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Accueil BETH HABAD France - Paris Paris 9 - Beth Loubavitch Inédit : 1991 - Premier congrès en Russie des émissaires européens du Rabbi
Inédit : 1991 - Premier congrès en Russie des émissaires européens du Rabbi
FRANCE - Paris - Paris 9 Beth Loubavitch
Mardi, 16 Août 2016 12:50

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500 émissaires européens du Rabbi de Loubavitch vont participer à un congrès historique qui aura lieu du 21 au 26 août 2016 à Moscou, Lubavitch, Liozna et au Kazakhstan. Cent cinquante Chlou'him de France vont participer à l'événement.

 

A cette occasion, Hassidout.org réédite un article publié à l'époque par le Beth Loubavitch dans le magazine "Rencontres", du précédent congrès en Russie en 1991. L'article est accompagné d'une centaine de photos inédites du voyage des Chlou'him de France en 1991. 

 

Nous remercions tout particulièrement le Rav Binyamin Mergui pour sa participation à la publication de ces photos inédites.

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Jeudi 14 Mena'hem Av, 25 Juillet 1991


Aéroport international de Moscou : beaucoup de personnes ont tremblé naguère en arrivant enfin ici. Mais aujourd’hui, ce sont les représentants du Rabbi Chlita. En anglais en hébreu et en russe, les autorités annoncent au micro, toute l’après-midi et toute la soirée, "Bienvenue au Congrès des émissaires ‘Habad". Et si l’émotion était grande chez les jeunes qui avaient tant entendu parler du genre de "réception" que savait organiser la police et le K.G.B et la perestroïka, essayez d’imaginer ce qu’on ressenti les anciens, ceux qui sont nés et ont grandi dans ce pays, et encore plus ceux qui ont subi arrestations, tortures, exils en Sibérie... LIRE LA SUITE

 

 

(ALBUM PHOTOS EN FIN D'ARTICLE)

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pour consulter l'album photos seulement


Dans la soirée d'hier, chacun avait retrouvé avec plaisir ses amis, mais ce matin il fallait se lever tôt. Et dans les oreilles de chacun résonnaient ces quelques mots : "Nous partons pour Loubavitch"!


A 5 heures du matin (à Moscou il fait déjà bien jour) Les 250 Chlou’him se rendent à la synagogue ‘Habad rue Marina Rochtzia, retournent à l’hôtel pour le petit déjeuner et repartent sans tarder dans des autobus. Le voyage est long et on profite pour discuter et s’informer, prendre des idées et s’encourager mutuellement. On se rappelle que dans le temps, les 'Hassidim effectuaient ce voyage dans d'autres conditions, à pied ou dans des charrettes, et maintenant, par des moyens de transport confortables. On essaie au moins de les imiter en répétant des discours 'hassidiques, des histoires, etc....

 

D'autre part, on se rappelle aussi ceci : depuis que le mouvement Loubavitch a quitté, avec la révolution bolchévique, le village Loubavitch, il y eu certes des 'Hassidim qui sont venus secrètement, et plus ouvertement. Parfois un Minyan fut même organisé.

 

 

Cette année, à Lag Baomer , un groupe de jeunes 'Hassidim de Russie s'était déjà rendu à Loubavitch. Mais aujourd'hui, c'est tout un congrès, important de par le nombre et la qualité de ses participants qui s'y rend. Jamais un tel rassemblement n'avait eu lieu depuis que le Rabbi Chalom Dov Ber avait quitté cet endroit, et peu après lui, la Yéchiva Tom'hé Tmimim. 


A 16 heures environ, on arrive à Rhodama, la dernière gare, la où les conducteurs de charrettes attendaient les passagers qui se rendaient à Loubavitch. Encore quelques instants et on aperçoit l'écriteau : "Loubavitch".


Les autobus s'arrêtent, tout le monde descend et spontanément, on commence à danser. L'heure est historique. Lorsque passe un paysan avec un cheval et une charrette, on se dépêche de lui louer la charrette pour quelques instants. Il est bon de se remettre dans l'ambiance de toutes ces histoires qu’on a tant entendues... 


On entre à Loubavitch. Ici il y avait la cour, là la grande salle, ici la petite salle, les différentes synagogues... C'est un petit village où nombre de fermes n'ont pas encore l'eau courante et on la puise dans des puits. Les rues ne sont pas pavées, la terre est boueuse car il a plu auparavant et on marche difficilement. 


On visite tout d'abord le Beth `Habad, une petite maison achetée pour l'actuel Rabbi de Loubavitch où il y a un écriteau: Beth `Habad (on dit que le Rabbi le mentionne clans le document de vente du `Hamets avant Pessa'h). Il y a là une petite cuisine et trois chambres. Dans l'une d'elle, il y a une table et une chaise où l'on s'asseoit pour écrire le "Pane" (billet que l'on lit et dépose sur la tombe des Rabbis `Habad précédents). 


Ensuite, on patauge dans la boue avant de se recueillir sur les tombeaux. Rav Dov Ber Lévine connait bien l'endroit. Il est situé au-delà d'une colline. Et il indique avec précision où se trouve "la cour", les différentes maisons, la limite du cimetière... On arrive. On se tait puis on chante ensemble les chants attribués à chacun des Rabbis 'Habad, puis les 10 chants lancés par le Rabbi et le chant actuel (Psaume 90). Le chant s'amplifie et la sainteté de l'endroit ajoute à l'émotion qui étreint chacun dans ces moments historiques. 


Le président du congrès, Rav Moché Kotlarski, venu spécialement de New York, procède alors officiellement à l'ouverture du "3ème Congrès Européen, du 14 au 20 Mena'hem Av 5751, Loubavitch- Moscou-Alma Ata". On en profite pour adresser une bénédiction au Rabbi en priant pour que les Justes, les chefs du peuple juif qui reposent en cet endroit implorent pitié pour toute la génération afin qu'elle soit enfin délivrée complètement. 


Après cette ouverture solennelle, Rav Dov Ber Lévine formule une courte prière pour le retour à leur juste propriétaire, de tous les livres saints et manuscrits encore retenus en Russie. Il explique combien ce sujet est important aux yeux du Rabbi qui s'occupe de cette affaire sans relâche. 


Après ces mots d'introduction, les délégués pénètrent par groupes dans le cimetière. Rav Chlomo Matusof du Maroc lit à voix haute les Psaumes 90 et 42, et chacun répète après lui, verset par verset. Rav Na'hman Sudack lit le billet signé par tous les participants. Rav Guerchone Mendel Garélik d'Italie reprend quelques points mentionnés par le Rabbi le Chabbat précédent. Rav Yossef Matusof de Toulouse expose une clôture (Sioume) de la Masse'het Taanit (puisque le Rabbi a demandé qu'on continue de participer à des Siyoumim jusqu'au 15 Av). 


