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Un Hassid du Baal Chem Tov se rendit quelques temps après le saint jour de Yom Kippour chez son Maître. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Pendant le saint jour de Kippour, il avait versé d’abondantes larmes. Il avait regretté amèrement ses fautes, et avait pris la ferme décision d’abandonner toutes fautes, de laisser derrière lui tout ce qui pouvaient devenir un voile qui le sépare du Saint béni soit-Il et de Sa Volonté béni
Or, peu de temps après avoir été lavé de tous ses péchés, le Hassid succomba à un désir inspiré par son mauvais penchant. Il se rendit donc chez le Baal Chem Tov, et lui fit part de son désarroi. Comment? Comment avait-il pu succomber? Il avait pourtant prié d’un coeur sincère et ses larmes versées pouvaient témoigner en sa faveur, en disant à quel point son intention de faire le bien et de s’éloigner du mal était véritable.
Le Baal Chem Tov écouta son Hassid et lui fit la réponse suivante:
‘Certes tu as pleuré le jour de Yom Kippour! Tes larmes ont effectivement coulées, mais elles ne sont pourtant pas parvenu à t’empêcher de fauter à nouveau après celà…La raison est simple, tu n’as pas compris que lorsque tu pleurais, c’était un cadeau divin! Hachem t’a permis de pleurer, Il a ouvert ton coeur, et grâce à celà tu as pu libérer tes larmes, tu as pu pleurer. Sans l’aide du Saint béni soit-Il, ton coeur se serait endurci et tu n’aurais pas pu verser une seule larme! Au lieu de celà tu a cru être le seul responsable de tes larmes, et tu as ressenti de l’orgueil en te disant que tu as fait une Téchouva sincère, que tu étais parvenu à pleurer au moyen de tes propres forces, et c’est pour celà que, peu de temps après, tu es tombé!
Cette histoire n’est pas sans nous rappeller cet autre enseignement du Baal Chem Tov, selon lequel ‘tout vient de D.ieu, même cette feuille fragile qui tombe d’un arbre obéit à l’ordre divin’, et celà est aussi vrai pour une larme qui coule.
De fait, nous devons prier l’Eternel de savoir prier, c’est à dire d’avoir conscience qu’Il est Le seul à pouvoir ouvrir notre coeur, à le libérer de l’emprise de notre pauvais penchant et de notre âme animale, et ce sentiment doit nous accompagner, avant pendant, et aussi après nos prières.
A l’évidence, lorsque le Hassid pleura le jour de Kippour, ses larmes provenaient du plus profond de son coeur. Elles exprimaient le lien le plus profond de ce Hassid avec son Père qui est dans le ciel. Cependant ce lien s’estompa peu à peu face à la force du mauvais penchant. Au lendemain de Kippour, le Hassid sans s’en rendre compte était de moins en moins animé par la force et le désir de l’essence de son âme. Celle-ci retrouvait son état d’exil, et le Hassid perdait peu à peu connaissance du fait que ses larmes avaient été un cadeau du ciel.
Un Hassid véritable s’efforce tout au long de l’année de ne pas perdre de vue l’objectif, d’éveiller l’essence de son âme, afin de rester lié à l’Eternel, du lien le plus profond, et ce, à tous les moments de son existence. Ce faisant il ne peut jamais être gagné par l’orgueil, car son lien avec D.ieu l’éclaire constamment, et lui rappelle en permanence que tout vient de Lui, même ses larmes de Téchouva.
A la lumière de cette histoire du Baal Chem Tov, il est possible de donner une raison pour laquelle les larmes sont salées. Nul n’ignore en effet, que le Sel est le signe de l’Alliance de l’Eternel avec les enfants d’Israël. De fait, le Saint béni soit Il est allié à nos larmes, en leur permettant d’exister, et en considérant chacune d’entre-elles.
Par ailleurs, le Choffar représente aussi l’Alliance de l’Eternel avec les enfants d’Israël. La Hassidout nous enseigne que le son du Choffar provient du plus profond du coeur, de l’essence de notre âme qui est enracinée dans la l’Essence divine. Lorsqu’en ces jours redoutables nous sonnons du Choffar nous révélons ce lien essentiel qui nous unit à l’Eternel. L”Eternel illumine alors nos âmes, comme c’est le cas plus particulièrement le jour de Kippour, au moment de la Neïla. Lors de cette prière, le lien du niveau le plus élevé de notre âme avec D.ieu, brille manifestement et intensément. Aussi, c’est peut-être pour celà qu’au terme de nos prières de Kippour nous sonnons une ultime et longue fois du Choffar, car ce son qui marque la fin du jour de Kippour vient sceller le début d’une nouvelle Alliance. Une Alliance d’une telle force, que jamais nous ne pourrons oublier que même nos larmes viennent de Lui. Une Alliance d’une telle beauté que très bientôt, et de nos jours, ce seront des larmes de joie qui accompagneront la venue de notre Juste Machia’h.
(Pour la santé de Hananiah ben Yamna et de Esther Malka bat Peirel)
Rav Yaakov Abergel
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