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Guimel Tamouz : Maamar "Véata Tétsavé" commenté
Magazine - Calendrier
Mercredi, 17 Juin 2015 12:17

 Maamar "Véata Tétsavé", Chabbat Parchat Tetsavé, 10 Adar Richon 5741-1981
Ce discours ‘hassidique a été relu, corrigé et édité par le Rabbi (dans son texte en hébreu), à l’occasion de Pourim Katan 5752 (1992).


 TEXTE HEBREU et commentaires (PDF)

 

 

TRADUCTION EN FRANCAIS

Et toi, tu ordonneras aux enfants d’Israël et ils prendront pour toi de l’huile d’olive pure, concassée pour le luminaire, afin d’y élever une lumière perpétuelle »(2)


Chapitre 1

On connaît les questions qui sont posées, à propos de ce verset(3). Car, d’ordinaire, pour les autres Injonctions de la Torah, il est dit : « Ordonne aux enfants d’Israël », alors que la formulation, en l’occurrence, est : « Et toi, tu ordonneras aux enfants d’Israël ». De fait, cette différence n’est pas uniquement dans la rédaction, mais aussi dans le contenu. En effet, « et toi, tu ordonneras » signifie que l’ordre émane de Moché(4). Or, on peut s’interroger sur une telle conclusion. Moché n’était-il pas uniquement l’émissaire de D.ieu, chargé de transmettre Son Injonction à Israël ? Dès lors, pourquoi dire : « Et toi, tu ordonneras » ? Suite du Maamar

 

On peut également se poser une question sur l’expression : « ils prendront pour toi », indiquant que l’huile devait être apportée à Moché(5). Or, les lumières étaient concrètement allumées par Aharon. Pourquoi donc était-il nécessaire d’en apporter l’huile à Moché ? De plus, que signifie : « concassée pour le luminaire » ? Pourquoi ne pas dire plutôt : « concassée afin d’éclairer » ?

Enfin, le verset suivant(6) dit : « du soir jusqu’au matin », alors que celui-ci parle « d’y élever une lumière perpétuelle »(7). 


(1) 1981. Ce discours ‘hassidique a été relu, corrigé et édité par le Rabbi, à l’occasion de Pourim Katan 5752 (1992).

(2) Début de la Parchat Tetsavé

(3) Voir le Or Ha Torah, Parchat Tetsavé, à la page 1541 et le discours ‘hassidique intitulé : « Et, les Juifs reçurent », de 5687 (1927), dans le Séfer Ha Maamarim 5687, à la page 113 et dans le Séfer Ha Maamarim 5711, à la page 182.

(4) A l’opposé, la formulation « Ordonne aux enfants d’Israël » indique que Moché ne fait que transmettre l’ordre divin.

(5) Comme le précise le Ramban, dans son commentaire de ce verset.

(6) Tetsavé 27, 21.

(7) Et, non uniquement pendant la nuit.



Chapitre 2

Mon beau-père, le Rabbi, explique, dans son discours ‘hassidique bien connu(8), qui est intitulé : « Les Juifs s’engagèrent »(9), qu’il prononça à Pourim Katan 5687(10), que l’Injonction « tu ordonneras », Tetsavé, est de la même étymologie que Tsavta, le lien(11). En ce sens, « et toi, tu ordonneras aux enfants d’Israël » signifie que Moché attache, relie les enfants d’Israël à la Lumière de l’En Sof(12).

Et, en accordant son influence aux enfants d’Israël, en les attachant à cette Lumière de l’En Sof, Moché reçoit lui-même un apport qu’il n’avait pas auparavant. En effet, Moché et Israël sont comparables à la tête et au pied, ainsi qu’il est dit(13) : « Les six cent mille pieds du peuple au sein duquel je me trouve », car les enfants d’Israël sont les pieds de Moché, qui est leur tête.

Or, les pieds de l’homme conduisent sa tête là où elle ne peut se rendre par ses propres moyens et il en est également de même, en l’occurrence. Les enfants d’Israël, pieds de Moché, peuvent lui être d’un apport concret, lui conférer l’élévation. C’est précisément le sens du verset : « Les six cent mille pieds du peuple au sein duquel je me trouve ». Grâce aux pieds du peuple, « Je me trouve » et Moché reçoit la révélation(14).

C’est ainsi qu’il faut comprendre le verset : « Et toi, tu ordonneras aux enfants d’Israël et ils prendront pour toi de l’huile d’olive ». Quand Moché « ordonne » et attache les enfants d’Israël à la Lumière de l’En Sof, ceux-ci lui apportent de l’huile d’olive, « ils prendront pour toi » et lui confèrent une clarté accrue.



(8) En effet, il le prononça en présence d’agents secrets soviétiques qui l’épiaient. Ses propos furent déterminants pour son emprisonnement, qui intervint quatre mois plus tard.

(9) Le rapport entre ce verset de la Meguila, « les Juifs s’engagèrent » et Tetsavé sera exposé plus loin, à partir du chapitre 9.

(10) 1927. Ce texte est imprimé dans le Ha Tamim, numéro 7, à partir de la page 36a-336c, dans le Séfer Ha Maamarim 5687, à partir de la page 110, dans le Séfer Ha Maamarim 5711, à partir de la page 180. Voir, en particulier, son chapitre 4.

(11) C’est également ce que dit le Torah Or, à la Parchat Tetsavé, page 82a, à propos du verset : « Et toi, tu ordonneras ». Voir les références indiquées dans le Séfer Ha Maamarim Meloukat, tome 3, page 72, à la note 55.

(12) C’est ce qu’explique la fin du discours ‘hassidique intitulé : « Et toi, tu ordonneras », de 5679 (1919, prononcé par le Rabbi Rachab, qui figure dans le Séfer Ha Maamarim 5679, à la page 256. Le discours de 5687, précédemment cité, au début des chapitres 4 et 15, dit : « Tu attacheras les enfants d’Israël », mais ne précise pas : « avec la Lumière de l’En Sof ». En effet, son but est d’indiquer que Moché relie les enfants d’Israël eux-mêmes, comme on le montrera plus loin, au chapitre 11.

(13) Beaalote’ha 11, 21.