Puis Rav Lazar de Moscou prie pour l'ensemble du judaïsme soviétique. Chacun lit la brochure "Maané Lachone", des psaumes, on allume des bougies... Au loin, on entend un cliquetis mécanique : c'est l'imprimerie mobile, approvisionnée par un générateur, qui édite une nouvelle édition du Tanya dans cet endroit particulier. 


On retourne au village, on prie Min'ha, depuis quand il n'y a plus eu ici une prière communautaire avec tant de participants et de cette qualité ! Entre-temps, la machine a déjà livré quelques feuillets du Tanya et Rav Leib Raskin du Maroc enseigne le 32ème chapitre. Puis, on assiste à une réunion d'enfants des colonies de vacances de la région de Minsk qui récitent les 12 versets et proclament très fort: "vive notre chef, notre maître et notre Rabbi" ! 


Tout cela dure environ deux heures, puis on se lave les mains avec l'eau de la rivière (au moins une chose est restée, dit Rav Lévine: l'endroit où se trouvait le Mikvé au bout du village) puis on s'installe pour un repas 'hassidique dans une ambiance extraordinaire. Le chemin du retour s'effectue de nuit. C'est déjà le 15 Av et la joie est grande. Lorsqu'on arrive à l'hôtel à 4 heures du matin, certains préfèrent continuer le Farbrenguen (réunion 'hassidique) plutôt que d'aller se reposer...

 

Vendredi 15 Av 24 Juillet 1991


Malgré la fatigue, on se lève tôt. La prière se fait au premier étage de l'hôtel, et après le petit déjeuner, les autobus emmènent les Chlou'him (délégués) visiter une des nombreuses colonies de vacances patronnée par "Ezrat A'him" en Russie, à deux heures du centre de Moscou. Les organisateurs expliquent : "de cette manière, les Chlou'him pourront voir de près dans quelles conditions se déroulent ces colonies, et les enfants seront pour longtemps impressionnés à la vue de tous ces `Hassidim".

 

Il fait beau. Dans les autobus on étudie, on discute, chacun a des problèmes qu'il peut exposer à des amis qu'il ne voit pas si souvent. Par exemple, l'éducation des enfants qu'on est parfois obligé d'envoyer étudier dans des Yechivot lointaines. 


A 14 heures, on arrive à la colonie, près du village Vinograd. A l'entrée, les enfants chantent et amènent les Chlou'him dans une baraque en bois, la synagogue de la colonie. Chacun s'asseoit, les enfants récitent les 12 versets et Rav Berel Lazar explique aux enfants l'importance des invités. On voit sur le visage des enfants qu'ils comprennent ce qui se passe, ils sont émus devant tous ces Rabbanim aussi impressionnants. 


Rav Kotlarski explique aux enfants combien le Rabbi aime tous les enfants juifs du monde entier, s'occupe d'eux et organise des colonies de vacances "Gan Israël" partout, et dans toutes les colonies, on apprend ces mêmes versets et paroles de nos Sages. Il termine son discours avec une bénédiction pour les enfants. On le sent très ému...

 

Puis, prennent la parole des Chlou'him nés en Russie mais qui ont appris la Torah sous d'autres conditions. C'est d'abord Rav `Haykin de Bruxelles, puis Rav Yssa'har Dov Gourévitch de France, qui raconte comment il a été arrêté dans la synagogue de Berditchev et amené en prison parce qu'il apprenait la Torah. Il exhorte les enfants à profiter pleinement des possibilités qui leur sont offertes maintenant. Son émotion est "contagieuse" aussi bien avec les enfants qu'avec les adultes et les Chlou'him. 


Rav Dov Ber Fridman raconte comment on lui a refusé d'adhérer au mouvement de Jeunesse des "Pionniers Communistes" parce qu'il était juif, et maintenant, des enfants juifs peuvent apprendre la Torah dans une colonie appartenant à ce même mouvement... 

 

Rav Its'hak Mechoulovin de New York rapporta un message spécial du Rabbi, lors de la réunion d'enfants qui avait eu lieu cette semaine à 770 Eastern Parkway. Lorsque le Rabbi était sorti de la synagogue, il a demandé au Rav Mechoulovin de transmettre un grand bonjour à ces enfants et de leur projeter par vidéo le film de cette réunion qui avait été très joyeuse. En quelques mots, en russe évidemment, il transmit les points essentiels du discours du Rabbi et, puisque le Rabbi l'avait demandé, l'ambiance était très joyeuse.

 

Spontanément les garçons se mirent à chanter, puis à danser comme il convient un 15 Av, jour considéré comme un des plus joyeux de l'année. 


Ensuite, deux d'entre eux, l'un né en Russie, l'autre à New York, qui dirigent la colonie, expliquèrent en quelques mots combien les enfants avaient progressé en si peu de temps dans leur connaissance du Judaïsme, et combien de dizaines d'entre eux avaient décidé d'effectuer la Brit Mila (circoncision).

 

A l'entrée de la synagogue, il y avait un grand tableau sur lequel était écrit "Mazal Tov", avec les noms des garçons qui avaient effectué leur Brit Mila, leur Pidione Habène (rachat du premier-né), leur Bar Mitsva, certains d'entre eux avaient d'ailleurs fêté les trois événements le même jour. L'un des directeurs dit : "je suis sûr qu'après la colonie, j'aurai des problèmes avec certains parents qui viendront se plaindre: "mon fils ne veut plus rien manger à part des pommes de terre ! Pourquoi veut-il manger cacher" ? 


Puis, comme pour prouver à quel point l'influence de la colonie pouvait changer un enfant et sa famille, il invita un des garçons, Moché Pessa'h Finkel, à exprimer en russe et en anglais ses remerciements au Rabbi de Loubavitch qui s'occupe des enfants juifs de Russie et du monde entier. C'était son coeur qui parlait, avec enthousiasme et sincérité. Quand il termina son discours par "Spassiva Rabbi" (en russe, "merci Rabbi!"), on pouvait voir bien des yeux embués de larmes d'émotion... 


Rav Guerchone Mendel d'Italie remercia les enfants et les bénit, puis après le déjeuner, les Chlou'him reprirent l'autobus, non sans regretter de n'avoir pas pu rester plus longtemps avec ces enfants adorables qui portaient déjà des noms juifs qu'ils avaient choisis à leur Brit Mila, et fiers de leurs Tsitsit. Finalement, qui avaient été les plus impressionnés ? Les enfants par l'action des Chlou'him ou le contraire ? Et ceux qui s'étaient attendus au départ de cette visite, à de simples colonies de vacances reconnaissaient combien tout cela les avait intéressés. 
Dès le retour à l'hôtel, chacun se prépara pour Chabbat après la prière de Min'ha, dans l'hôtel transformé provisoirement en synagogue, on étudia ensemble le dernier "Likout" (commentaire du Rabbi sur la Sidra) qui venait d'être édité par le Rabbi. La prière de Maariv fut très joyeuse, chantée avec des airs de jours de fête. Pendant le repas du soir, on put apprécier l'efficacité des organisateurs, qui, malgré les problèmes d'approvisionnement communs à tous les soviétiques, avaient réussi à préparer ces repas "Glatt Cacher Lamehadrine" !

