
Abraham C. est né à Wolomin (à 18km de Varsovie) en 1924. Il étudia durant deux Zémanim à la Yéchiva Tomchei Tmimim Loubavitch de Varsovie avant la guerre. Il perdit toute sa famille dans la Shoah et est lui-même un rescapé d’Aushwitz. Sachant parler plusieurs langues couramment, il collabora avec les soviétiques pour libérer le camp.
En 1945, il s’installa à Paris où il exerça le métier d’horloger.
Il y a une vingtaine d’années, il s’installa en Israël avec sa femme Germaine, que son âme repose en paix.
Il y a environ deux ans, trois mois avant l'ouverture du Beth Habad d'Aix les Bains, suite à des problèmes de santé de son épouse, ils revinrent en France pour des traitements médicaux à Aix-les-Bains. Ils habitaient à 15m du Beth ‘Habad. C'est ainsi que par la suite Avraham mit les Téfilines pour la première fois depuis la guerre. Un jour, il me montra des classeurs de documents écrits de sa propre main en plusieurs langues sur les évènements qui'il vécut lors de la seconde guerre-mondiale, précis dans les moindres détails (dates, noms des personnages, etc...)! LIRE LA SUITE
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Souccoth dernier, sa femme fut hospitalisée et sa situation empirait de jour en jour. Chaque jour, Abraham passait des heures à ses côtés.
Erev Chabat Parachat Noa’h, lors d’une visite, Abraham me raconta que plusieurs fois par semaine, toutes sortes de personnes de l’église venaient les rendre visite pour les convaincre de leur confier la responsabilité de l’enterrement, à D. ne plaise.
«Je leur crie que je suis juif et qu’ils n’ont rien à chercher ici, mais ils continuent à venir malgré tout, presque chaque jour ! »
Ce même vendredi, dans le couloir de l’hôpital, à quelques mètres de leur chambre, je croisais le regard d'un vieil homme qui me dit :
- «Chalom!».
Je lui répondis :
- «Chabbat Chalom!».
Il continua à marcher puis se retourna pour me répondre :
- «Chabbat Chalom!».
C’est ainsi que je fis connaissance de Raphael F., que son âme repose en paix, un autre juif de 81 ans qui lui aussi perdit sa famille pendant la guerre. Il fut lui-même épargné ayant été caché dans une église alors qu'il était enfant. Il n’a jamais pratiqué le judaïsme et n’a jamais été en contact avec des juifs. Sur le pas de la porte du couple C., il me dit que, vu son âge avancé, il était intéressé à être en contact avec la communauté juive. Nous entrèrent ensembles dans la chambre du couple C. Aucun des deux ne savait que son voisin de chambre était juif!
Raphael ajouta qu’il était en bonne santé et qu’il n'était hospitalisé que pour des analyses de routine et qu’il devait rentrer chez lui le lendemain.
Une semaine plus tard, le mardi de la Paracha Le’h Le’ha, Abraham C. et sa femme retournèrent en Terre Sainte.
Un mois plus tard, Mme Germaine C., que son âme repose en paix, rendit l’âme à son créateur.
Durant les mois passés, je tentai à plusieurs reprises de retrouver Raphael. Je n’avais qu’une adresse approximative qu’il m’avait transmise (le nom de la rue) et je ne me souvenait plus de son nom de famille.
Deux semaines avant Pessa’h, lors d’une recherche approfondie de ma femme dans l’annuaire dans le but de trouver d’autres juifs, nous avons retrouvé son nom, F. et son adresse exacte.
Vendredi matin, nous nous somme rendus à son adresse. A l’entrée de son immeuble, je sonne sur l'interphone à son nom mais il n’y eut pas de réponse. Un des voisins qui se trouvait de l’autre côté de la porte vitrée, entrouvrit sa porte, et me demanda froidement :
- «Vous cherchez Raphael C. ? Il est mort! »
Sous le choc? je lui demandai, : «Quand est-ce-t-il arrivé? »
- «Il y a trois mois environ», me répondit-il et il ajouta toujours avec la même froideur, répliquant à mes questions et se tournant de temps en temps vers sa femme pour confirmer ses informations :
- «il a été retrouvé mort dans son appartement, on pense qu’il s’est suicidé... Il n'a pas été enterré mais incinéré... Ses cendres auraient apparemment été ajoutées au tas de cendres de ceux qui ont demandé à se faire incinérer à l’entrée du cimetière... Il n’y a pas de pierre tombale.»
Une autre voisine qui descendait questionna sa voisine : «Qui sont ceux-là dehors? ».
Ce à quoi elle rétorqua : «Ce sont des Loubavitch qui voulaient rendre visite à Raphael!»
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