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DÉPASSER L’INTELLECT
A proprement parler, Avraham n’est pas le premier Juif de l’histoire. Il est plutôt le ferment embryonnaire du judaïsme, celui qui, par ses vertus, va former notre l’identité. Dans notre paracha, on verra un homme évoluer selon des normes qui plus tard deviendront les nôtres.
En général, on pense que celui qui pratique les mitsvot comme il se doit, est en parfait accord avec le judaïsme. C’est vrai mais il il y a plus encore . Ce plus s’incarna pour la première fois chez Avraham. Il s’agit du dépassement de soi. Quand un homme va au-delà de ce qui lui est demandé; quand il s’investit complètement ; il prouve par là qu’il adhère de plein gré à cet ordre, sans ressentir une contrainte inhérente à ce qu’on lui demande. C’est cet esprit qui anime toute la paracha Lè’h lé’ha. Dès le premier chapitre Avraham quitte sa terre natale sans même connaître le nom de sa destination. A la fin de cette même paracha nous est décrit sa circoncision à l’âge 99 ans ! Etre capable de quitter son pays à 75 ans sans planifier (et connaître) un quelconque devenir dépasse l’entendement. IL en est de même avec l’accomplissement de la circoncision à un âge avancé. Pour illustrer cette idée revenons sur un évènement parallèle au récit de notre paracha.
DEUX APPROCHES
Le premier est en rapport avec les 10 épreuves qu’Avraham dut subir tout au long de sa vie. Notons que les deux premières épreuves présentent une particularité par rapport aux huit autres. Il y eut d’abord l’épreuve qui obligea Avraham à se cacher 13 ans pour fuir la colère du roi Nimrod qui voulut le tuer parce que le (futur) patriarche enseignait le monothéisme. La seconde est celle de la fournaise dans laquelle le même roi le jeta et le miracle qui le sauva. Il est intéressant de noter que ces deux premières épreuves ne sont pas mentionnées dans le texte de la Tora. Elles sont uniquement rapportées dans la Tradition orale. Comment expliquer cette distinction ? Le lien qu’un homme établit avec D.ieu peut se former de deux façons : soit par la prise de conscience intellectuelle de la grandeur du Créateur, soit par une révélation d’En Haut. Le premier lien est limité puisque la perception de la divinité dépend du niveau intellectuel de l’individu. De ce fait celui-ci s’attachera à un « D.ieu limité, presque humanisé ». Le second lien dépend du Créateur lui-même. Il propulse l’homme vers un judaïsme transcendant qui dépasse la raison.
AU DELÀ DES FACULTÉS INTELLECTUELLES
A présent, nous comprenons de comprendre pourquoi les deux premières épreuves ne furent pas mentionnées dans la Tora écrite. Avraham les surmonta ces deux premières grâce à ses convictions profondes. Au début de la parachat Lèh lé’ha, avant que D.ieu ne se révèle à lui, le premier Patriarches enseignait le monothéisme en le justifiant par des arguments logiques. La Tora ne pouvait donc retenir ces deux épreuves ! On peut dégager de ce détail, une donnée pédagogique importante. Puisque Avraham est le point de départ de notre histoire, on peut donc assimiler la période décrite dans cette paracha comme à l’un des fondements de l’éducation juive. Dans les premières années de l’enfant, l’attachement à la Tora ne passe pas, dans un premier temps, par une approche intellectuelle. Les parents doivent plutôt s’atteler à ancrer chez l’enfant la conviction que D.ieu et ses mitsvot dépassent toutes les considérations rationnelles. Peu importe si l’enfant ne comprend pas toujours ce qu’on lui dit ou ce qu’il doit faire. Il doit être à l’image d’Avraham. Un homme dont la relation à D.ieu va au-delà de la raison. Ce n’est que plus tard qu’il lui sera demandé d’utiliser au maximum toutes ses capacités intellectuelles.
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