 

Chabbat 16 Mena'hem Av 27 Juillet 1991


Le vendredi soir, au cours du repas, c'est le Grand Rabbin de Moldavie, Rav Zalman Ablaski qui prononça un discours sur l'importance de cette année, où "Je vous montrerai des merveilles" et il exhorta les participants à utiliser à fond les derniers jours qui restent jusqu'à la fin de cette année pour amplifier leur action.

 

Puis Rav Hillel Pewzner de Paris insista sur les moments historiques que nous vivons. Né lui-même en Russie en ces temps difficiles, il y a perdu son père qui ne revint jamais de sa déportation en Sibérie, et il pouvait maintenant, mieux que quiconque, y apprécier les changements de politique et remercier D.ieu pour tous Ses miracles. Bien qu'il fut déjà tard, l'ambiance était passionnée, et nombreux furent ceux qui restèrent assis une partie de la nuit pour un long Farbrenguen.


Le Chabbat matin 


De nouveau, on se lève tôt, et cette fois pour une marche tout à fait inhabituelle, un défilé à pied depuis l'hôtel jusqu'à la synagogue "Marina Rochtzia" pendant près d'une heure.

 

Il est difficile de décrire cette procession de deux cents Rabbanim, habillés de leurs vêtements de Chabbat, couverts de leurs grands Talit, marchant tous ensemble vers la synagogue, dans les rues principales de la capitale soviétique.

 

De nombreux Juifs avaient entendu parler par avance de ce projet et s'étaient massés le long des rues principales pour voir tous ces 'Hassidim. Des signes de mains, des paroles de bénédiction, des yeux embués de larmes, des visages enthousiastes, des jeunes et des moins jeunes qui disaient : "moi aussi je suis Juif" !

 

Ce spectacle inoubliable justifiait à lui tout seul ce Congrès et constituait un événement historique. Les Chlou'him eux aussi étaient saisis d'émotion et se retenaient pour ne pas pleurer. Plus tard, on apprit quelle influence énorme avait eu ce défilé. En effet, le lendemain, le téléphone n'arrêtait pas de sonner à l'hôtel, chacun essayait de savoir quel était le but du Congrès, que représentait le mouvement Loubavitch, mais surtout on voulait des renseignements pratiques, où apprendre le Judaïsme, où participer à des cours... Nombreux étaient ceux qui ne pouvaient plus attendre et qui se précipitèrent à l'hôtel pour participer au Congrès, voir de près tous ces 'Hassidim, pour entendre, pour apprendre, pour se renseigner, pour être enfin fiers d'être Juifs ! 

 

La synagogue est située dans un petit bâtiment ancien et même décrépi, au premier étage, il y a la Yéchiva et on a peine à croire qu'un Centre Communautaire aussi actif puisse être logé dans une si petite maison. Car il s'agit là en effet, du centre vital de toutes les activités `Habad en Union Soviétique depuis toujours, même dans les pires moments, il n'a jamais cessé de fonctionner.

 

Tout d'abord, on fait connaissance avec les fidèles, il y a d'une part les anciens, les fidèles, de vieux 'hassidim restés en Russie et qui ont su maintenir vivace la flamme du Judaïsme même aux heures les plus sombres, et d'autre part, de nombreux jeunes qui se rapprochent du Judaïsme. 


Après s'être trempé au Mikvé, chacun prend place dans la synagogue et de-ci de-là, des Chlou'him expliquent à de jeunes Juifs russes comment prier, se retrouver dans un Siddour. Tous discutaient comme de vieux amis alors qu'ils venaient de se rencontrer depuis tout juste un jour ou deux.

 

On constate que les Chlou'him ne s'arrêtent pas un instant de "travailler", profitant de chaque minute pour aider encore un autre Juif à devenir lui-même. La prière du matin se fait sur des airs de fêtes, puis le responsable de la synagogue fait un bref discours : "Bienvenue à tous les Chlou'him du Rabbi de Loubavitch. Aujourd'hui, je démissionne provisoirement car je ne sais pas comment attribuer les montées à la Torah parmi une assemblée de cette qualité" ! On rit de bon coeur puis un volontaire se propose de le remplacer.

 

Après la lecture de la Torah, le Rav de la synagogue, Rav Dov Ber Lazar, prononce un discours sur le thème "Chema Israël", le sacrifice de soi dont ont fait preuve les 'Hassidim dans le passé et qu'ils continuent de manifester dans les conditions économiques difficiles aujourd'hui en Russie et dans tous les coins du monde. 

 

Ensuite, Rav Kunin de Californie, envoyé spécialement depuis quelques mois par le Rabbi avec trois collègues pour obtenir la libération des livres saints des Rebbéim précédents, prie pour la restitution de cette bibliothèque. Spontanément, l'assemblée se met à chanter puis à danser dans la synagogue et dans la cour. 

 

Pendant le Kidouch et le repas qui suit, c'est Rav Matusof du Maroc, qui, les larmes aux yeux et la gorge serrée, commence : "c'est dans cette synagogue que j'ai été arrêté pour le "crime" d'avoir étudié la Torah, et j'ai été exilé pendant trois ans dans des conditions terribles". Il raconte les interrogatoires et les tortures qu'il a subis pour avoir refusé de donner les noms d'autres 'Hassidim, Rav Ben Tsione Chem Tov, Rav Nissan Nemanov, Rav Yaakov Miskolik, Rav Aba Lévine et d'autres, que leur mémoire soit bénie.

 

Le Farbrenguen dure plusieurs heures, puis on se retrouve à l'hôtel pour le troisième repas de Chabbat. Là, c'est Rav Yi'hia Layani de Grenoble qui prononce un discours sur les Pirké Avot. Ensuite, Rav Mechoulovine répète par coeur un Maamar avant la prière de Maariv et la Havdallah.

 

Dimanche 17 Mena'hem Av 28 Juillet 1991


A 9 heures du matin, après la prière et le petit déjeuner, les Chlou'him entreprennent la "conquête" de la ville au sens spirituel. 


Premier arrêt : la bibliothèque Lénine, là où sont conservés abusivement les livres et manuscrits des Rebbéim précédents. Rav Dov Ber Lévine explique avec force détails l'importance de l'endroit et montre les fenêtres du cinquième étage, là où se trouve le "trésor Schneersohn", "nos" livres'. Quelqu'un chante "Didane Netsa'h" et chacun se joint au chant. Puis on pose pour la traditionnelle photo de famille. 