(14) Voir, à ce sujet, le discours ‘hassidique de 5687, précédemment cité, au chapitre 5.



Chapitre 3

Pour préciser cette idée, le discours ‘hassidique précise(15) que Moché, notre maître, est défini comme un « berger fidèle ». Et, cette expression reçoit deux interprétations. D’une part, il était effectivement le berger fidèle d’Israël, assurant sa subsistance dans le domaine de la foi. De fait, les enfants d’Israël possèdent un foi intrinsèque et ils sont définis comme des « croyants, fils de croyants »(16).Pour autant, cette foi peut être superficielle et Moché est donc le berger qui la nourrit, afin qu’elle soit profonde. C’est à ce propos que le Zohar dit(17) : « Cette foi supérieure est nourrie et raffermie par ton intermédiaire », c’est-à-dire par Moché, qui, en la nourrissant et la raffermissant, lui permet d’être intériorisée.

Ce discours ‘hassidique explique ensuite(18) que Moché est également le berger fidèle par l’intermédiaire de l’équivalent de lui-même qui se trouve en chaque génération(19). Car, les chefs du peuple juif, en chaque époque, raffermissent également la foi de ceux qui appartiennent à leur génération, afin que celle-ci soit profonde. Ce fut, par exemple, le cas de Morde’haï(20), équivalent de Moché à son époque, comme l’affirment nos Sages(21) : « Morde’haï fut, en sa génération, comme Moché, en la sienne ». A l’époque du décret de Haman, alors que l’on étudiait la Torah et que l’on pratiquait les Mitsvot au péril de sa vie, Morde’haï réunit, en public, des assemblées de Juifs, afin de raffermir leur foi en D.ieu, de les renforcer dans l’étude et la pratique.

Après avoir longuement expliqué que Moché et celui qui est son équivalent, en chaque époque, raffermissent la foi d’Israël, le Rabbi précise(22) le sens de l’expression utilisée par le verset : « de l’huile… concassée pour le luminaire » et non « pour éclairer ». En effet, pendant la période de l’exil, chacun est « concassé », brisé, dégradé et c’est précisément de cette façon que l’on parvient au « luminaire », à l’essence de laquelle émane la lumière.

Or, on peut se demander quel rapport il y a entre cette interprétation de l’expression : « concassée pour le luminaire » et ce qui est exposé, au préalable, dans ce discours ‘hassidique, à propos de la qualité de Moché et de son équivalent, en chaque génération, qui nourrissent et raffermissent la foi, afin que celle-ci soit profonde.




(15) Au chapitre 4.

(16) Selon le traité Chabbat 97a.

(17) Tome 3, page 225b.

(18) C’est la seconde interprétation de l’expression : « Berger fidèle ».

(19) Selon les Tikouneï Zohar, Tikoun 69, pages 112b et 114a. En ce sens, Moché est bien un « berger fidèle » dans le sens où il se consacre, en permanence, au peuple juif, faisant en sorte qu’à chaque époque, quelqu’un puisse être son successeur.

(20) Voir, à ce sujet, le discours ‘hassidique intitulé : « Et, les Juifs reçurent », de 5687, aux chapitres 3 et 15.

(21) Midrash Esther Rabba, chapitre 6, paragraphe 2.

(22) Dans le discours : « Et, les Juifs reçurent », de 5687, au chapitre 15.





Chapitre 4

Dans ce discours ‘hassidique, le commentaire du verset : « Et, toi, tu ordonneras » est énoncé après un exposé préalable, selon lequel le verset(23) : « Les Juifs s’engagèrent à ce qu’ils avaient commencé à faire » veut dire que « les Juifs s’engagèrent à mettre en pratique ce qu’ils avaient commencé à faire lors du don de la Torah »(24). En d’autres termes, le don de la Torah ne fut qu’un commencement et l’engagement effectif n’intervint qu’à l’époque de Morde’haï, lors du décret de Haman.

Ainsi, commentant le verset(25) : « Les Juifs accomplirent et reçurent », nos Sages soulignent(26) : « Ils accomplirent ce qu’ils avaient reçu au préalable ». En effet, lors du don de la Torah, les enfants d’Israël proclamèrent : « Nous ferons et (ensuite) nous comprendrons », mais il n’y eut là, de leur part, qu’une réception. Par la suite, à l’époque d’A’hachvéroch(27), ils accomplirent à proprement parler ce qu’ils n’avaient fait que recevoir auparavant(28).

Ce discours ‘hassidique souligne qu’il y a là un fait surprenant(29). Lors du don de la Torah, en effet, les enfants d’Israël connurent la plus haute élévation. Ils perçurent la Divinité en Sa révélation la plus haute. Du reste, avant même ce don, ils avaient déjà obtenu des dévoilements importants. Il y avait eu la sortie d’Egypte et, en particulier, le passage de la mer Rouge. Puis, le don de la Torah avait apporté une révélation encore plus grande. A l’opposé, les Juifs, à l’époque de Morde’haï, se trouvaient dans une situation particulièrement basse. Tout d’abord, ils étaient sous l’emprise de la pénombre et du voile inhérents à chaque exil, systématiquement comparé à celui de l’Egypte(30). Or, il est dit(31), précisément à propos de l’Egypte : « Ils n’écoutèrent pas Moché, du fait de la limite de leur esprit et de leur dur labeur ». Or, il en est de même en chaque exil. Différentes épreuves se dressent toujours dans la pratique de la Torah et des Mitsvot. Mais, en outre, à l’époque du décret de Haman, la pénombre et le voile étaient particulièrement épais.

Malgré tout cela, lors du don de la Torah, alors que les enfants d’Israël se trouvaient au sommet de l’élévation, il n’y eut qu’un « commencement », alors qu’à l’époque du décret de Haman, avec la situation basse qui la caractérisait, les Juifs acceptèrent effectivement ce qu’ils n’avaient que commencer à recevoir lors de la révélation du Sinaï.

