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Avant les fêtes de Roch Hachana, dans la Maison de prière, le Rabbi précédent, Rabbi Yossef Itz’hak Schneerson dut choisir un Hazan, parmi deux Hazanim, pour diriger les prières du jour du jugement de Roch Hachana.
Le Hazan qui ne fut pas choisi, se présenta devant le Rabbi en lui demandant les raisons de son refus. Le Rabbi lui répondit qu’il avait choisi l’autre Hazan parcequ’il pleurait quand il priait.
Etonné par la réponse du Rabbi, le Hassid rétorqua que lui même pleurait aussi quand il priait.
Le Rabbi lui fit alors cette réponse:
‘Il est vrai que tu pleures aussi quand tu pries! Cependant tu pleures au moment de la prière où nous implorons l’Eternel de nous inscrire dans le Livre de la vie, alors que le Hazan que j’ai choisi pleure quand, dans notre prière, nous implorons l’Eternel d’être notre Roi. Tu pleures pour ce qui te touche personnellement, alors que lui, pleure parcequ’il est touché par D.ieu! Et c’est pour celà que je l’ai choisi’.
L’histoire s’arrête ici, et pourtant, c’est une histoire qui ne finit jamais, ou plutôt, qui finira à la venue de notre Juste Machia’h. Cette histoire exprime toute la profondeur du Hassidisme, tout ce qui est essentiel dans notre mission, de faire de ce monde une demeure pour l’Essence de D.ieu .
La mission du Rabbi consiste à révéler la partie la plus élevée de notre âme, et cette histoire nous enseigne l’importance de nous détacher de nos propres désirs, afin de ne considérer que le désir du Saint béni soit-Il.
En effet, il est un enseignement bien connu dans la Hassidout selon lequel, le fait d’agir au-delà de nos propres limites, a pour effet que le Saint béni soit-Il Lui-même agit à son tour au-delà des limites.
Aussi, dans le Livre du Tanya, l’Admour Hazaken nous enseigne au sujet de la Tsédaka, l’importance de ne pas nous limiter dans cet acte. De fait, la Tsédakah est appelée ‘La’ Mitsvah. Elle est décrite par le Rabbi, comme étant ‘une route qui permet d’aller d’une ville à une autre’, en d’autres termes, si l’on peut dire, d’aller de l’exil à la Guéoulah.
L’Eternité ne suffirait pas à parler de la Tsédakah. L’Admour Hazaken dit d’elle, qu’elle est ‘véritablement la Mitsvah de l’Eternel’. Il emploie ici aussi le terme: véritablement (mamach), et celà n’est pas sans nous rappeller que l’Admour Hazaken emploie ce même terme dans le Livre du Tanya pour qualifier l’âme divine, laquelle est ‘véritablement une parcelle de divinité d’en-haut’.
Le Rabbi écrit aussi que la Mitsvah de la Tsédakah est ‘très large’, qu’elle ‘permet le dévoilement et le reflet de la lumière infinie de D.ieu qui entoure tous les mondes’, et celà signifie que la Tsédakah que nous accomplissons durant la fin de l’exil, constitue le réceptacle de la lumière divine qui est appellée à se révèler lors de la résurrection des morts.
Aussi, nous pouvons comprendre la raison pour laquelle l’Admour Hazaken met en évidence l’importance de donner la Charité en brisant les limites de ce geste.
Dans notre histoire, le Rabbi choisit, comme Hazan pour le jour de Roch Hachana, le Hassid qui pleure au moment où il est question de la grandeur de D.ieu. Ses larmes dépassent les limites, car la mission de ce Tsaddik n’implique pas sa propre existence. Le seul but qu’il recherche consiste à dévoiler la Présence divine.
Il est possible d’appliquer cet exemple dans notre relation avec un autre juif. Aimer un juif au-delà des limites ne signifie pas seulement que l’on va au-delà de nos capacités à aimer. Celà ne signifie pas que l’on fait abstraction de notre propre volonté, afin de satisfaire la volonté de l’autre.
Aimer un juif au-delà des limites signifie regarder l’âme de ce juif au-delà des limites du corps. Elever notre regard au-dessus de l’enchaînement des mondes, vers l’endroit d’ou provient l’âme de ce juif. La source de son âme, l’endroit où elle se tient depuis toujours, ainsi que déclare le Rabbi: ‘L’essence de l’âme d’un juif est enracinée dans l’Essence divine’.
Le Rabbi explique que le fait de méditer sur le sujet de l’essence de notre âme détient le pouvoir de la réveiller, et si l’on médite aussi au fait que l’âme de ce juif, qui se tient devant nous et qui attend un geste de notre part, est également enracinée dans l’Essence divine, alors les sources de l’enseignement du Baal Chem Tov se répandront tout naturellement à l’extérieur, et sans aucun doute notre Tsédakah brisera les limites, et elle deviendra le large réceptacle de la lumière de la résurrection des morts.
Lorsque l’Essence divine illumine les vêtements de notre âme (nos pensées nos paroles et nos actes) la conscience de notre propre réalité s’efface devant la Volonté du Saint béni soit-Il.
Celà ne signifie pas pour autant que nous n’existons pas à ce moment, bien au contraire, l’Eternel attend de nous-même que nous investissions toutes les forces de notre âme. Tous les détails de notre personnalité comptent à ce moment. Mais ce moment a ceci de particulier qu’il se fond dans la Volonté du Saint béni soit-Il. La lumière de l’Essence divine nous illumine tel un baiser divin.
Puisse cette année nouvelle être à l’image de ce baiser, avec la Révélation de notre Juste Machia’h, le dévoilement de D.ieu et de la profondeur de Sa Volonté bénie.
(Pour la santé de Esther Malka bat Peïrel, de Hanania ben Yamna, et de Haïm ben Esther et pour la réussite de Chmouel ben Rou’hama).
Rav Yaakov Abergel
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