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Accueil BETH HABAD Russie Moscou Interview : Le Rav Berl Lazar Grand rabbin de la Russie
Interview : Le Rav Berl Lazar Grand rabbin de la Russie
RUSSIE - Moscou
Jeudi, 22 Janvier 2009 21:09

Kountrass, janvier 2009




Le Rav Chalom Dover (« Berl ») Lazar est né en 1964 à Milan, en Italie. Son père était le Chalia'h 'Habad dans la ville. En 1978, le Rav Berl a terminé ses études secondaires à titre d'externe, et s'est rendu dans une institution d'études rabbinique dans le New Jersey, puis dans une structure Loubavitch de formation de Dayanim de New York. En 1988, il visite la Russie pour la première fois, et deux ans plus tard il est envoyé par le rabbi de Loubavitch à Moscou, afin de développer le Judaïsme en Russie. Il est alors le Rav de la synagogue 'Habad Maryina Roscha de Moscou. En 1999, les 67 communautés de cette 'Hassidouth, puis il est nommé Grand Rabbin des communautés Loubavitch de Russie. En 2001, 189 communautés s'inscrivent déjà dans cette organisation, dans 170 villes du pays.

En 2000, il est officiellement nommé Grand Rabbin de Russie (poste auparavant occupé par le Rav Adolphe Scheiwitz, le Rav Pin'has Goldschmidt, appartenant au courant «lituanien» ayant également été pressenti). Avec l'aide de l'ex(?)-milliardaire Lev Levayiev, le Grand Rabbin Lazar a pu développer un grand nombre d'écoles dans toute la Russie.

Les relations entre le Rav Lazar et le pouvoir sont très développées. Il a même été nommé par Poutine membre du comité public chargé de la préparation des lois du pays. (Lire la suite)


Quels sont vos premiers souvenirs de Russie ?

Je suis arrivé voici vingt ans ici, avec quelques autres jeunes. Le pouvoir était encore communiste et il était officiellement interdit d'étudier la Tora, et surtout pas avec des jeunes. Toutefois, les autorités commençaient à ignorer volontairement ce genre d'activités…

Nous avons rencontré une aspiration incroyable à recevoir des enseignements de Tora et à emmagasiner des connaissances. Il était difficile de faire face à la demande. La journée se passait à donner des cours. Puis ceux qui étudiaient chez nous sont devenus à leur tour enseignants, et ainsi les choses se sont développées. Je suis revenu à plusieurs reprises en Russie : il fallait combler de judaïsme le vide de 70 années de communisme…

Après mon mariage, j'ai demandé au rabbi de Loubavitch si je devais revenir en Russie. Il m'a d'abord demandé d'étudier une année de plus dans un Kollel, puis m'a dit de partir. Depuis lors, nous œuvrons ici.

En ces années-là encore, la majeure partie des Juifs savaient encore le Yiddish, ou avaient appris l'hébreu, et il était possible de commencer avec eux, dès le départ, une étude approfondie de Guémara. Mais par la suite, il a fallu tout reprendre à la base : la langue. Ceci dit, avec le temps, de nombreux élèves ont pris le relais.

Il est important de comprendre que le Juif russe est intelligent et cultivé, et il cherche à développer ses connaissances en Tora de la manière la plus large et la plus profonde possible.

Ceux qui s'intéressent à la Tora sont-ils tous juifs ?

Bien sûr que non. A une certaine période, parce que certaines conversions avaient été faites de mauvaise manière, il avait été question que l'on cesse de s'occuper de ce genre de personnes, et que l'on ne pratique plus de conversions en Russie. Toutefois, le rabbi s'y est opposé en déclarant : « Et qu'en sera-t-il avec ceux à propos desquels il est dit : Un converti qui a rejoint le peuple juif» ? » Il faisait allusion au 'Hida (Midbar Qedémoth 3e sujet), qui fait remarquer que l'expression courante n'est pas « un non-Juif qui s'est converti », mais comme dit, « un converti qui devient juif », à savoir que son âme est liée dès le départ au peuple juif !

Il est évident que nous avons en conséquence continué à accepter de faire des conversions – selon toutes les exigences de la Halakha.

Et parfois, nous nous trouvons face à des phénomènes étonnants. Les fidèles de ma synagogue ont trouvé, un matin, une personne dormant sur le toit d'un magasin faisant face au lieu de prière. S'approchant, ils ont constaté qu'il s'agissait d'un enfant de onze ans qui dormait dans ce lieu insolite. Son histoire leur était connue : ses parents affirmaient être juifs, mais ils n'avaient aucune preuve à cela. L'enfant pour sa part s'était rapproché du Judaïsme d'une manière remarquable, participant à tous les cours et à tous les offices. Ce soir-là, il avait trouvé la synagogue fermée, et décida d'attendre de cette manière-là qu'elle soit ouverte… Entre parenthèse, il refusa, une fois réveillé, de bouger avant qu'on lui ait amené de quoi se laver les mains.

Question délicate : faut-il le convertir à cet âge, puis revoir le sujet à sa bar-Mitswa, ou attendre plus tard ? Le problème a été porté devant les grands décisionnaires de la génération.

Comment expliquez-vous cet éveil du Judaïsme russe ?

Tout d'abord, une merveilleuse aide de la Providence divine : les gens cherchent à donner un sens à leur vie, en particulier les Juifs. L'étincelle juive qui se trouve en leur sein ne leur laisse pas de repos. Deuxièmement, le fait d'appartenir à une communauté ajoute un grand élément dans leur vie : le fait est que partout où nous ouvrons une structure, le lendemain, il n'y a plus de place ! Tous veulent des écoles juives, et dès qu'ils entendent qu'une telle institution s'ouvre dans leur ville, ils abandonnent leur précédente conduite de rejet du judaïsme et se sentent à nouveau faire partie de leur peuple. C'est ainsi que de nombreux Juifs reviennent à la Tora !