Après une fouille rapide (sécurité oblige !), on arrive près des murailles du Kremlin, et là tous ensemble, on lit le Psaume 90. Un policier fait courtoisement remarquer que ce groupe de "touristes" est différent des autres et aurait dû demander une autre permission. On lui explique qu'il ne s'agit pas là d'une quelconque manifestation. Oui, on pose pour la photo. Après tout, un rassemblement de tant de représentants du plus grand leader du monde juif à l'intérieur des 'murailles du Kremlin est un événement assez considérable pour être publié et conservé !

 

En autobus toujours, on aperçoit le bâtiment qui sert de bureau pour le comité de libération des livres des Rebbéim, puis la synagogue Poliakov qui bientôt appartiendra de nouveau au mouvement `Habad. Le Congrès se tient finalement dans la salle du Parti et Rav Kotlarski ouvre la séance avec un discours sur l'attente de la venue imminente du Machia'h. Il apprend aux Chlou'him que le Rabbi a mentionné longuement ce Congrès des Chlou'him dans le Farbrenguen de Chabbat qui vient de passer, et bien entendu, chacun comprend l'importance de cet événement. Plusieurs Chlou'him prennent la parole, parmi eux Rav Diskin de Münich, puis les représentants de Vienne, Milan, Londres, Manchester, etc... 


Puis, on discute des Chlou'him eux-mêmes, des difficultés d'éducation pour leurs propres enfants qu'ils sont souvent obligés d'envoyer étudier au loin, et "l'année 90 (ans du Rabbi)". Rav Mena'hem Mendel d'Afrique du Sud, par exemple, rappelle combien il est important que les Chlou'him n'oublient pas qu'ils sont aussi des parents et doivent consacrer beaucoup de temps et d'énergie à leurs propres enfants.

 

A ce propos, Rav Chmouel Azimov de Paris raconte l'histoire suivante:

«il est certain que chacun, où qu'il soit, a parfois des problèmes au niveau de l'éducation de ses propres enfants et pourtant, nous ne devons pas faire de compromis, même sur des détails. Je me rappelle que quelques temps après la sortie d'un groupe des Juifs de Russie après la guerre, l'un d'entre eux, à son arrivée à Paris, n'a pas résisté à l'épreuve: comme le ‘Heder n'était pas encore organisé à Paris, il envoya son fils à l'école publique. Lorsqu'il est entré, par la suite, en Yé'hidout (entretien privé), le Rabbi lui fit la remarque suivante: "est-ce pour cela que nous sommes sortis de Russie, pour envoyer nos enfants dans des écoles publiques ?". Et peut-être justement: à nous de nous inspirer des sacrifices de nos pères. En Russie, ils n'ont pas cédé; nous aussi, nous ne devons pas céder et nous devons exiger le maximum pour l'éducation de nos enfants!» 


Rav 'Hazan de Rome insiste sur la nécessité de rapprocher un maximum de juifs vers le Rabbi que, par exemple, chacun s'engage à amener clans l'année au moins 90 personnes pour recevoir une bénédiction et un dollar (pour la Tsedakah) du Rabbi le dimanche matin. 
"Nous savons tous combien une rencontre, même d'un instant, avec le Rabbi peut être le point de départ pour une vie nouvelle!". 


Puis, Rav Feivish Vogel de Londres émit plusieurs propositions relatives à l'union européenne dans l'Europe de 1992 qui se réalisera, dit-il, l'année prochaine. Cela pourrait permettre à tous les Chlou'him de se présenter comme une organisation unique. Rav Alexander Nemdar de Suède proposa plusieurs réalisations communes dans la publicité accordée au mouvement et, pourquoi pas, d'organisation de colonies de vacances européennes.


Dimanche soir : le banquet


Dans la salle des Congrès de l'hôtel Cosino, habituée à d'autres réunions internationales, s'étaient joints aux Chlou'him des invités de marque, des responsables de communautés juives de Moscou, différents notables juifs et des journalistes soviétiques et étrangers. 


L'importance de l'événement n'échappe à personne, il est encore difficile pour les juifs de Moscou de croire que dans la capitale soviétique se réunissent, tout à coup, près de deux cents Rabbanim 'hassidiques, et plus encore, pour ces mêmes Chlou'him, dont certains ont vécu dans leur chair, les souffrances de l'autre Union Soviétique, "celle" d'avant la Glasnost. 


Après quelque mots de bienvenue et de bénédiction prononcés par Rav Aharonov et Rav Kotlarski, c'est au tour de Rav Chlomo Kounin de lire le Psaume 90. Tous les participants se lèvent alors et répètent après lui, verset après verset. L'émotion est à son comble, et spontanément, toute la salle se met à chanter les derniers versets, "Chouva, Chouva Hachem Ad Mataï"... 


Ensuite, ce sont les personnalités soviétiques qui prennent la parole. Le rabbin Adolf Chayevitz de la grande synagogue de Moscou salue les Chlou'him et remercie, au nom de tous les Juifs de Russie, les Chlou'him qui rapprochent leurs frères de leur héritage, la Torah. Puis Rav Lazar, le Rav de la communauté ‘Habad de Moscou, démontre qu'il a déjà appris le russe et encourage ses amis à le faire. Le comité pour la libération de la bibliothèque des Rebbéim saisit l'occasion pour remercier publiquement le Dr Véronique qui travaille sans relâche à cette tâche et Rav Lévi Its'hak Schmerling de Zürich qui envoie des tonnes de nourriture cachère aux diverses communautés juives d'Union Soviétique.

Le Rabbin Chayevitz parlait en hébreu, Rav Lazar en russe, et maintenant Rav Lew de Londres en anglais. "Maintenant, je prends la parole publiquement dans un Congrès de Chlou'him, mais dans le passé, je suis venu plusieurs fois. Une fois, un officier de la sécurité a fouillé ma valise et y a trouvé une cassette où l'on entend le Rabbi chanter. "Dans une terre aride, fatiguée et sans eau (Psaume). Rav Lew eut beaucoup de peine à convaincre l'officier qui était persuadé qu'il s'agissait d'un chant interdit de "la voix de celui qui incite les Juifs à retourner à leur religion".

 

Aujourd'hui, nous avons atterri à l'aéroport international, le plus grand d'Union Soviétique, et nous avons entendu au micro, en trois langues, les souhaits de bienvenue du gouvernement aux Chlou'him ! Les problèmes qu'il y avait à l'époque étaient tout différents de ceux d'aujourd'hui. Par exemple, faut-il inscrire un enfant dans une école où il n'y a pas de cantine ? L'enfant pourra manger cacher à la maison mais il devra aller à l'école Chabbat, ou plutôt dans une école à cantine obligatoire où il devra manger Taref, mais pourra peut-être être dispensé d'aller à l'école Chabbat ? Et maintenant, il y a des écoles et des colonies de vacances, cent pour cent 'Hassidiques ! Dans le temps, on ne pouvait pas inviter quelqu'un par téléphone à un Farbrenguen, et maintenant on défile dans les rues de Moscou avec nos Talit sur les épaules. 


