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Par Gérard Touaty
La parachath Noa’h nous relate le récit du déluge qui recouvrit toute la terre durant plus d’un an et qui vit, à la suite de ce cataclysme, l’émergence d’un monde nouveau. A ce propos, le texte nous précise qu’à l’issue de quarante jours et quarante nuits de pluie intense « toute chair fut détruite ». De nombreux commentateurs s’interrogent sur la pertinence de cette précision qui peut paraître superflue dans la mesure où D.ieu avait déjà annoncé à Noa’h qu’Il allait effacer toute trace de vie sur la terre ! C’est donc l’indice pour nous que cet « anéantissement de toute chair » doit être compris sur un autre registre.
Sur la plan allusif, l’eau (du déluge) recouvrant la terre symbolise une situation idéale, celle des temps messianiques qui verra la connaissance de D.ieu imprégner le monde comme le Rambam (Maimonide) le rappelle "…car la terre sera remplie de la connaissance de D.ieu comme l'eau recouvre les océans" (1). Après la venue du Machia’h, Juifs et non Juifs n’auront d’autre préoccupation (chacun à leur niveau) que le désir de connaître D.ieu. Dès lors on peut comprendre la précision « toute chair fut détruite ». Il ne s’agit pas ici de la mort physique des créatures mais de l’anéantissement de la matérialité. La spiritualité sera si intense que l’homme ne s’attellera plus à la poursuite des plaisirs du monde qui lui paraîtront futiles tant la gloire du Roi des rois inondera le monde.
Des moments difficiles
Cette donnée, inhérente aux temps messianiques peut aussi être vécue de nos jours durant la période de l’exil. On trouve en effet, chez nos Maîtres, l’idée de « délivrance particulière » qui peut affecter un individu dans sa vie personnelle : si un homme s’investit profondément dans l’étude de la Thora au point que cette étude imprègne sa vie, (comme l’eau recouvrait la terre) il peut alors connaître une délivrance personnelle qui l’affranchira du carcan des contraintes matérielles. Allons plus loin : l’idée de « destruction de toute chair », telle qu’elle est mentionnée dans le déluge peut être comprise sur une autre échelle. Nous connaissons tous, dans notre vie des moments de détresse, ou de découragement qui ont pour effet d’affaiblir notre pratique du judaïsme. L’origine de ces moments difficiles est à mettre sur le compte de nos désirs matériels insatisfaits. Dès lors dans quel sens faut-il agir pour surmonter ses difficultés ? Il faut sans cesse renforcer notre attachement à la Thora, répondent nos Maîtres. Plus la Thora (l’eau) s’installe au cœur de notre vie, donnant aux évènements de l’existence la coloration de l’Infini, plus nos problèmes finis et limités liés à la matérialité se réduiront.
Des eaux tumultueuses
Cette vision des choses nous permettra de répondre à une question fréquemment posée au sujet du déluge. De nombreux ouvrages rapportent l’idée que les eaux tumultueuses du déluge symbolisent les difficultés que l’on peut rencontrer pour gagner notre vie, une image donc, quelque peu négative. D’un autre côté, les Maîtres du Zohar expliquent que les eaux du déluge avaient une fonction de purification (comme les eaux du Mikvé) pour débarrasser le monde de son impureté après les fautes des hommes. En tenant compte de ces deux paramètres, on peut légitimement s’interroger sur le sens de cette contradiction : comment ces eaux peuvent-elles à la fois sous entendre une idée négative (les tracas de la subsistance) et une idée positive (la notion de purification) ? En fait les soucis du gagne pain n’ont d’autre raison d’être que la purification de notre personnalité qui la débarrasseront du profond sentiment d’orgueil qui imprègne tous nos comportements. Nous pensons, à tort, que notre réussite matérielle n’est que le fruit de nos stratégies commerciales ou de nos efforts. Pour faire disparaître de notre esprit cette conviction, D.ieu aménage des difficultés afin d’anéantir notre Moi. Pour se rappeler que tout ne dépend que de Lui et que nous ne sommes que les moyens de Son projet.
Note
(1) Fin du Michné Thora
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