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ISRAEL -
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Dimanche, 31 Octobre 2010 13:43 |
Jean-Louis Bruguière était dernièrement en Israël à l’occasion d’une conférence sur la lutte antiterroriste organisée par le Centre interdisciplinaire de Herzliya, où il a conduit un groupe de travail sur les aspects légaux de cette lutte. Sa visite précédait la décision, début octobre, des USA et du Royaume-Uni, d’avertir les voyageurs désireux de se rendre en France ou dans d’autres nations européennes. Mais dans un e-mail depuis Paris, Bruguière explique au Jerusalem Post que “mettre ainsi en garde les voyageurs, sans aucune autre information, peut être mal interprété et provoquer de l’inquiétude, voire un sentiment de panique”. Certes, il n’a “aucun élément précis et documenté de la part des renseignements sur l’origine et la pertinence de l’information obtenue par les USA et le Royaume-Uni”, précise-t-il. Mais en ce qui concerne l’hexagone, “la France fait face à la menace grandissante de l’Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique), dans la région du Sahel et aussi en France. Cette menace semble différente de celle signalée par les USA et le Royaume-Uni”, ajoute Bruguière. Lors de sa visite ici, le magistrat français a évoqué des cellules dormantes de l’Aqmi en France. Certains rapports spéculent désormais sur le récent message audio de Ben Laden, qui aurait été enregistré pour réveiller ces cellules dormantes. Lorsqu’on lui demande s’il est au courant d’une menace spécifique sur les cibles juives ou israéliennes de la part d’Aqmi, Bruguière réplique : "Non, je n’ai pas ce type d’information. Ce n’est pas de notre ressort. La cible d’Aqmi ? C’est la France, pas les Juifs ou les Israéliens. Lire la suite
Depuis les années 1990, le GIA (Groupe islamique armé), puis le GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat) et aujourd’hui l’Aqmi ont toujours considéré la France comme leur cible principale. La décapitation d’un citoyen français et l’implication directe de commandos français contre l’Aqmi au Mali il y a deux mois ont augmenté le niveau de la menace. Pendant la conférence de l’IDC, Bruguière explique au Jerusalem Post comment la France a construit un système de lois antiterroristes qu’il décrit comme “plus fort que partout ailleurs en Europe”. Et de préciser qu’il n’y a “pas de contradiction entre un combat efficace contre le terrorisme et le respect de la loi”. Bruguière relève la différence entre l’approche française et celle des USA qui, avec des concepts tels que la “Guerre contre le terrorisme” ou les “combattants illégaux”, ont recours à des approches mettant en œuvre des méthodes situées hors des frontières du droit. “Peut-être est-ce parce qu’il n’avait pas de moyens juridiques assez forts et efficaces que le président George W. Bush a eu recours à des systèmes extrajudiciaires”, précise Bruguière pour illustrer son propos. “Notre stratégie”, pointe-t-il, "est d’éviter à l’Etat tout incident. En général, vous avez deux choses : l’action en justice, dont le rôle est de poursuivre et d’inculper ceux suspectés d’avoir commis un crime, mais cela se fait après, pas avant. Et puis les renseignements, dont le rôle est de détecter avant le crime. Avant et après : telle est la stratégie normale, il n’y a aucune passerelle entre les deux. “Ce qui est important n’est pas de poursuivre ou d’arrêter le terroriste – si quelque chose arrive, oui – , mais la meilleure chose à faire, c’est de concentrer tous les moyens de l’Etat, y compris le pouvoir judiciaire, pour agir en amont et prévenir tout incident. Nous travaillons ainsi en étroite collaboration avec les renseignements et d’autres services pour détecter et arrêter un individu avant qu’il n’ait la capacité ou même la volonté de passer à l’acte.” “Nous considérons que la séparation entre l’action en justice et le travail de détection est un concept révolu. Tout le monde doit travailler ensemble pour prévenir des attaques. C’est une nouvelle approche, très différente. Ce n’est pas celle des Britanniques ou des Américains.” Selon Bruguière, la France a réussi à construire une stratégie très forte, flexible et évolutive pour suivre les lignes complexes et les différentes figures de la menace" et souligne le besoin pour la justice d’être flexible, adaptée et extrêmement proactive. "Nous avons aussi des outils dédiés à la lutte antiterroriste qui autorisent le juge à poursuivre toute personne que nous suspectons de soutenir l’activité terroriste, même si elle n’est pas impliquée dans le complot lui-même. Si son activité peut bénéficier à une entreprise terroriste, il peut être jugé et les dispositions juridiques nous permettent d’avoir une stratégie proactive qui vise non seulement l’activité terroriste mais aussi ceux qui sont impliqués dans son soutien logistique… Nous pouvons réagir très vite si une menace potentielle est dirigée. Nous pouvons réagir au premier niveau, pas à la dernière étape lorsqu’il est trop tard. Une telle stratégie nous a permis de déjouer quatre ou cinq tentatives par an depuis 2002." La question est la suivante : la France pourra-t-elle déjouer la prochaine ?
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