Mais prenons garde de ne pas saisir l'occasion, puisque tous les obstacles s'évanouissent, ne laissons pas passer cette chance unique et historique de ramener tous les Juifs russes à leur héritage spirituel.


Monsieur Pedrovski, Président du Vaad, l'Union des Communautés Juives de Russie, confie: "quelquefois, je me demande quel est le secret de votre réussite, comment pouvez-vous accomplir tant d'activités ? La réponse, c'est que la force de ‘Habad réside dans son potentiel humain. Je veux profiter de l'occasion pour saluer et dire combien je suis content que la grande synagogue Arkipova où j'officie abrite les locaux de l'école juive ‘Habad. Je vous souhaite beaucoup de réussite et j'espère que l'année prochaine, nous pourrons évoquer beaucoup d'autres réalisations fantastiques". 
Dans le même élan, le rabbin Yaakov Weissenbloch, Président de la jeune communauté de Kichinev, décrit la renaissance spirituelle de cette ville sous la conduite de Rav Zalman Abalski, nommé récemment Grand Rabbin de Moldavie. "Avant l'arrivée de Rav Abalski, il n'y avait à Kichinev qu'un seul Juif qui observait Chabbat. Le mois après son arrivée, il y avait déjà un défilé d'enfants à Lag Baomer, c'était en 5750 "l'année des miracles". Et l'année suivante, où "Je vous montrerai des merveilles", le défilé s'est déroulé avec la permission officielle du gouvernement et de la mairie, avec plus de 3000 enfants et D.ieu fasse qu'il y en ait encore davantage. Ce n'est que par la force du Rabbi que l'on parvient à ce que même les autorités nous aident, et bientôt, avec l'aide de D.ieu, nous aurons une école juive. Rav Ablaski a déjà reçu une lettre officielle du Président de la République qui lui octroie, à cet effet, tout un bloc de maisons qui appartenaient avant la révolution à des familles juives".


L'orateur suivant est Rav Its'hak Kogan, né à Léningrad. Il se rapprocha du mouvement ‘Habad malgré les souffrances que cela lui causa. A sa sortie d'URSS en 5746 (1986) il eut le mérite d'avoir un entretien privé avec le Rabbi et à sa grande surprise, celui-ci lui dit de ne pas oublier la langue russe car il aurait bientôt à s'en servir à nouveau. Effectivement, il est souvent retourné en URSS, notamment pour organiser les départs d'enfants de Tchernobyl, et il oeuvre actuellement à la libération de la bibliothèque des Rebbéim. "Je parlerai donc en russe. On a dit ce soir que Loubavitch retourne en Russie. Je voudrais rectifier. Loubavitch n'a jamais quitté la Russie ! Mon père, que sa mémoire soit bénie, était étudiant à la Yéchiva du `Hafetz 'Haïm. En 1925, sa Yéchiva quitta la Russie mais mon père revint, et avant que le Rabbi précédent ne quitte la Russie, il le bénit que ses enfants resteront des Juifs. Longtemps après, mon père racontait qu'à l'époque, il était loin de s'imaginer quelles souffrances et quelles difficultés l'attendaient ! Mais à chaque fois, il savait qu'il pouvait compter sur l'aide matérielle et spirituelle des 'Hassidim ‘Habad comme Rav Raphaël Nimoutin par exemple, ou Rav Morde'haï Lipshitz qui ont su garder la flamme du Judaïsme et du 'Hassidisme pendant toutes ces années. Maintenant, nous vivons presque à l'époque du Machia'h, beaucoup de "morts" au sens spirituel reviennent à la vie véritable, celle de la Torah, et cela, le Rabbi l'avait déjà prévu lors de cet entretien privé en 1986. Pourtant, à l'époque, rien ne laissait prévoir un tel changement politique ! 
Qui a encore besoin de preuve plus éclatante que nous sommes vraiment à la veille des temps messianiques ! Il ne nous reste plus qu'à profiter de ces derniers instants pour préparer encore plus de Juifs à la connaissance de la Torah jusqu'au jour où "la terre sera remplie de la connaissance de D.ieu". Et Rav Kogan conclut avec la bénédiction des Cohanim (prêtres). La soirée se terminant, on chante, on danse avant de retourner, bien après minuit, à l'hôtel.

 

Lundi 18 Mena'hem Av 29 Juillet 1991


Le Congrès se divise en différents ateliers. Un groupe discute de la diffusion du Judaïsme parmi les étudiants et scientifiques, en particulier lors des séminaires de vacances organisés en France chaque été. Il s'avère qu'en Angleterre, des brochures très intéressantes sont éditées pour les intellectuels et scientifiques, et presque automatiquement, on envisage une coopération. On décide même de créer une nouvelle association européenne : Europe-'Haï, initiales des mots: "'Habad Academic Institute".
Un autre atelier discute des problèmes d'éducation. Deux heures ne suffisent pas, et on décide de se retrouver en hiver pour un Congrès de professeurs et responsables d'écoles Juives. 


Un autre atelier est destiné à éclaircir différents domaines de la Hala'hah (loi juive). Des Rabbanim répondent aux questions de leurs collègues moins expérimentés. Puis, on réunit à nouveau tous les participants pour décider d'augmenter le nombre et la qualité des cours de Torah ainsi que le demande sans cesse le Rabbi. On discuta également de la nécessité de mieux utiliser les différents médias et d'améliorer la communication interne. 


La séance de l'après-midi se déroule dans les locaux du Parti ! Elle traite plus spécifiquement des activités en URSS. Chaque Chalia'h de Russie décrit brièvement son action et le leitmotiv qui revient constamment chez chacun est le suivant : "nous avons accompli des prouesses, le potentiel reste énorme, mais nous manquons de Chlou'him (éducateurs, Rabbanim, Cho'hatim...) et de moyens financiers. Par exemple, Rav Kaminski de Dniepropetrovsk déclare : "Il me semble que nous n'avons pas encore tous compris qu'il s'agit là d'une époque historique, une occasion à ne pas laisser passer. Le "travail" n'est pas très difficile, il est possible en très peu de temps de changer la vie de milliers de familles juives et de les rapprocher de leurs racines, les Juifs ne demandent que cela, savoir, savoir encore plus et agir en conséquence. Il n'est pas nécessaire de les chercher, ils arrivent en masse à toutes les conférences, toutes les fêtes, etc... mais nous ne sommes qu'un couple de 'Hassidim, et même en faisant plus que le maximum, nous ne pouvons pas tout faire, surtout en été lorsqu'il faut diriger deux colonies de vacances (une pour les garçons, une pour les filles) en plus du travail quotidien ! 