A ce propos, est donnée l’explication suivante. Lorsque le décret de Haman avait été promulgué, il fallut faire don de sa propre personne afin de mettre en pratique la Torah et les Mitsvot. Tout d’abord, les Juifs firent donc la preuve de leur abnégation en refusant d’abjurer. Le Torah Or précise(32), à ce sujet, que, s’ils avaient renié leur foi, ils auraient eu la vie sauve, car le décret s’appliquait uniquement aux Juifs(33). Malgré cela, nul ne conçut pareille pensée, ce qu’à D.ieu ne plaise. Plus encore, ils firent don d’eux mêmes également pour mettre en pratique la Torah et les Mitsvot(34) et ils réunirent de larges communautés afin d’étudier la Torah publiquement, au péril de leur vie(35).

Leur esprit d’abnégation fut mis en éveil par « Morde’haï, le Juif », qui était l’équivalent de Moché en sa génération. Et, tel est donc le sens du verset : « Les Juifs acceptèrent ce qu’ils avaient commencé à faire ». Lors du don de la Torah, il n’y eut qu’un début et la réception effective passa par le décret de Haman. Les Juifs offrirent alors concrètement leur vie pour la Torah et les Mitsvot. De cette façon, ils connurent l’élévation vers un stade encore plus haut que celui de la révélation du Sinaï. C’est de cette façon qu’ils reçurent véritablement la Torah et à ce propos qu’il est dit : « Les Juifs reçurent ».

Ainsi, l’expression : « concassé pour le luminaire » démontre bien qu’en étant « concassé », brisé et dégradé, on parvient jusqu’au luminaire. Et, l’on pourrait donc penser que cette explication justifie le fait que l’on assista à l’abnégation la plus parfaite, de la part des Juifs, précisément quand fut promulgué ce décret(36). En effet, le don de sa propre personne émane de l’essence de l’âme qui ne peut se révéler, du luminaire qui est à l’origine de la lumière. A l’époque, les Juifs étaient concassés, brisés, dégradés et, de ce fait, ils purent révéler l’essence de leur âme, son luminaire. Toutefois, le contexte de ce discours et l’analyse qu’il énonce introduisent l’explication des mots : « concassé pour le luminaire » seulement après avoir donné la définition du « berger fidèle ». Il faut en conclure qu’une relation existe entre cette expression et la personnalité de Moché, qui nourrit et raffermit la foi, afin que celle-ci soit profonde.



(23) Esther 9, 23.

(24) C’est également ce que dit le début du discours ‘hassidique intitulé : « Les Juifs s’engagèrent », qui figure dans le Torah Or, Meguilat Esther, à la page 96c. Voir également les références citées par le début du discours, du même titre, de 5711 (1951), dans le Séfer Ha Maamarim Meloukat, tome 3, page 67, à la note 4.

(25) Esther 9, 27.

(26) Traité Chabbat 88a.

(27) Le contexte du discours ‘hassidique précédemment cité et de celui du Torah Or, mentionné dans la note suivante, souligne que l’engagement effectif, à l’époque d’A’hachvéroch, fut possible précisément du fait du décret qui avait été émis. A ce sujet, on verra également le Torah Or, à la page 99a. A l’opposé, Rachi, dans son commentaire, dit : « par amour pour le miracle qui avait été accompli pour eux ». Peut-être convient-il de distinguer ces deux interprétations. Voir plus bas, à ce sujet, le développement du chapitre 9.

(28) C’est ce qui est expliqué par le Torah Or, Meguilat Esther, à la page 98a, selon lequel le contenu du verset : « Les Juifs accomplirent ce qu’ils avaient commencé à faire » est identique à celui de cet autre verset : « Ils accomplirent ce qu’ils avaient reçu », bien qu’il s’agisse de deux points différents, selon le Séfer Ha Maamarim Meloukat, tome 3, page 67, à la note 4.

(29) L’emploi de cet adjectif est précisé par le discours ‘hassidique intitulé : « Les Juifs reçurent », de Pourim Katan 5738 (1978), au chapitre 1, dans le Séfer Ha Maamarim Meloukat, tome 1, à la page 317.
(30) Selon le Midrash Béréchit Rabba, qui dit, au chapitre 16 : « Tous les royaumes portent le nom de l’Egypte dans la mesure où ils oppriment Israël ». En effet, Mitsraïm, l’Egypte, est de la même étymologie que Métsar, l’oppression.

(31) Vaéra 6, 9.

(32) Meguilat Esther, pages 91b, 97a et 99b. Voir également les références indiquées dans le Séfer Ha Maamarim Meloukat, tome 3, page 68, à la note 12.

(33) Ce qu’ils auraient cessé d’être, s’ils avaient abjuré.

(34) Il y a bien là un fait nouveau, car, s’agissant de la foi que l’on porte en son cœur, il est dit, dans le chapitre 18 du Tanya, que l’homme le plus ordinaire est capable d’offrir sa vie, s’il sent que cette foi est remise en cause. Il n’en est pas de même pour la pratique de la Torah et des Mitsvot en période de persécution.

(35) Bien évidemment, il y a là un fait encore plus nouveau. Non seulement, ils ne cessèrent pas de pratiquer la Torah et les Mitsvot, mais, bien plus, ils le firent publiquement, au vu et au su de tous.

(36) Comme l’ont montré les notes précédentes.



Chapitre 5

On peut expliquer tout cela d’après le principe établi(37) selon lequel les Juifs croient en D.ieu d’une foi pure, sans qu’il ne soit nécessaire de leur fournir des preuves. Deux éléments justifient qu’il en soit ainsi. D’une part, « le Mazal(38) perçoit »(39), l’âme, là-haut, possède une vision du Divin qui transcende la rationalité et ceci exerce un effet sur la partie de l’âme qui se trouve dans le corps, laquelle croit alors en D.ieu.

Autre explication(40), la source de la foi est l’essence de l’âme, bien plus élevée que la perception du Mazal. En effet, le lien le plus profond existe entre l’essence de l’âme et le Divin, sans aucun rapport de causalité, pas même avec la vision qui transcende le rationnel.

On peut avancer que l’une des différences entre ces deux explications, entre ces deux notions, est la suivante. La foi de la partie de l’âme se trouvant dans le corps, provenant de celle qui reste là-haut, n’est que superficielle. En effet, la partie restant là-haut ne peut pas s’introduire dans le corps. Elle n’exerce donc qu’une action extérieure sur celle qui se trouve à l’intérieur de ce corps. Pour que la foi de la partie de l’âme se trouvant dans le corps devienne profonde, il est nécessaire de mettre en évidence le lien profond qui provient de l’essence de l’âme.

