
 M. Meslati et M. gabay
Je me trouvais il y a quelques semaines parmi des prisonniers juifs en Israël, pour une mission qui doit rester confidentielle. Là-bas mon travail fut entre autre de rencontrer des prisonniers isolés. Sur notre Terre la justice civile est particulièrement lourde, les peines sont longues et nous paraissent disproportionnées en rapport de la faute commise par le condamné, et ce n’est pas un vain mot que d’affirmer qu’ils attendent tous « la guéoula ». J’ai donc rencontré dans une prison particulièrement difficile du nord d’Israël, un prisonnier condamné à 15 ans de réclusion. Il avait déjà accompli onze longues années en réclusion. Onze années qu’il avait quitté sa famille, son épouse avait eu le temps de divorcer, d’une part elle sétait retrouvée ruinée après le procès suite aux frais judiciaires, s’était remariée et les enfants avaient grandi. Des enfants de 7, 9 et 11 ans, qui ne voient leur père que dans un parloir, qui grandissent avec un «nouveau papa» ... onze ans passent et l’oubli s’installe. On ne visite, après cinq ans seulement, le prisonnier qu’une fois par mois, puis deux fois par an, puis tous les ans et après huit ans on ne le visite plus du tout, juste un petit mot quelquefois... Lire la suite
Ce prisonnier est aujourd’hui seul, sans visite, sans aide financière pour ses petits achats bref, isolé et enfermé. Il me confia qu’il avait un frère mais il ne savait pas où il était. Il s’appelait Mendi, et son nom de famille commençait par Rabi...A notre première rencontre je lui fis un large sourire : - Mend Rabi… i !!! Avec un nom pareil tu dois être un sacré hassid !! - Non, je ne pratique pas... - Mendi, je pense que tu devrais prier et pratiquer, plus tu résistes et plus tu risques d’en souffrir, libère toi Mendi et je suis certain que tu retrouveras ton frère qui lui aussi doit chercher à te retrouver. Timidement il a recommencé à prier, puis à pratiquer, au fur et à mesure il se transforma en Mendi, il souriait, il se laissa devenir ce qu’il devait être. Lorsque je l’ai quitté ses yeux pétillaient, son regard semblait plus présent. L’espoir libère avant la libération. Retrouver la joie, le chant, le chabbat, pour un prisonnier c’est déjà sortir... Quelel que soit la prison où nous sommes c’est l’unique marche vers la promesse. Je suis rentré en France, bouleversé de ces rencontres avec ces hommes que je ne pouvais regarder que comme mes frères. Lorsque j’ai rencontré le Rabbi Menahem Mendel Shneerson en 1974, je lui avais fait remarqué que j’avais toujours souffert de la disparition de mon petit frère à sa naissance, je n’avais pas de frère. Gentiment, le Rabbi me fit remarquer «que j’avais des milliers de frères et qu’il me fallait regarder chaque juif comme personnellement mon frère. Il avait insisté à plusieurs reprises «personnellement ton frère!».
 Rentré en France, mon épouse me proposa de participer au voyage chez le Rabbi organisé par le Rav Pevzner. J’en fus ravis, et nous fumes les derniers inscrits à ce voyage. Le dimanche, veille du retour devant la maison du Rabbi à Crown Haights, 770 Eastern Parkway à Brooklyn, un homme d’une cinquante d’années m’accosta pour me proposer son service taxi. Je ne comprends toujours pas pourquoi nous parlions en hébreu, et réellement nous avons sympathisé en quelques secondes. Il y avait dans son regard des yeux une façon d’être que je connaissais. Je fus pris par une terrible émotion et dans un seul souffle-je-lui demandais : Quel est votre nom? Aron Rabi.... Aron Rabi...??????? Tu as un frère qui s’appelle Mendi ? Il me regarde, puis ses larmes montent à ses yeux, onze ans sans nouvelles de lui, il avait cherché et cherché, mais comment retrouver un frère emprisonné ? Puis, il serre fort ma main, et me demande : - Tu sais où est mon frère ? Dis le moi, dis le moi ! - Oui, je sais où est ton frère et je sais que tu es l’unique personne qu’il rêve de revoir. Aron m’embrasse, me serre contre lui et… il part retrouver son frère !...

A bien y penser vous appellerez peut être cette histoire un heureux hasard, vous arriverez même à rendre cela rationnel, avec intelligence vous penserez que cela n’est pas vraiment extraordinaire, qu’il s’agit ici d’une de ces histoire.... Mais il y a une question qui échappera à notre intelligence, à notre logique, à notre conscience rationnelle, une question toute simple où j’attends votre explication : Pourquoi la maison du Rabbi rassemble des frères ? Malgré le temps, malgré les kilomètres, et même malgré les hommes eux-mêmes ? Là, votre intellect s’incline, il s’incline devant notre Rabbe, et devant cette guéoula des frères qui s’accomplit sous nos yeux, des frères comme vous qui me lisez et moi qui vous écris !!!
A. Meslati
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