Le deuxième problème est le manque de moyens. Nous enseignons à des Juifs qu'il faut mettre les Tefilines, mais nous n'avons pas de Tefilines à leur donner ou à leur vendre, surtout lorsqu'on sait quel est le salaire moyen en Union Soviétique !"

 

Ou encore, Rav Abalski de Kichinev : "j'ai été intronisé comme Grand Rabbin de Moldavie, et le Président de cette République a même assisté personnellement à cette cérémonie, pendant deux heures ! Les médias nous sont ouverts et le gouvernement (local) est prêt à nous aider. J'ai aussi un rôle officiel au Ministère des Cultes de Moldavie et j'en profite pour faire passer des lois facilitant l'observance du Judaïsme. Et c'est justement à cause de toutes ces possibilités, D.ieu merci, que nous avons tant besoin de votre aide. Par exemple, je demande instamment à tous les jeunes qui sont venus des Etats-Unis pour diriger les colonies de vacances cet été, de rester sur place pendant le mois de Tichri afin d'animer les offices dans les synagogues, de sonner le Chofar à Roch Hachanah, de contacter le maximum de Juifs les jours de Kippour et de Soukkot, de donner des cours. Il y a tant à faire et tant à donner!"


Un à un, les Chlou'him de Russie exposent leurs problèmes mais aussi leurs réalisations, et presque toute la carte de Russie se trouve couverte de points lumineux. Un immense réseau de synagogues, de centres communautaires, de Mikvaot, d'écoles juives. Puis un scoop : une synagogue fermée depuis des années est rendue à la communauté 'Habad à Nikolaïev, la ville natale du Rabbi, dont le Rav n'était autre que son grand-père, Rabbi Avraham David Lavout. Mais les difficultés matérielles sont nombreuses. Il n'y a pas assez de livres sur le Judaïsme traduits en russe, trop peu de Tefilines, mais aussi trop peu de nourriture cachère. 


Rav Zeev Kovarski parle de son école juive à Moscou : "la première année, il y avait une centaine d'élèves, la deuxième année, il y a déjà 300 demandes d'inscription, mais seulement la moitié pourront être acceptées par manque de moyens. Quel dommage" !


Rav Zalman Gourévitch de Francfort raconte ses débuts dans ce pays réputé pour la froideur des contacts humains. Rav Alexander Nimdar expose les difficultés qu'il rencontre en Suède face à une communauté libérale bien installée depuis deux cents ans. Et on termine en remerciant Rav Binyamine Gorodetzki et Rav Avraham Its'hak Glick qui supervisent l'ensemble des Chlou'him en Europe. Des liens se créent, les Chlou'him d'Europe occidentale proposent leur aide, sous forme d'échanges. 
Des jeunes gens russes se rendront en Europe pour apprendre à organiser des activités communautaires, ouvrir des écoles juives, etc... et des jeunes de Yéchivot européennes viendront prêter main forte aux Chlou'him de Russie. Certains jumelages prennent forme. Oui, tous les espoirs sont permis.

 

Mardi 19 Mena'hem Av 30 Juillet 1991


Juste avant de prendre l'autobus pour se rendre à l'aéroport, les Chlou'him sont informés d'un changement de programme à la dernière minute. En effet, le Président des Etats-Unis, George Bush se trouve lui aussi à Moscou où il doit rencontrer le Président Gorbatchev et évoquer avec lui, entre autres, le problème des livres bloqués à la bibliothèque Lénine. Les autobus font donc un détour par l'Ambassade des Etats-Unis. Les Chlou'him descendent dans un impressionnant rassemblement devant l'Ambassade, malgré les réticences de la police qui, finalement, accepte cette manifestation. 


A 10 heures, le Président Bush monte dans sa voiture et demande à son chauffeur de ralentir devant les "manifestants". Apparemment, il était prévenu, il ouvre le rideau, sourit longtemps aux Chlou'him et leur fait de grands signes d'amitié, ainsi que le secrétaire d'Etat, James Baker. 


Dans l'avion bourré de nourriture cachère et de caisses de livres, dont les livres de Rabbi Lévi Its'hak et ceux des commentaires de son fils, le Rabbi actuel, les Chlou'him s'installent et mettent en place des mesures de sécurité traditionnelle.

 

C'est un bref discours de Rav Lazar qui les accueille et leur rappelle "où on va et pourquoi on va". En effet, dans cet avion loué par Rav Yossef Its'hak Gutnik (d'Australie), on se rend à Alma-Ata, en Asie Centrale, non loin du Tibet, pour se recueillir sur la tombe de Rabbi Lévi Its'hak, le père du Rabbi, le jour de sa Hilloula (anniversaire de décès).

 

Les Chlou'him profitent des quatre heures de voyage pour des arrangements informels du genre, "envoie-moi les prospectus que tu édites et je t'enverrai le livre que je vais éditer à propos du Machia'h". 

Sur le chemin de l'hôtel où se déroule l'accueil de la communauté locale, on remarque de suite qu'on se trouve en Asie, l'ambiance et le climat sont très différents, et on songe aux difficultés qu'a endurées en exil, Rabbi Lévik dans cet environnement hostile.

 

Des centaines de Juifs attendent les Chlou'him à l'hôtel où on prie Min'ha tous ensemble. C'est le jeune président de la communauté, Mr Feiglin qui prend la parole, la voix étranglée d'émotion devant le nombre et la qualité de ces invités. Pour lui et toute sa communauté, il s'agit là d'un événement historique. "Je sais que vous venez ici pour célébrer une Hilloula d'un Tsaddik, et vous êtes peut-être un peu amers, mais pour nous, les Juifs d'Alma Ata, votre visite nous redonne la vie et la joie".

 

Puis le Président de la synagogue, Mr Iogodovitz profite de l'occasion pour demander aux Juifs d'Alma Ata de se rassembler davantage et de fréquenter plus souvent la synagogue et les activités communautaires. C'est Rav Kotlarski, au nom des invités qui répond : "Nous sommes venus nous recueillir sur le tombeau de Rabbi Lévi Its'hak pour supplier D.ieu de nous envoyer enfin la délivrance véritable et au nom de tous ces Rabbanim et Chlou'him ici présents, je remercie tous les Juifs de cette communauté et leur souhaite toutes les bénédictions spirituelles et matérielles."

 

Rav Kotlarski avait parlé en Yiddish et son discours fut traduit par Rav Yaakov Weissenbloch de Kichinev. Et spontanément, la joie d'être ensemble se traduit par une grande fête. Rav Eliezer Nisselevitch d'Aubervilliers, qui est né en Russie, lance en russe des chants juifs qui ouvrent les coeurs, les participants s'enthousiasment et reprennent ensemble le fameux "chant des Hakafot" de Rabbi Lévi Its'hak.