En effet, l’essence de l’âme est également celle de sa partie qui se trouve à l’intérieur du corps. De ce fait, la foi animant la partie de l’âme qui vivifie le corps de l’intérieur peut effectivement avoir un caractère profond.

En fonction de tous ces éléments, on peut comprendre le fil conducteur de ce discours ‘hassidique, dans lequel la notion de « concassé pour le luminaire » fait suite à l’explication sur le berger fidèle. En effet, pour nourrir et affermir la foi, afin qu’elle devienne profonde, Moché doit mettre en évidence l’essence de l’âme, qui dépasse la perception du Mazal, le luminaire qui transcende la lumière.

Ce discours ‘hassidique explique l’expression : « concassé pour le luminaire » de la manière suivante. Pour atteindre le luminaire, il faut soi-même être concassé pendant le temps de l’exil. En effet, la révélation essentielle de l’essence de l’âme, de ce luminaire, est obtenue par le don de sa propre personne, qui se manifeste essentiellement pendant cette période de l’exil, comme nous le montrerons.



(37) Voir la séquence de discours ‘hassidiques de 5672, tome 1, chapitre 61, à la page 114 et tome 2, à la page 1182, qui dit : « La foi émane de la perception du Mazal. L’âme, telle qu’elle se trouve là-haut, possède la vision. Il en est de même pour la foi qui provient de l’essence de l’âme. »

(38) La partie de l’âme qui reste là-haut et ne pénètre pas dans le corps.

(39) Selon les termes du traité Meguila 3a.

(40) C’est le second élément précédemment annoncé.




Chapitre 6

L’explication de tout cela est la suivante. Un Juif peut offrir sa vie pour sa foi, essentiellement lorsque celle-ci émane de l’essence de son âme. La foi résultant de la vision du Mazal est, certes, très intense et l’on sait que la conviction résultant de ce que l’on voit est la plus forte qui soit(41). Malgré cela, une telle foi est raisonnée, puisqu’elle est justifiée par la vision. Elle n’est donc pas liée à l’essence de l’âme et, de ce fait, elle ne conduit pas au don de sa propre personne. Or, la foi d’Israël se caractérise précisément par l’abnégation qu’elle suggère. Pour cela, elle doit donc émaner de l’essence, qu’il est inconcevable de remettre en cause, ce qu’à D.ieu ne plaise.

Ce qui vient d’être dit nous permettra de comprendre l’affirmation suivante, qui est énoncée par ce discours ‘hassidique. Moché est le berger fidèle, qui nourrit et raffermit la foi. Et, il en est de même pour les bergers d’Israël, en chaque génération, qui sont les équivalents de Moché. Tous renforcent la foi des Juifs et leur permettent de faire don d’eux mêmes, afin de mettre en pratique la Torah et les Mitsvot.

Ainsi, quand Moché nourrit et raffermit la foi, comme l’établissent différents textes(42), y compris ce discours ‘hassidique(43), en conférant aux Juifs la perception du Divin, il fait en sorte que celle-ci soit profonde, alors que les bergers d’Israël, à chaque époque, renforcent la foi d’Israël afin qu’elle conduise à l’abnégation, comme le montre également ce discours ‘hassidique(44).

D’après ce qui vient d’être dit, on peut avancer que le rôle essentiel d’un berger fidèle est de nourrir la foi proprement dite, pour s’assurer qu’elle n’émane pas uniquement de révélations, de la vision du Divin que l’âme possède là-haut, mais bien de son essence. Moché, pour sa part, permet que l’on intériorise la foi, qu’on la perçoive rationnellement, par sa compréhension. Et, il peut le faire parce qu’il nourrit cette foi, qu’il la met en évidence telle qu’elle se trouve en l’essence de l’âme.

Comme on l’a vu au chapitre 5, l’introduction profonde de la foi et sa rationalisation sont possibles quand on met en évidence le lien profond qui existe avec l’essence de l’âme. On peut en déduire que, durant les époques qui rendirent nécessaire le sacrifice physique, les bergers d’Israël, les équivalents de Moché, raffermirent la foi des Juifs pour qu’elle suscite en eux cette abnégation. En la matière(45), la qualité de berger fidèle apparaît alors encore plus clairement chez ces bergers que chez Moché lui-même.

En effet, le dévoilement et l’apparition de la foi émanant de l’essence de l’âme, réalisées par Moché ou bien par celui qui est son équivalent en chaque génération, sont essentiellement obtenus  lorsque l’on fait don de sa propre vie, d’une manière effective.



(41) C’est la raison pour laquelle « un témoin ne peut pas devenir juge », selon le traité Roch Hachana 26a. Voir également le Likouteï Si’hot, tome 6, à la page 121.

(42) Par exemple le Torah Or, Parchat Michpatim, page 75b. Voir également le Tanya, au début du chapitre 42.

(43) Au chapitre 11.

(44) Il n’en est pas de même, en revanche, selon le Torah Or, qui dit : « Des étincelles de l’âme de Moché notre maître, puisse-t-il reposer en paix, descendent ici-bas afin de conférer la connaissance au peuple ».

(45) Voir, à ce propos, l’explication développée à la note 68.




Chapitre 7

On sait qu’à Pourim, lors du décret de Haman, tous les Juifs offrirent leur vie, de manière concrète pour la Torah et les Mitsvot. A l’opposé, dans la période de ‘Hanoukka, lors du décret des Grecs, l’abnégation fut essentiellement le fait de Matityahou et de ses fils. A l’époque de Haman, elle fut réellement le fait de chaque Juif.

Cette constatation nous permettra de comprendre ce que dit ce discours ‘hassidique(46), citant le Midrash(47) : « Morde’haï était considéré, dans sa génération, comme Moché, dans la sienne ». Ainsi, même s’il y a, à chaque époque, un équivalent de Moché, Morde’haï, pour sa part, fut même « considéré comme Moché », selon l’expression du Midrash. En effet, la qualité de « Morde’haï le Juif » était la suivante. Il assumait, de manière évidente, le rôle du berger de tout Israël, en sa génération, tout comme Moché, le berger fidèle, sut insuffler la connaissance à chacun, en la sienne.

