbulences sans un temps de préparation spirituelle et intellectuelle. Il est nécessaire de consulter le « Code de la route » de l’existence. Avant de voyager, il faut réfléchir avec la Tora, le ‘’Code de la route’’ que D.ieu a donné à l’homme pour évoluer dans le monde sans embûches. C’est pourquoi nos Maîtres nous recommandent vivement d’encourager l’étude de la Tora avec nos enfants afin qu’ils puissent affronter la vie avec succès.
Cette dualité peut également se vivre au jour le jour. En effet, on veut nous apprendre ici que toutes nos actions, mêmes les plus banales doivent être imprégnées par la Torah.
Le concept de désert (réflexion) doit imprégner nos faits et gestes quotidiens. Ainsi, lorsque nous nous adressons à un voisin, à un client ou à un employé municipal, nous devons nous assurer d’avoir le dialogue d’un Juif attaché aux valeurs éthiques.
UN TRAVAIL SUR SOI
La réflexion qui précède va également nous permettre de définir un concept du judaïsme souvent mal compris. En effet, de nombreux commentateurs expliquent que le concept de désert sous-entend celui d’humilité. Effectivement, dans le désert, on se contente du minimum. On pourrait, ici commettre l’erreur de penser que l’humilité consiste à vivre hors du monde et à refuser tout engagement communautaire. C’est pour s’inscrire en faux contre cette idée que la livre de Bamidbar s’achève par une paracha portant le nom de Massé (les voyages). Ce mot met en relief les idées de mouvement et d’action.
Pour la tradition juive, l’humilité suppose, effectivement, un travail sur soi pour chasser l’orgueil mais dans le même temps, elle exige de nous une présence dans le monde et une implication concrète dans la société. Pas de belles paroles mais une action et une aide concrète pour ceux qui sont dans le besoin.
Cette coexistence de deux éléments apparemment contraires (introspection et œuvrer pour autrui) se retrouve chez Moïse qui est qualifié « d’homme très humble » et de « berger fidèle » c'est-à-dire de guide qui s’occupe à chaque instant de tous les besoins de son peuple. Puissions-nous nous inspirer au quotidien de son exemple.
RAV YAACOV SPITEZKI SHORASHIM Le centre pour les étudiants francophone Université Hébraïque de Jérusalem
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