 

Puis, Rav Yéhouda Leib Raskin du Maroc prend la parole. Enfant, il habitait justement à Alma Ata et se souvient de Rabbi Lévi Its'hak. Aux environs de Pessa'h 1944, Rav Lévi Its'hak avait enfin achevé la sentence de cinq ans d'exil qu'il dut subir pour avoir continué d'enseigner la Torah. Juste au même moment, le gouvernement central proposa une nouvelle loi qui permettrait aux autorités pénitentiaires de doubler la durée des sentences arrivant à leur terme. Lorsque les 'Hassidim ‘Habad eurent vent de cette proposition, ils se dépêchèrent de faire les démarches nécessaires afin de permettre au plus tôt à Rabbi Lévi Its'hak et son épouse de revenir d'exil avant que la loi ne soit effective:

"Après de nombreuses péripéties, Rabbi Lévi Its'hak arriva après Pessa'h, et son apparence majestueuse restera gravée dans ma mémoire. Bien qu'il ait souffert énormément durant ces cinq terribles années d'exil, il émanait de lui une noblesse et une sainteté extraordinaire dont même un enfant prenait conscience. Moi et quelques autres enfants Juifs (il y avait si peu d'enfants Juifs pendant la guerre), nous cherchions toutes sortes de prétextes pour rester avec lui, et il nous interrogea sur nos progrès dans l'étude de la Torah. En fait, les adultes nous encourageaient un peu à rester avec lui, car malgré son âge et sa maladie, il n'aimait pas qu'on s'occupe trop de lui. Mais de la part des enfants, il se laissait faire. Pratiquement, tous les soirs, les 'Hassidim se réunissaient chez lui et il enseignait de profonds concepts de Kabbale et de `Hassidout, durant de longues heures. Son corps était affaibli, meurtri, cependant, il fit revivre les quelques familles juives de la ville. Même à Chavouot, après la lecture des "Akdamot", il prononça un discours `Hassidique. Mais cela n'a pas duré longtemps car il tomba malade d'une hépatite qui l'acheva le 20 Av 1944. Je me souviens comment la Rabbanit 'Hanna déchira son vêtement conformément à la Hala'ha et ne dit que quelques mots : "Saint homme, avec qui m'as-tu laissée". 
Rav Raskin termine en bénissant les habitants de cette ville, que le mérite du Tsaddik qui réside dans la "maison des vivants" les protège et les renforce dans la voie de la Torah.

 

On achève enfin cette réception par la projection d'un film sur le Rabbi et les activités des Chlou'him dans le monde entier.

 

Rav Chlomo Matusof, qui lui aussi a souffert de l'exil dans ces régions si lointaines, conduit la prière de Maariv, et Rav Meir Sim'ha Kalmenson fait un discours de conclusion de l'étude d'un livre de Rambam.

 

Malgré la fatigue, quelques Chlou'him ne peuvent s'endormir: c'est le 20 Av, on se trouve dans la ville où est enterré le Tsaddik, et de plus le Rabbi a évoqué publiquement cet événement ce Chabbat. Alors, comment ne pas utiliser cette soirée propice pour faire un Farbrenguen !


Mercredi 20 Av, jour de la Hilloula, 31 Juillet


Apparemment, les Juifs d'Alma Ata ont bien compris le message. En réponse aux paroles d'encouragements de la veille, ils se rendent en foule à la synagogue pour la prière du matin. La ferveur est grande, et à chaque instant, on se rappelle qu'on se trouve dans la ville où est enterré le Tsaddik.

 

Il fait très chaud et toutes les descriptions de l'exil subi par Rabbi Lévi Its'hak prennent corps, un climat épouvantable, des mouches, des moustiques, peu d'eau et de nourriture, pas de livres saints, pas d'amis, peu d'hygiène, la grossièreté des villageois, l'oppression bureaucratique du KGB, angoisses et souffrances permanentes, et, le coeur serré, on essaie de se concentrer pour la suite du Congrès, l'exposé des décisions.

 

L'unanimité se fait autour de quelques propositions à court et long terme, comment renforcer la propagation de l'étude de la Torah dans toute l'Europe pour l'année à venir, comment populariser les thèmes de l'attente et l'arrivée imminente du Machia'h, comment coordonner les activités dans les différents pays et aider en particulier les Chlou'him de Russie. 


Puis, on se dirige tous ensemble vers le tombeau, en dehors de la ville par d'étroits chemins. La sépulture a été restaurée récemment par Rav David Na'hchone et M. Avi Taub, tout comme celles des Rebbéim à Loubavitch.

 

Pendant un moment, on se recueille en silence, puis on chante le "chant des Hakafot" de Rabbi Lévi Its'hak, ensuite "Hou Elokénou" sur l'air du Rabbi actuel, "Chouva Achem, Ad Mataï", et chacun supplie véritablement dans cet endroit saint que D.ieu envoie enfin la délivrance véritable et complète. A l'entrée du tombeau, saisi par la sainteté du jour et de l'endroit, Rav Kotlarski prie d'une voix troublante d'émotion : "que le Tsaddik qui réside en cet endroit intercède pour son fils, le Rabbi Chlita, que D.ieu renforce sa santé et lui donne une réussite extraordinaire, et qu'arrive enfin le but auquel il a vraiment consacré toute sa vie, la Délivrance du peuple juif."

 

Rav Dov Ber Lévine prie en particulier pour la restitution des livres saints des Rebbéim qui tient tant à coeur au Rabbi, surtout qu'en ce jour justement les grands de ce monde se rencontrent à Moscou.

 

Rav Halperin de Kfar 'Habad répète un Maamar du Rabbi Lévi Its'hak, et on pénètre alors à l'intérieur du "Ohel" (tombeau).

 

Rav Leib Raskin lit un "Pidione Nefech", supplication signée par tous les Chlou'him et, un à un, car l'endroit est étroit, chacun pénètre près de la tombe où il reste quelques instants, seul, pour lire le Pidione, murmurer quelques Psaumes de circonstance et prier pour lui, sa famille et sa communauté.

 

Au bout de deux heures, chacun est passé et Rav Yossef Its'hak Matusof de Toulouse lit l'ensemble des résolutions du Congrès.

 

Ensuite, on apprend avec surprise que le Rabbi a demandé que suite aux prières d'Arvit et Cha'harit dans la ville de son père, les Chlou'him restent encore un peu pour la prière de Min'ha. Or, l'avion est supposé partir bien plus tôt. On discute, on calcule à partir de quand on peut faire cette prière mais c'est "l'année des merveilles". On nous informe qu'il y a un problème technique au moment du décollage de l'avion, et donc le départ est suffisamment retardé pour qu'on puisse prier Min'ha à l'heure, selon toutes les opinions. Cette fois c'est Rav Chalom Mena'hem Mendel Kalmenson d'Aubervilliers qui conduit l'office, lui qui a bien connu et qui a tant aidé la Rabbanit 'Hanna, l'épouse de Rabbi Lévi Its'hak. 