C’est pour cela que l’époque de Moché, avec tous les événements qui lui sont attachés, fut qualifiée de « génération de la connaissance »(48). Toutefois, Moché, berger fidèle de tout Israël, révéla cette situation en conférant la connaissance à tous ceux qui constituaient sa génération, alors que Morde’haï insuffla à ses contemporains l’esprit de sacrifice.

On peut considérer qu’en citant, dans ce discours ‘hassidique, le Midrash selon lequel : « Morde’haï, dans sa génération, était considéré comme Moché, dans la sienne », l’auteur de ce texte(49) énonça la définition de ce qu’il était lui-même(50), c’est-à-dire le berger fidèle de l’ensemble de sa génération, d’une manière évidente.


(46) Au chapitre 3.

(47) Midrash Esther Rabba, chapitre 6, paragraphe 2.

(48) Voir le Midrash Vaykra Rabba, chapitre 9, au paragraphe 1 et Bamidbar Rabba, chapitre 9, au paragraphe 3.

(49) Le précédent Rabbi.

(50) Conformément à l’explication des termes de la Michna, traité Avot, au début du chapitre 3 : « jugement et comptes », jugement d’abord et comptes ensuite. On peut, en effet, le justifier d’après la Michna 16 du même chapitre, qui affirme : « On punit l’homme en sa conscience et sans sa conscience ». Car, en rendant soi-même un verdict sur son prochain, on le prononce, en réalité, sur sa propre personne, sans en avoir conscience. C’est donc en fonction de ce « jugement » que l’on établit les « comptes » sur sa propre situation. Voir, à ce sujet, le Likouteï Si’hot, tome 6, à la page 283.




Chapitre 8

Ce qui vient d’être dit nous permettra de comprendre le fil conducteur des notions introduites dans ce discours ‘hassidique, commentant le verset : « Et toi, tu ordonneras » et l’ordre dans lequel il est rédigé. Le texte précise, tout d’abord, la signification du verset : « Et toi, tu ordonneras aux enfants d’Israël, en montrant que Moché est celui qui attache, qui relie les enfants d’Israël à la Lumière de l’En Sof en nourrissant et en raffermissant leur foi.

Par la suite, ce discours explique que les bergers d’Israël, les équivalents de Moché en chaque génération, renforcent également la foi d’Israël. C’est ce que fit Morde’haï, le Moché de sa génération, qui, de cette façon, permit que les Juifs étudient la Torah et mettent en pratique les Mitsvot avec toute la fermeté nécessaire.

Le discours explique ensuite la signification de l’expression : « concassée pour le luminaire », figurant dans le verset : « Et toi, tu ordonneras », qui semble ne s’adresser qu’à Moché lui-même. C’est, en effet, ce dernier qui met en évidence le luminaire d’Israël, l’essence de l’âme, par l’intermédiaire de celui qui est son équivalent durant la période de l’exil, lorsque tous sont « concassés ». C’est alors que les Juifs sont saisis par un esprit d’abnégation et c’est essentiellement de cette manière qu’ils peuvent dévoiler l’essence de leur âme, le luminaire.

Mais, l’on peut s’interroger sur ce qui vient d’être dit car, selon cette explication, l’expression « consacrée pour le luminaire » est directement liée au verset : « Et toi, tu ordonneras aux enfants d’Israël », c’est-à-dire au fait que Moché et celui qui est son équivalent en chaque génération attachent et relient Israël à la Lumière de l’En Sof. Pour autant, le verset dit bien : « concassée pour le luminaire » à la suite de : « Ils prendront pour toi de l’huile pure », signifiant ainsi que les enfants d’Israël devaient apporter cette l’huile à Moché, ce qui veut dire qu’eux mêmes insufflaient une lumière accrue à Moché, comme on l’a indiqué en citant le second chapitre de ce discours.


Chapitre 9

Au sens le plus simple, le verset : « Les Juifs acceptèrent ce qu’ils avaient commencé à faire » fait référence à la période qui suivit le miracle de Pourim.  Du reste, le discours ‘hassidique, commentant ce verset, précise que l’on mit en pratique, à l’époque d’A’hachvéroch, ce qui n’avait fait que commencer, lors du don de la Torah. Or, cette interprétation est concevable uniquement si l’on admet que ce verset décrit la période suivant le miracle de Pourim.

Affirmer que l’on reçut pleinement, à l’époque d’A’hachvéroch, ce qui fut seulement révélé lors du don de la Torah, a deux conséquences. D’une part, cette réception se fit donc en période de persécution et grâce à l’abnégation dont les Juifs témoignèrent, comme l’explique le discours ‘hassidique. D’autre part, celle-ci fut effective après le miracle de Pourim. Et, ce dernier point est plus important que le premier, comme nous le montrerons.

Et, l’on peut considérer qu’il en est de même pour l’expression : « concassée pour le luminaire », c’est-à-dire pour le fait qu’en étant « concassé » par l’exil, on parvient jusqu’à ce luminaire. Car, cette idée a également deux implications. Quand les Juifs sont opprimés par les poursuites contre la pratique de la Torah et des Mitsvot, comme ce fut le cas quand ce discours ‘hassidique fut prononcé, ils obtiennent effectivement le luminaire, grâce à leur abnégation. En outre, l’expression : « concassée pour le luminaire » signifie aussi que les Juifs, se trouvant en situation de largesse, matériellement et spirituellement, bien qu’étant exilés(51), n’en sont pas moins « concassés », brisés et dégradés par cet exil.

Cette description est fidèle à la situation qui fit suite au miracle de Pourim, lorsque : « pour les Juifs, ce fut lumière, joie, allégresse et honneur »(52), au sens littéral et également dans la dimension spirituelle(53). Plus encore, la maison de Haman fut donnée à Esther(54), de sorte que le mal lui-même fut transformé en bien. Pour autant, « nous étions encore les serviteurs d’A’hachvéroch »(55). Or, c’est précisément parce que les Juifs sont « concassés » par le fait de se trouver en exil qu’ils parviennent au luminaire.