En fait, nous voyons là un miracle étonnant se produire : qui aurait pu penser qu'après tant d'années d'éloignement et de silence, des Juifs puissent encore de leur propre volonté s'intéresser à la Tora et vouloir vivre selon ses règles ? Mais il faut prêter attention à un détail : pratiquement tous ceux qui découvrent leurs liens avec le judaïsme et ressentent une certaine appartenance sont des descendants de personnes qui ont tout fait pour rester juifs ; en revanche, de ceux qui ont tenté de cacher leur judaïsme aux premiers temps du régime soviétique et ont tout abandonné, il ne reste rien de leur descendance, et leurs familles ont disparu. C'est ainsi que des millions de Juifs ont disparu. Ceux qui étaient forts, qui ont lutté contre le régime et ont tenté de donner à leurs enfants une éducation juive dans la mesure de leurs moyens, ont à présent le mérite que leurs descendants veulent revenir à leurs sources. «La Tora revient à son logis précédent» (Baba Metsi'a 85a), de sorte que chaque Juif que je rencontre est en général petit-fils d'un rav, d'un cadre communautaire ou d'un Juif orthodoxe.

Les Juifs sont fiers de leur appartenance, ils veulent d'eux-mêmes un mariage orthodoxe. Les Juifs les plus simples tiennent à ce que la circoncision de leurs enfants soit faite le huitième jour, obligation qui, par le passé, était totalement oubliée. Les synagogues sont pleines, que D. soit loué, et l'on fonde de grandes structures d'étude pour gens mariés. Chez nous, à Moscou, on trouve de la sorte un grand Kollel, qui est plein du matin au soir, d'étudiants de tous genres, même de professeurs d'université.

Sur le plan de la Kacherouth, à Moscou, on trouve tout, sans difficulté. Dans les autres villes, ce domaine commence à se développer, en particulier depuis les six derniers mois, où nous constatons une très grande évolution.

'Habad occupe une grande place dans cette œuvre de retour du Judaïsme russe à ses sources, pourquoi ?

Parce que 'Habad a une tradition qui consiste à se jeter à l'eau n'importe où, et quelles que soient les conditions. Et il faut avouer qu'en Russie, un tel dévouement est indispensable : arriver nulle part, et commencer à un zéro absolu n'est pas chose facile.

Peut-on savoir en fait quel est le nombre total des Juifs vivants dans l'ex-URSS de nos jours ?


C'est une grande question. On admet officiellement que dans la seule Russie, vivent 600.000 Juifs, mais nous pensons qu'il s'agit plutôt d'un million de personnes – sans parler des centaines de milliers d'autres qui se trouvent dans les autres pays.

En revanche, sur le plan des cadres, les manques sont terribles ! On compte quelques 400 rabbanim pour tout ce public, alors qu'il serait possible d'en déléguer tellement plus et d'organiser tant d'autres communautés.

Sur le plan des écoles, Lev Levayev fait énormément : son organisme, Or Avner, compte une centaine de centres pédagogiques répartis dans toute la Russie, où étudient quelque 15.000 élèves. D'autres notables américains se sont joints à ses efforts, ainsi que, depuis peu, des oligarques russes, mais la demande est de loin plus importante, elle concerne certainement plus qu'une centaine de milliers d'élèves potentiels.

Quelle est la position du pouvoir face à ce développement ?

Cela dépend des pays, mais, généralement, les dirigeants d'Europe Centrale comprennent de nos jours qu'un terrible mal a été fait au judaïsme, et ils sont disposés à réparer cela. Certains biens, qui furent alors nationalisés sont de nos jours rendus aux communautés. Les cimetières sont respectés, bien que dans ce domaine, le fait que souvent les lieux de sépultures se trouvent de nos jours en pleine ville pose de grands problèmes.

En Russie même, depuis la chute du régime soviétique, les choses vont en s'améliorant, mais, avec Poutine, tout a réellement pris une autre direction ! Par exemple, le fait que l'étude en Yéchiva soit dorénavant considérée comme une étude académique a eu de très grandes incidences. Quand on sait que l'une des grandes crises en Russie, dans le temps, a été provoquée par le décret obligeant les rabbanim à avoir également un diplôme académique, on ne peut qu'être amusé du fait que dans notre génération, ce sont les diplômes rabbiniques eux-mêmes qui sont considérés comme étant académiques !

Il y a aussi le fait que les Russes conçoivent qu'il n'existe qu'une seule représentation du Judaïsme : celle de l'orthodoxie et de l'engagement le plus total dans les Mitswoth.

Du côté de Poutine lui-même, il faut savoir que, dans sa jeunesse, il a vécu dans le même appartement qu'une famille… juive 'Hassidique – dans les conditions d'alors, cela pouvait souvent se passer. Cette famille l'a quasiment élevé, et lui a laissé un souvenir exceptionnel ! Voyez les voies de la Providence : une famille 'hassidique s'est vue obligée d'accueillir un jeune enfant dans son appartement, et de l'accompagner un certain nombre d'années, puis ce jeune devient le Président de la Russie…

De fait, il voit dans la communauté juive un élément important pour l'ensemble du pays.

Il n'est pas possible de rendre public tous les domaines dans lesquels il est capable de nous aider, mais disons simplement que cela peut parfois correspondre à des cas de vie ou de mort.

 

 
 

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