L'attente se poursuit et que font des 'Hassidim lorsqu'ils sont réunis ? Ils s'installent dans l'un des salons de l'aéroport, changent l'emplacement des tables et des chaises, débouchent quelques bouteilles de vodka données par le Rabbi pour le Congrès et des biscuits, bref, ils s'installent pour un Farbrenguen mémorable. On chante, on se souhaite Le'haïm, on boit, on souhaite à chacun d'être durablement impressionné par tout ce qu'on a vu et entendu et d'accomplir à la perfection toutes les bonnes résolutions.

 

Ce n'est pas terminé. Rav Dov Ber Lévine réservait encore un scoop ! Dernièrement, un tribunal a réexaminé le dossier judiciaire de Rabbi Lévi Its'hak et a cassé le jugement précédent, à titre posthume, il est donc déclaré lavé de tout soupçon ! Rav Lévine affirme "de source sûre" que le dossier contient des documents historiques tels que des lettres écrites par Rabbi Lévi Its'hak au Ministre de la Justice (de l'époque), le sinistre Beria, et le rapport détaillé des interrogatoires cherchant à démontrer que le détenu était un ennemi de la révolution: "Quand on y regarde de plus près, déclare Rav Lévine, on est frappé de la détermination de Rabbi Lévi Itslak qui refusa de citer des noms de soi-disant complices. Il ne cite que des personnes décédées". D'après la loi soviétique, un tel dossier doit être remis à la personne injustement accusée, ou à défaut, à ses héritiers. (D'ailleurs il était souvent fait référence dans les interrogatoires, aux liens de l'accusé avec son fils aîné (lui résidait déjà à l'étranger, à Paris en la personne du Rabbi actuel). Le dossier comporte également une photo de l'inculpé au début de son arrestation, et on a le coeur serré lorsqu'on la compare avec la photo plus connue, celle d'après son exil. 


Juste avant le décollage, les conditions météorologiques se dégradent. Brutalement, un vent de tempête se lève et tout décollage devient impossible. On se rendit donc de nouveau à l'hôtel pour la prière de Arvit, et finalement, on reprend l'avion pour retourner à Moscou. 


Le lendemain, chacun rentre chez lui, chacun avec ses impressions, mais bien décidé à contribuer au maximum à la nouvelle révolution, celle que les Chlou'him du Rabbi sont en train de faire, sans violence, en URSS.

 

Encore un dernier clin d'oeil, ce jeudi matin, lors de la prière à Marina Rochtza, on annonce qu'on ne ferait pas Ta'hanoune (prière de supplication) car il y avait ce jour-là trois circoncisions! Bien évidemment, il ne s'agissait pas là de bébés de huit jours, mais d'adultes décidés à rentrer dans l'alliance d'Avraham notre père. Un Chalia'h murmure: "décidément, ce pays n'arrête pas de nous étonner, il y faut tant de courage et de sacrifice pour y vivre son Judaïsme ! Une année où "Je vous montrerai des merveilles", où les Chlou'him ont vu de leurs yeux le Judaïsme renaître au grand jour grâce au dévouement des Chlou'him de celui qui n'a jamais arrêté d'oeuvrer, en cachette ou au grand jour, pour les Juifs de Russie et du monde entier: le Rabbi le Loubavitch Chlita !"

 

Kfar ‘Habad Magazine, traduit par F. LUBECKI 


Les décisions prises lors du 3ème congrès européen des émissaires Loubavitch 14-20 Menhahem Av 5751, 25-août 1991, Loubavitch, Moscou, Alma-Ata.
Les émissaires du Rabbi remercient D.ieu et sont reconnaissants envers le Rabbi d'avoir eu le mérite extraordinaire de s'associer à leur 3ème Congrès Européen à Loubavitch, Moscou, Alma-Alta, d'avoir pu prier près des tombeaux des Rebbéim précédents, etc... Tous les émissaires réunis expriment du plus profond de leur être leur bénédiction au Rabbi Chlita, qu'il soit béni de toutes les bénédictions mentionnées dans la Torah de Aleph jusqu'à Tav. 
Les émissaires prient pour que les livres, les manuscrits etc... qui sont actuellement détenus abusivement soient immédiatement rendus et demandent instamment au gouvernement soviétique de permettre le retour de ces livres saints à leur véritable propriétaire. 
Les émissaires ont décidé, si le Rabbi Chlita est d'accord, de construire un Mikvé à Loubavitch même, à l'usage des visiteurs qui vont se recueillir au cimetière, et de participer à l'entretien du Beth 'Habad. Après avoir entendu les compte-rendus des différents émissaires du Rabbi, dans les villes d'Union Soviétique et avoir constaté l'étendue de leur succès, les émissaires européens ont décidé de les aider, en adoptant soit une ville, soit une école, ou en envoyant de l'argent par exemple. Certains émissaires ont déjà pris des résolutions en ce sens, et les autres sont invités à les imiter. Conformément à l'atmosphère d'attente impatiente de la venue imminente du Machia'h, et afin d'hâter sa venue, pour sortir déjà chacun de son exil intérieur, les émissaires ont décidé :

1. De fixer des moments, au moins une fois par semaine, pour évoquer ce sujet avec leur famille et avec leurs élèves. 
2. De créer de nouveaux cours selon les possibilités locales, pour évoquer le sujet de Machia'h dans la Torah écrite et dans la Torah orale et en particulier, dans les écrits du Rabbi. 
3. De renforcer la tradition d'étudier les Pirkei Avot tous les Chabbatot d'été. 
4. De réciter chaque jour le chapitre 42 des Tehilim (Psaumes) pour hâter la venue du Machia'h. 
5. De donner chaque jour la Tsedakah avec l'intention de faire venir Machia'h. 
6. Les émissaires s'engagent à donner la Tsedakah, chaque fois qu'ils savent que le Rabbi distribue des dollars pour être remis à la Tsedakah. 
7. De multiplier les occasions de parler de la venue du Machia'h, par exemple dans les réunions, Bar Mitsva, mariages, etc.... 
8. D'encourager les Rabbanim, directeurs d'écoles juives, rabbins de communautés à évoquer aussi souvent que possible la venue du Machia'h. 
9. D'accomplir des actions particulières au nombre de 90 (comme le nombre des années du Rabbi Chlita) et certains ont déjà proposé des exemples. 
10. D'augmenter le nombre des donateurs pour le fonds de bienfaisance de "Ma'hané Israël" afin de renforcer l'action au sein des campus universitaires et un comité a été créé à cet effet. 
11. D'augmenter le nombre de jeunes qui participent au séminaire d'été en France, afin que cela devienne un centre de vacances (studieuses) européen, d'augmenter la publicité à ce sujet. 
12. D'organiser chaque année un Congrès européen des directeurs d'écoles juives. 
13. Le Congrès demande aux différentes Yéchivot et Kollelim de former des éducateurs responsables.

 

 

 
 

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