L’explication de tout cela est la suivante. Les Juifs sont brisés parce qu’ils se trouvent en exil, même s’ils y connaissent la largesse matérielle et spirituelle, parce que la volonté profonde de chacun d’entre eux est d’obtenir la révélation de D.ieu, qui est à la base même de leur existence.

Pendant l’exil, le dévoilement divin n’est pas aussi intense qu’à l’époque du Temple. Combien plus en est-il ainsi quand on médite à l’affirmation de nos Sages(56) selon laquelle : « si le Temple n’a pas été reconstruit du vivant de quelqu’un, celui-ci doit considérer qu’il a été détruit durant ses jours ». A cette idée, on doit effectivement être saisi et « concassé ».

Et, celui qui, possédant une situation plus élevée, conserve encore une révélation divine comparable à celle de l’époque du Temple(57), n’en aura pas moins la conscience du fait que le monde, dans son ensemble, ne possède pas ce dévoilement. Il en conclura que la révélation dont il dispose lui-même ne peut être que limitée. En effet, quand la Lumière infinie de l’En Sof se révèle, elle est identique en tout endroit. En revanche, s’il est un seul lieu, même le coin le plus reculé du monde, qui ne reçoit pas ce dévoilement, c’est la preuve que celui-ci est limité, y compris là où on le perçoit pleinement.

C’est le sens de la citation, rapportée par un discours ‘hassidique de l’Admour Hazaken(58), des Tikounim(59), selon laquelle « si un Juste parfait accédait à la Techouva, de son vivant, le Machia’h viendrait ». En effet, la Techouva révèle la Lumière infinie de l’En Sof et ce dévoilement est obtenu de manière identique en tout endroit.

Ainsi, celui qui ne possède la révélation de l’Essence de l’En Sof en est brisé, dégradé et « concassé ». Selon le même raisonnement, on sait que la valeur numérique du mot ‘Holé, malade, est quarante neuf, ce qui veut dire que l’homme qui possède, d’ores et déjà, les quarante neuf premières portes de la connaissance, mais auquel manque encore la cinquantième(60), est effectivement malade(61).

Comme on le sait, le Tséma’h Tsédek rapporte(62) les propos suivants, que prononçait l’Admour Hazaken : « Je ne me satisferai de rien. Je ne veux pas de Ton Gan Eden. Je ne veux pas de Ton monde futur. Je ne veux que Toi-même ». Grâce à ces propos de l’Admour Hazaken, qui ne furent pas prononcés dans des circonstances exceptionnelles mais bien répétés de manière courante, bien plus, qui furent diffusés par le Tséma’h Tsédek, chaque Juif reçut la force d’avoir pour volonté essentielle le dévoilement de l’Essence de D.ieu, au point d’être « concassé » s’il ne le possède pas, en particulier pendant la période de l’exil, lorsque l’on ne reçoit même pas la révélation du Temple.

En conséquence, on demandera, trois fois par jour ou même encore plus que cela : « Que nos yeux assistent à Ton retour à Tsion dans la miséricorde », afin d’obtenir la révélation de D.ieu, celle de l’Essence. Tel est donc le sens de l’expression : « Concassé pour le luminaire ». C’est en étant brisé par le fait de se trouver en exil que l’on parvient à ce luminaire. En effet, chaque Juif désire le dévoilement de D.ieu, qui est à la base même de son existence et il est donc « concassé » quand il constate que celui-ci lui manque, pendant la période de l’exil. Une telle situation émane de l’essence de son âme, du luminaire de cette âme, qui est lié à la Divinité en sa dimension la plus profonde.


(51) On notera que le chapitre 15 de ce discours ‘hassidique dit uniquement : « en temps d’exil », alors que le résumé de ce chapitre ajoute : « en temps d’exil et de persécution ».

(52) Esther 8, 16.

(53) Voir le traité Meguila 16b.

(54) Esther 8, 1.

(55) Selon le traité Meguila 14a.

(56) Voir le Yerouchalmi, traité Yoma, chapitre 1, paragraphe 1, à la page 4b et le Midrash Tehilim, sur le verset 137, 7.

(57) Ainsi, on sait, par exemple, que : « pour Rabbi Chimeon Ben Yo’haï, le Temple n’avait pas du tout été détruit », selon la formulation du Péla’h Ha Rimon, Chemot, à la page 7, au nom de l’Admour Hazaken.

(58) Imprimé dans les Maamareï Admour Hazaken Ha Ketsarim, à la page 403.

(59) C’est ce que disent les Maamareï Admour Hazaken Ha Ketsarim. Le Zohar ‘Hadach, à la Parchat Noa’h, page 23d, dit : « Si les chefs de la communauté ou une communauté parviennent à la Techouva, l’exil cessera ».

(60) Il s’agit des cinquante portes de l’Attribut de Bina, celui de la compréhension raisonnée. Or, cette cinquantième porte est particulièrement élevée et Moché, notre maître ne l’atteignit lui-même qu’en quittant ce monde sur le mont Nébo, soit Noun Bo, « la cinquantième est en lui ». Malgré cela, celui qui ne possède pas cette cinquantième porte considère qu’il est effectivement malade.

(61) Selon le Taameï Ha Mitsvot du Ari Zal, à la Parchat Vayéra, le Likouteï Torah, à la Parchat Bera’ha, page 97b et la séquence de discours ‘hassidiques de 5637, au chapitre 63, page 99.

(62) Cité par le Chorech Mitsva Ha Tefila, du Tséma’h Tsédek, au chapitre 40, page 138a.




Chapitre 10

On peut avancer que le luminaire de l’âme, se révélant lorsque l’on est « concassé » pendant la période de l’exil, est plus élevé que le niveau de cette âme mis en évidence par le don de sa propre personne. Et, l’on peut le justifier de la manière suivante.

L’une des raisons pour lesquelles le don de la Torah ne fut qu’un commencement, alors que la réception effective se fit à l’époque d’A’hachvéroch, est la proclamation, qui fut faite près du mont Sinaï, selon laquelle : « Nous ferons et (ensuite) nous comprendrons », précisément parce que : « Il plaça la montagne sur eux comme un tonneau »(63), c’est-à-dire par une révélation céleste(64). A l’époque d’A’hachvéroch, par contre, ils reçurent la Torah par leur propre initiative.

