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FRATERNITÉ Chaque chapitre de la Tora est composé d’une succession de phrases qui ne se suivent pas de façon anarchique. En effet, l’agencement des versets de la Tora est également en soi une source profonde d’enseignements. En tenant compte de cette règle, nous tenterons de comprendre l’association, au début de la Paracha, de deux versets qui ne présentent, apparemment, aucune similitude.
Le second verset de la parachath Bechala’h nous apprend que lors de la sortie d’Egypte, D.ieu dirigea le peuple vers le désert, plutôt que de lui faire prendre un itinéraire plus court en longeant la côte. Le verset qui suit nous donne une information sans rapport avec l’indication de la route empruntée par les Enfants d’Israël : « Moché prit avec lui les ossements (atsmot) de Yossef… » Beaucoup de commentateurs s’étonnent et cherchent à comprendre quel rapport la Tora a voulu établir entre le désert et Yossef. La plupart des exégètes s’étonnent aussi de l’emploi de l’expression « ossements de Yossef », plutôt que « cercueil ou corps de Yossef ».
ABSCENCE DE VIE Pour comprendre et répondre à toutes ces interrogations, il nous faudra lire ces deux versets au second degré. A un niveau symbolique, le désert nous renvoie à l’idée de danger spirituel ; à un lieu où la présence de D.ieu est très réduite comme la vie (à l’état primaire) dans le désert où la végétation est peu présente. Bien souvent, nous sommes confronté à des situations professionnelles, sociales ou tout simplement de la vie quotidienne qui peuvent nous faire trébucher. L’idée de D.ieu est alors tellement absente que nous pouvons succomber à toutes sortes de tentations. Les valeurs sont totalement inversées. Le vol, la tromperie et le mensonge sont ce qui est, malheureusement, recherché.
GUIDE SPIRITUEL Pour battre en brèche cette attitude, il faut prendre « les ossements de Yossef ». Le texte emploie les mots « atsmot » pour « ossements » mais ce mot peut se lire aussi « atsmout » qui signifie « essence ». Pour éviter la chute, il faut s’inspirer de la vie exemplaire de Yossef. Il faut incarner les valeurs véritables qui furent les siennes tout au long de sa vie. Quand Ra’hel nomma Yossef, elle justifia ce nom en disant que « D.ieu me rajoute un autre fils ». Deux mots ici sont mis en valeur par nos Maîtres : « autre » et « fils ». Les commentateurs expliquent cette juxtaposition de la façon suivante. Tout au long de sa vie, Yossef se donna comme mission de transformer ceux qui sont « autre » en « fils ». Et effectivement, lorsqu’on s’échappe de l’esclave d’Egypte et de sa dépravation morale, il ne faut pas se contenter de sa propre élévation spirituelle. Il est impératif aussi de se préoccuper de tous nos frères qui sont encore éloignés de D.ieu et des valeurs éthiques universelles contenues dans la Tora. Trop souvent notre prochain est « autre » ? C’est-à-dire qu’il est aliéné et éloigné du Créateur et de Sa Tora. Il faut alors tout faire pour le changer en « fils » et faire en sorte qu’il quitte son désert intérieur pour le ramener vers son Père spirituel. Nous comprenons a présent pour quelle raison la Tora a tenu à rapprocher ces deux versets au tout début du récit de la sortie d’Egypte. Cet évènement est souvent perçu à l’échelle collective. Mais cet enthousiasme peut nous faire oublier que cette délivrance est indissociable du cheminement individuel. Celui que chacun d’entre nous doit vivre en son for intérieur.
Et effectivement, lorsqu’on rencontre un autre juif pour qui il est difficile de « sortir » d’Egypte, on se doit de chercher à le « prendre par la main ». Il ne faut pas qu’il se noye dans la mer de l’assimilation.
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