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 De Dr. à g. : José Manuel Barroso, Président de la Commission européenne, Rav Lévi Matusof, Hans-Gert öttering, Président du Parlement européen. Les habitants des 27 pays membres de l’Union européenne votent du 4 au 7 juin pour élire leurs représentants au Parlement de Strasbourg. Or, c’est un fait que la construction de l’Europe n’est pas sans conséquence sur le sort des communautés juives, à l’exemple des péripéties actuelles autour du dossier de la che’hita. Le Rav Lévi Matusof, chalia’h du Mouvement Loubavitch auprès des institutions européennes, en est convaincu : «Nous ne pourrons faire une différence qu’en allant voter!», affirme-t-il.
Hamodia : Les sondages annoncent un taux d’abstention record. Si les Européens et les Français en particulier sont aussi peu intéressés par le sujet, pourquoi les Juifs devraient-ils l’être ? En un mot : pourquoi voter ? Rav Lévi Matusof : C’est d’abord parfois une obligation légale, comme en Belgique. Mais voter, c’est avant tout donner son opinion. Et le peuple juif doit exprimer sa voix ! D’ailleurs, cela concerne les citoyens en général, et pas uniquement les Juifs. Nous avons la possibilité de « bénir » ceux qui prennent les décisions et donc de faire en sorte que nous soyons nous aussi entendus. Voilà la raison pour laquelle il faut voter. Concernant ce scrutin des européennes, l’abstention prévue par tous tient surtout au fait que les gens ne voient pas ce que l’Europe pourrait leur apporter… Or ne pas voter, c’est laisser le champ libre à l’extrême droite et à ceux qui n’aiment pas les Juifs ! C’est un risque que l’on retrouve partout : en France, en Belgique, en Grande-Bretagne ou encore en Pologne, par exemple. Pour contrer les antisémites professionnels, on peut bien sûr faire des condamnations et des communiqués... Mais exprimer sa voix dans les urnes reste le moyen le plus efficace. En un mot : une trop grande proportion d’abstentions pourrait nous faire du tort !
Alors peut-on dire que l’Europe, c’est bon pour les Juifs… ? Le principe de l’Europe, c’est l’unité, la paix et le recul de la guerre. Alors oui, c’est évidemment bon pour les Juifs ! Car il y a beaucoup de bonnes valeurs dans l’idée européenne. D’ailleurs tous les partis politiques d’extrême droite et antisémites sont anti-européens ! Notre voix peut-être entendue. Nous qui avons cette chance de pouvoir participer à cette construction, faisons en sorte que l’Europe qui se met en place prenne en compte nos préoccupations et nos attentes de citoyens juifs. (Lire la suite)
Mais l’Histoire montre aussi que les peuples européens se sont aussi souvent trouvés un dénominateur commun à travers la haine et la destruction des Juifs. L’Union européenne, c’est loin d’être la guéoula… ! Bien sur que non ! Mais saviez-vous que dans le Traité de Lisbonne, le judaïsme est mentionné comme « élément » de l’identité européenne ? Le texte de ce traité réaffirme également les principes fondamentaux de la « liberté d’expression et de religion ». Ce qui exclut de fait l’extrémisme et l’antisémitisme.
Quel est vôtre rôle précis dans l’instance européenne suprême qu’est le parlement de Bruxelles ? Globalement, je représente les intérêts juifs au sein des institutions européennes. Je travaillais à temps plein pour le Centre rabbinique européen et le Centre communautaire juif européen, et aujourd’hui je coopère en même temps avec d’autres organisations juives pour l’intérêt du judaïsme. Depuis dix ans, nous avons créé des contacts à tous les niveaux de ces institutions. Le but est d’apporter à l’Europe une valeur ajoutée par la culture et les valeurs du judaïsme. Ce n’est pas là quelque chose de politique. Notre domaine, c’est en effet la culture du judaïsme et l’éducation à la yiddishkeit.
Bruxelles est une énorme « machine » composée d’une multitude d’institutions. Êtes-vous en contact quotidien avec tous ces rouages ? Aujourd’hui encore, j’étais en réunion avec le président d’un parti politique européen pour préparer ces élections. Ils désiraient obtenir notre soutien. Je leur ai répondu que nous ne soutenons aucune formation précise, mais que nous encourageons les citoyens juifs européens à aller voter. On nous consulte ainsi régulièrement - surtout en Europe de l’est - pour mieux cerner les attentes et les besoins des diverses communautés juives. Ceci dit, il ne faut pas trop exagérer avec ce véritable mythe de la « complexité » des institutions européennes ! En réalité, les choses ne sont pas si compliquées. Il y a ainsi trois structures principales : le Parlement, élu directement par les citoyens européens ; la Commission européenne, qui agit comme une sorte de gouvernement et qui représente les intérêts généraux de l’Europe ; et enfin, le Conseil de l’Union européenne qui est une structure diplomatique au sein duquel chaque État membre est représenté pour faire avancer ses intérêts nationaux.
Et les lobbies? À Bruxelles, on sait très bien qu’ils ont une existence officielle. Alors peut-on et doit-on parler de « lobby juif » européen ? Il faut d’abord savoir qu’il y a beaucoup d’organisations juives présentes à Bruxelles et également beaucoup d’autres qui n’y ont pas pignon sur rue, mais qui travaillent au niveau européen global. Ainsi, l’an dernier, un rapport du Parlement de Bruxelles traitait de la question des lobbies dans les institutions européennes. Un amendement a été adopté pour dire que les eprésentations religieuses ne sont justement pas des lobbies mais des partenaires des institutions européennes. Ce qui revient à affirmer clairement que les associations religieuses ne sont pas des lobbies.
Cette différence sémantique est certes fort importante, mais dans les faits, ne fonctionnez- vous tout de même pas comme un lobby ?Il s’agit là effectivement d’un travail de longue haleine qui demande beaucoup de compétences et de diplomatie pour arriver à des résultats. Mais il faut faire très attention avec les mots : parler de lobby, cela permet à certains antisémites notoires de réécrire le « Protocole des Sages de Sion » à leur manière !
Mais les Juifs doivent-ils constituer une force politique au niveau européen ? Il y a malheureusement des pays dans lesquels les communautés juives sont très impliquées dans la vie politique locale - ce qui n’est pas toujours favorable à l’image des Juifs en Europe. J’estime que s’il est important que des individus juifs soient actifs à tous les niveaux de la société, les communautés ne doivent pas prendre parti politiquement. Car cela ne peut avoir que des conséquences néfastes! Notre chance aujourd’hui est d’être présents dans la formation de l’Europe. Espérons que ce que nous faisons au quotidien pour la communauté et les citoyens juifs en Europe permettra à nos enfants de vivre dans la paix et la tranquillité, parallèlement à notre vie en Israël et à la venue de Machia’h. Et donc, si l’on veut que notre voix soit entendue et si l’on veut faire une différence, ce n’est pas seulement avec des slogans et des communiqués. Nous ne pourrons faire la différence qu’en allant voter !
Propos recueillis par Serge Golan
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