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Par Gérard Touaty
A propos de la perception du personnage de Machia’h (le Messie), il existe une divergence notoire entre deux textes essentiels de la Tradition juive. Le premier vient du Talmud (1) qui affirme que le Machia’h est une des trois choses qui surviennent quand on ne s’y attend pas. L’autre texte est tiré des « Treize articles de foi » (2) du Rambam (Maimonide) qui déclare que l’on doit attendre chaque jour le Machia’h. En fait, on pourrait trouver de nombreuses paroles de nos Maîtres mettant l’accent sur l’importance d’attendre et de se préparer à la délivrance. Dès lors, ce texte du Talmud pose problème !
Une approche précise du texte talmudique nous apportera un éclairage plus significatif. L’expression « quand on ne s’y attend pas » est la traduction des mots « issa’h hadaath » qui signifient plus précisément « quand on éloigne la connaissance logique ». A partir de là il nous est possible de répondre à notre question initiale : le concept et le personnage de Machia’h sont éloignés de la connaissance (humaine) logique. Ils ne peuvent être appréhendés avec les normes traditionnelles de l’esprit. Le Maharal (3) de Prague dira que « la personnalité du Machia’h n’a rien à voir avec les critères du monde naturel », en d’autres termes, il sera tellement grand spirituellement qu’il nous échappera. Dans le sillage de cette explication, on peut rapporter cette anecdote : lorsque l’on demanda au Admour Hazakène (4), le premier Rabbi de Loubavitch, comment pourra-t-on être surpris par la venue du Machia’h si nous avons l’obligation de l’attendre chaque jour, il répondit qu’il n’y avait pas de contradiction entre les deux textes, parce que le Machia’h qui viendra n’est pas celui que l’on attend ! Autrement dit, nous attendons un libérateur avec des critères humains de perception alors qu’il sera un homme qui dépassera les normes humaines, tant il sera spirituellement très élevé.
Un effort considérable
Une seconde explication est proposée par le Rabbi de Loubavitch. Elle a le mérite de concilier les deux textes tout en apportant une dimension nouvelle à l’attente messianique. Incontestablement, tous nos Maîtres sont unanimes pour dire que notre foi en la venue de Machia’h doit être permanente mais sur quel mode doit-elle être vécue ? C’est le Talmud qui répond : Machia’h ne pourra venir que « lorsque l’on aura éloigné la connaissance logique ». Il faut se dépasser et sortir de sa tranquillité intellectuelle pour provoquer la délivrance. C’est ce que signifient les mots « Eloigner la connaissance ». Il faut mettre de côté une approche logique et réfléchie de la délivrance. En fait, Machia’h ne peut venir qu’à l’issue d’un effort considérable, à la mesure de l’évènement où chacun doit être prêt à sacrifier son confort matériel et intellectuel.
Un temps de rupture
C’est une des raisons qui expliquent pourquoi le monde qui annonce Machia’h est un monde atteint par toutes sortes de plaies sociales, morales et psychologiques telles qu’elles sont décrites par le Talmud. Le monde de l’ère messianique est une ère radicalement nouvelle qui se situe au-delà de nos perceptions traditionnelles. C’est pourquoi avant son éclosion le monde doit connaître une rupture pour nous signifier que la délivrance n’est pas la suite du temps qui le précède. Il inaugure une période nouvelle de l’histoire où la connaissance du Créateur sera la seule préoccupation de l’homme.
Gérard Touaty
Notes
(1) Traité Sanhédrine, p. 97a (2) Un texte qui regroupe les 13 bases de la foi juive (3) L’un des plus grands Maîtres de la tradition juive (1525-1609) (4) (1745-1813)
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