On peut, en conséquence, établir une comparaison entre la foi d’Israël émanant de la vision du Divin que l’âme possède là-haut et qui donc raisonnée, d’une part, la proclamation du don de la Torah : « Nous ferons et (ensuite) nous comprendrons », par la révélation céleste(65), d’autre part. A l’époque d’A’hachvéroch, les Juifs s’engagèrent eux mêmes. Alors, il fut établi que leur attachement à D.ieu émanait bien de l’essence de leur âme, que celui-ci était profond, à la base même de l’existence.

En une analyse plus précise, on peut avancer que la révélation de l’essence de l’âme présente aussi l’équivalent des deux points précédemment définis. On peut considérer que cette révélation, quand elle est obtenue par le don de sa propre personne, est surajoutée, par rapport aux forces révélées de l’âme. Et, l’on peut vérifier, chez différentes personnes, qu’il en est bien ainsi. En effet, se trouvant dans un endroit où l’on est persécuté quand on veut mettre en pratique la Torah et les Mitsvot, certains se sacrifient, d’une manière concrète, pendant plusieurs années. Puis, par la suite, quand ils parviennent dans des contrées où une telle pratique est possible dans la largesse, leur esprit d’abnégation apparaît beaucoup moins clairement qu’au préalable.

De telles personnes se sont sacrifiées, pendant des années, parce qu’elles étaient éclairées par l’essence de leur âme, transcendant ses forces révélées, lesquelles n’en furent donc pas modifiées(66). Certes, l’essence de l’âme est également celle de ses forces révélées, comme on l’a montré au chapitre 5. Pour autant, le fait qu’il en soit ainsi peut aussi ne pas intervenir dans le fonctionnement et dans la définition de ces forces. Et, il y a, en outre, la révélation de l’essence de l’âme quand un homme est brisé et « concassé », parce qu’il se trouve en exil(67). En pareil cas, ses forces révélées et leur fonctionnement sont partie intégrante de l’essence de cette âme(68).

On peut considérer que la possibilité de distinguer l’essence de l’âme de ses forces découle du fait que cette essence est elle-même limitée, cette limite étant uniquement plus grande que celle inhérente au fonctionnement des forces révélées. A l’opposé, du point de vue de l’essence de l’âme telle qu’elle se trouve en l’Essence de D.ieu, son caractère infini  et ses forces en sont bien partie intégrante(69).

Il faut conclure de tout cela que le luminaire de l’âme se révélant quand l’homme fait don de sa propre personne en est bien l’essence, inscrite dans le caractère infini de D.ieu, au delà de toutes les forces, alors que le luminaire de l’âme apparaissant à l’évidence quand on est « concassé » par le fait de se trouver en exil est, à proprement parler, la révélation de l’essence de cette âme, telle qu’elle est partie intégrante de l’Essence de D.ieu.



(63) Selon le traité Chabbat 88a, ce qui veut dire que la Torah fut reçue sous la contrainte et non pas de plein gré.

(64) Et, non par un effort des hommes. Voir le Torah Or, Meguilat Esther, à partir de la page 98d et le discours ‘hassidique : « Et, les Juifs reçurent », précédemment cité, de 5687, à la fin du chapitre 2.

(65) Voir, à ce sujet, la séquence de discours ‘hassidiques de 5672, tome 2, à la page 996.

(66) Voir le discours ‘hassidique intitulé : « Cette nuit-là », de 5725, chapitre 8, à la note 9, dans le Séfer Ha Maamarim Meloukat, tome 4, à la page 188.

(67) Il s’agit du second point précédemment annoncé, le premier étant la révélation de l’essence de l’âme obtenue par le don de sa propre personne.

(68) Il en est de même pour l’intériorisation de la foi qui est obtenue par la connaissance. En effet, la première agit sur la seconde et il y a bien là un élément nouveau, que l’on ne retrouve pas dans le cas du don de sa propre personne. On peut en conclure qu’en cas d’intériorisation de la foi, c’est alors le Mazal de l’âme qui se révèle, soit ses deux parties les plus hautes, ‘Haya et Ye’hida. Néanmoins, la foi transcendant la connaissance et la connaissance proprement dite ne peuvent s’unir que par une révélation de l’essence de l’âme. Cette révélation ne fait que donner la force à la foi émanant de ‘Haya de s’introduire dans la connaissance, comme l’explique le Séfer Ha Maamarim 5670, à la page 154. A l’opposé, l’essence de l’âme proprement dite ne se dévoile pas. Il n’en est pas de même pour le fait que la révélation de D.ieu est à la base même de l’existence, ce qui a pour conséquence que l’homme est brisé et « concassé », pendant le temps de l’exil, en l’absence de cette révélation, comme on l’a montré au chapitre 9. En la matière, la mise en évidence du lien profond qui émane de l’essence de l’âme, faisant que celle-ci soit à la base même de l’existence, se limite à insuffler une force pour atteindre l’objectif final. L’essence de l’âme éclaire alors, d’une manière profonde, comme c’est le cas quand l’homme doit faire le sacrifice de sa propre personne. Et, ce dévoilement de l’essence de l’âme, à proprement parler, se lie au fonctionnement de ses forces révélées.

(69) Voir également le Séfer Ha Maamarim Meloukat, tome 4, à la page 378.



Chapitre 11

Ce qui vient d’être dit peut être rapproché de l’explication figurant dans ce discours ‘hassidique(70), à propos du verset : « Et toi, tu ordonneras aux enfants d’Israël et ils prendront pour toi de l’huile d’olive ». Moché devait ordonner aux enfants d’Israël, les lier(71), de sorte qu’ils lui apportent de l’huile d’olive. De la sorte, ils pourraient, par leur service de D.ieu, lui apporter la clarté.

