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“laisser le coin au bout de son champ pour les pauvres”
Le 2 mars 1961 (Pourim 5721) Le Rabbi de Loubavitch déclara: “Ecoute, il y a une terre désolée qui est spirituellement sous-développée. Il y a des juifs là-bas qui ne savent même pas qu’il leur manque quelque chose…Va chez le juif qui est dans un tel besoin, sois là-bas un jour, une semaine, un mois, une année, dix ans…D.ieu a assez d’années à partager, autant d’années que le travail demande, il te donnera”.
La préoccupation essentielle du Rabbi est à l’évidence l’interêt qu’il porte aux juifs “qui ne savent pas qu’il leur manque quelque chose”. Ceux-ci la plupart du temps n’ont pas conscience du fait qu’ils possèdent une âme divine qui a besoin d’être nourrie du pain de la Torah. Jusqu’au jour où le Rabbi envoie à la rencontre de l’un de ces juifs qui vit sur cette “terre spirituellement sous-développée”, l’un de ses émissaires. La mission de l’émissaire n’est pas d’apprendre à cet homme qu’il est juif, cela il le sait déjà, mais consiste à lui révéler ce que cela signifie véritablement.
Lorsque cet émissaire s’assied près de lui et lui enseigne le début du livre du Tanya, ce juif apprend qu’il est en réalité un des fils du Roi des Rois, un prince de D.ieu, qui a reçu comme héritage de son ancêtre Avraham une âme que l’Admour Hazaken n’hésite pas à définir comme étant “véritablement une parcelle de divinité d’En-Haut…”
Ce juif comprend alors peu à peu qu’il possède des moyens d’agir qui dépassent de loin les limites de ce monde, puisqu’il brille en lui-même une lumière qui n’a pas de limite ni de fin. L’émissaire lui donne un exemple. Le Baal Chem Tov compare le juif à la terre car de même que la terre peut donner des fruits à l’infini, un juif possède la force de donner des fruits à l’infini. Ces fruits ce sont les Commandements divins.
Dans notre paracha il est question de la conquête de la terre d’Israël. D’après la comparaison que le Baal Chem Tov établit entre la terre et un juif nous comprenons que la conquête de la terre d’Israël est aussi une allusion à la conquête de nous-même. En effet, la mission de chaque juif consiste à faire de ce monde matériel (une terre profane) une demeure pour D.ieu (la terre d’Israël), mais elle consiste également à raffiner notre âme “matérielle” (l’âme animale) dont le seul désir est d’assouvir des désirs matériels et grossiers qui sont dénués de tout caractère divin.
Celui qui parvient à conquérir la terre d’Israël est celui qui parvient à la pureté du coeur car son seul désir est D.ieu, ainsi qu’il est dit: “Mon âme a soif de Toi”.
A la lumière de ce qui vient d’être dit nous pouvons expliquer que la Mitsva qui consiste à “laisser le coin au bout de son champ pour les pauvres” (Mitzvah 216, Kédochim, 19, 9) n’est pas sans évoquer les paroles du Rabbi.
Du fait que l’on compare un juif à la terre (un “champ”), “laisser le coin au bout de son champ pour les pauvres” signifie que chaque juif malgré toutes ses occupations, doit consacrer un peu de son temps (“laisser un coin de son champ”) aux pauvres, c’est à dire qu’il doit donner un peu du pain et de l’eau de la Torah à ces juifs qui se trouvent “sur une terre désolée et qui ne savent même pas qu’il leur manque quelque chose”.
Rav Yaakov Abergel
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