L’une des précisions, applicables au service de D.ieu, qui peut être donnée, à ce propos, est la suivante. Moché ordonne et lie les enfants d’Israël en nourrissant et en raffermissant leur foi, afin que celle-ci émane, non seulement de la partie révélée de leur âme, de la vision de D.ieu qu’elle possède là-haut, mais aussi de son essence. C’est le sens du verset : « Et toi, tu ordonneras aux enfants d’Israël », ce qui veut dire que Moché ordonne, lie et attache les enfants d’Israël, lesquels, par l’essence de leur âme, sont bien tous identiques(72).

Grâce aux accomplissements des enfants d’Israël, après que l’essence de leur âme leur ait été révélée par Moché, leurs forces révélées, avec leur fonctionnement, s’inscrivent effectivement dans cette essence. Il en résulte un apport, un ajout à l’essence qui se révèle et se dévoile par l’intermédiaire de Moché, à propos duquel il est dit : « ils prendront pour toi ». De la sorte, apparaît à l’évidence la source véritable, telle qu’elle est en l’Essence de D.ieu.

En outre, l’unité d’Israël se trouve ainsi confortée. Car, celle-ci émane de l’essence de l’âme qui se révèle chez les Juifs comme un élément se surajoutant à la personnalité. Elle est possible quand on accorde un rôle prépondérant à son âme et un statut accessoire à son corps(73). Lorsque se révèle l’essence de l’âme telle qu’elle est en l’Essence de D.ieu, le fonctionnement des forces révélées se fond dans l’Essence. Dès lors, l’unité d’Israël est réalisé en tout ce qui le concerne, y compris en ce qui est lié au corps.

Ceci nous permettra de comprendre ce qui est exposé par ce discours ‘hassidique(74), c’est-à-dire le fait que les enfants d’Israël, par leur service de D.ieu, font un apport à Moché, qui reçoit ainsi « la lumière perpétuelle ». Ainsi, la clarté de l’âme, la « bougie(75) de D.ieu (qui) est l’âme de l’homme »(76), est toujours identique, sans fluctuation, grâce à la révélation de l’essence de l’âme, obtenue par l’intermédiaire de Moché, « Et toi, tu ordonneras ». En effet, l’essence de cette âme ne peut pas être modifiée. Or, le discours ‘hassidique précise bien que la « lumière perpétuelle » est obtenue grâce à l’apport d’Israël à Moché, ainsi qu’il est dit : « ils prendront pour toi ».

Il convient de préciser que la révélation de l’essence de l’âme, du haut vers le bas, par l’intermédiaire de : « Et toi, tu ordonneras » n’est pas la même, au soir et au matin. En effet, cette révélation se fait essentiellement quand on est confronté à des voiles et à des obstacles, c’est-à-dire « au soir ». Comme on l’a montré au chapitre 10, ceux qui, en période de persécutions, « au soir », ont fait preuve d’abnégation, n’ont pas su conserver la même attitude par la suite, quand ils sont arrivés dans un endroit où l’on peut pratiquer la Torah et les Mitsvot dans la largesse, « au matin ». Car, l’aspect véritable de la « lumière perpétuelle », celui qui ne subit pas de fluctuation, résulte de l’effort des Juifs par lequel les forces révélées de l’âme sont partie intégrante de son essence, « ils prendront pour toi ».

Ce qui vient d’être dit justifie que l’expression : « concassé pour le luminaire » figure, dans le verset, après : « ils prendront pour toi ». En effet, les termes : « concassé pour le luminaire » soulignent que les Juifs sont brisés, dégradés et « concassés » par le fait qu’ils se trouvent en exil. Et, c’est là ce qu’ils accomplissent par leur service de D.ieu, grâce auquel les forces révélées de l’âme peuvent se trouver en conformité avec son essence. Dès lors, le luminaire de leur âme, son essence qui est partie intégrante de l’Essence de D.ieu, apparaît à l’évidence. Et, c’est pour cela que les mots : « concassé pour le luminaire » sont mentionnés après : « ils prendront pour toi ».



(70) Au chapitre 4, qui est cité plus haut, dans le chapitre 2 du présent texte.

(71) On a vu, en effet, au chapitre 2, que le verbe Tsavo, ordonner, est de la même étymologie que Tsvta, le lien.

(72) Voir, à ce sujet, la séquence de discours ‘hassidiques de 5672, tome 1, au chapitre 61. Selon ce texte, il est, en effet, plusieurs formes de visions. Ainsi, tous les Juifs possèdent la foi d’une manière identique, car la source de cette foi est leur lien profond, émanant de l’essence de l’âme, qui transcende la vision du Mazal.

(73) Tanya, au chapitre 32.

(74) Au chapitre 4.

(75) Michlé 20, 27.

(76) Voir le chapitre 15 de ce discours ‘hassidique.




Chapitre 12

La signification simple de : « Et toi, tu ordonneras aux enfants d’Israël et ils prendront pour toi » est donc la suivante. Moché devait donner l’ordre aux enfants d’Israël de prendre cette huile. Il en résulte, dans la dimension profonde, que Moché ordonne et lie les enfants d’Israël en leur insufflant les forces nécessaires pour mettre en pratique l’Injonction : « ils prendront pour toi ».

Il en est de même également pour le Moché de notre époque, mon beau-père, le Rabbi, chef de notre génération. Son œuvre consista à mettre en évidence et à révéler en chaque Juif la foi, émanant de l’essence de l’âme. Il l’assuma de telle façon que chacun puisse ensuite servir D.ieu par ses forces propres(77), devenir une « lumière perpétuelle », qui ne peut connaître aucune fluctuation, pas même par les forces révélées.

C’est de cette façon que nous mériterons, très prochainement, la délivrance véritable et complète. Alors, la Divinité se révélera également par ce qui se passe ici-bas(78). Dès lors, on apportera l’huile(79) et l’on allumera les lumières(80), ainsi qu’il est dit : « ils prendront pour toi de l’huile, afin d’élever la lumière perpétuelle », y compris de façon matérielle, dans le troisième Temple, lors de la délivrance véritable et complète, par notre juste Machia’h, très prochainement.



(77) Sans être « artificiellement » élevé par le Rabbi.

(78) Par l’effort des hommes et non uniquement par un dévoilement céleste.

(79) Qui sera le résultat de cet effort des Juifs.

(80) Du Chandelier, qui sera rétabli dans le troisième Temple.
 
 

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