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 Photo : Roman Vishniak
Aussi surprenant que cela puisse paraître, le Rabbi ne décrit pas la descente des enfants d’Israël en Egypte seulement comme une étape vers la Délivrance, car il la définit comme une partie véritable de la Délivrance finale.
Le Rabbi rapporte dans le Dvar Mal’hout sur la Paracha Vayé’hi l’histoire de la nomination de Rabbi El’azar-ben-Azria à la tête du Sanhédrin.
Doit-on évoquer la sortie d’Egypte lors de la récitation du Chéma_de la prière du soir, ou bien cette obligation s’applique-t-elle seulement en journée ?
C’est à ce propos que Rabbi El’azar-ben-Azaria, le jour où il remplaça Raban Gamliel à la tête du Sanhédrin, manifesta le désir d’évoquer la sortie d’Egypte également ‘pendant la nuit’, afin de provoquer la venue du Machia’h, ainsi qu’il est dit (Brakhot, 28a):
‘Me voici comme agé de 70 ans, et pourtant je n’ai pas eu le mérite de convaincre mes collègues de l’obligation de faire mention la nuit également de la sortie d’Egypte, jusqu’à ce que Ben Zoma l’ai déduit de ce verset (Deut 12, 6): ‘Afin que tu te souviennes du jour où tu es sorti d’Egypte tous les jours de ta vie’, ‘tous les jours de ta vie’ vient inclure les nuits, et selon d’autres Sages ‘les jours de ta vie’ se réfère au devoir de mentionner la sortie d’Egypte ‘de nos jours’, et ‘tous les jours de ta vie’ vient inclure les Temps messianiques’.
Au sujet de l’âge de 70 ans que mentionne ici Rabbi El’azar-ben-Azria, le Rabbi nous donne la signification profonde du nombre 70.
‘70 ans’ représente la perfection de la vie d’un homme, ainsi qu’il est écrit (Téhilim, 90, 10): ‘les jours des années de notre vie sont de soixante-dix ans’: ‘ימי שנותינו בהם שבעים שנה’.
De manière profonde, la ‘Hassidout nous enseigne que ’70 ans’ correspond à la perfection du travail qu’un homme accomplit ‘tous les jours de sa vie’. Ce travail consiste à purifier les sept attributs de l’âme animale: ‘Hessed, Gvurah, Tifféret Nètsa’h, Hod, Yessod, Mal’hout.
Or, chaque attribut inclut en lui les 3 attributs de l’intellect (‘Hokhmah, Binah, Daat) en plus des six attributs émotionnels (Hessed, Gvurah, Tifféret, Nètsa’h, Hod, Yessod) et de l’attribut de Mal’hout (l’action). On obtient donc 70, sept fois dix.
Par ailleurs, dans le verset des Téhilim, (‘les jours des années de notre vie sont de soixante-dix ans’: ‘ימי שנותינו בהם שבעים שנה’), il est écrit: ‘בהם’ (‘en eux’). Le Rabbi explique que ‘בהם’ exprime le but de notre existence. En effet, la mission de chaque Juif consiste à introduire l’élévation dans tous les sujets de notre existence: ‘en eux’, dire dans tous ‘les jours des années de notre vie’.
Plus profondément, il s’agit de la descente de l’âme ‘en Egypte’: dans le corps de l’homme. L’âme divine s’introduit ‘en eux’, signifie donc qu’elle s’habille dans un corps et dans une âme animale. La ‘Néfech ha Bahamit’, l’âme animale, est allusionnée dans mot בהם, ‘בהמה’ (le mot hébreu ‘Béhéma’ veut dire ‘animal’).
Le point essentiel que nous dévoile ici le Rabbi, est que le raffinement des sept attributs de l’âme animale permet à un Juif d’accéder à la Vision du Divin.
De fait, 70 correspond à la valeur numérique de la lettre Aïne: ע
Or, ‘aïne’ signifie ‘oeil’, et la perfection du nombre 70 représente la perfection du travail réalisé sur l’âme animale, lequel permet d’accéder au côté de la sainteté, au niveau supérieur de la Vision du divin.
Le Rabbi écrit que lorsque l’on parvient à ce niveau on a alors ’le mérite de dire la sortie d’Egypte pendant les nuits’, c’est-à-dire de provoquer, et de voir la Délivrance dans les situations les plus sombres et les plus inférieures de l’exil, ‘les nuits’.
A la lumière de ce qu’il vient d’être dit, nous comprenons la signification profonde du désir de Rabbi El’azar-ben-Azaria d’évoquer la sortie d’Egypte pendant la nuit. Son désir exprime l’importance de sanctifier les domaines les plus obscurs.
A l’opposé de l’avis Rabbi El’azar-ben-Azaria et de Ben Zoma, les Sages pensaient que l’on doit mentionner la sortie d’Egypte seulement pendant le jour. ils excluaient la possibilité de se confronter à ‘la nuit’, aux forces du mal.
Le Rabbi illustre l’attitude des Sages par le fait que Raban Gamliel interdisait l’entrée dans le Beït-ha- Midrache aux élèves qui n’avaient pas atteint la parfaite intégrité dans leur service divin. Au contraire, lorsque Rabbi El’azar-ben-Azaria remplaça Raban Gamliel à la tête du Sanhédrin, il fit congédier le gardien du Beït-ha-Midrach, afin de donner libre accés à tous ceux qui désiraient étudier la Torah de D.ieu. Il n’était pas question, selon le nouveau Prince d’Israël, de faire de différences entre ‘la nuit et le jour’, entre ceux qui avaient atteint un niveau supérieur et ceux qui ne l’avaient pas encore atteint.
L’attitude de Rabbi El’azar-ben-Azaria, s’accorde parfaitement à la déclaration du Machia’h selon laquelle ‘les sources de l’enseignement du Baal Chem Tov doivent se répandre à l’extérieur’. ‘A l’extérieur’: à tout endroit, même chez celui qui n’a pas encore atteint la perfection dans son service divin.
‘70’ n’est pas non plus sans évoquer les 70 nations du monde, lesquelles reçoivent leur vitalité de Klipat Noga, de ‘l’autre côté’ de la sainteté, et les enfants d’Israël, dont l’âme provient du côté de la sainteté (de la ‘Face’ de l’Eternel, de Sa Volonté intérieure), ont pour mission d’élever ce monde, et tout ce qu’il contient, vers le côté de la sainteté. La campagne du Rabbi de la diffusion des 7 Lois Noa’hides pour les 70 Nations, en est l’exemple vivant.
Par ailleurs, à la fin du Dvar Mal’hout, le Rabbi mentionne la date du 20 Tévet, qui est le jour où l’âme du Rambam quitta ce monde.
Il est possible de faire ici un rapprochement entre cette date du 20 Tévet et la déclaration de Rabbi El’azar-ben-Azaria: ‘Me voici comme agé de 70 ans’, ’הרי אני כבן שבעים שנה’.
Rabbi El’azar-ben-Azaria n’avait que 18 ans lorsqu’il fit cette déclaration, et c’est pour cela qu’il dit: ‘comme agé de 70 ans’.
Or, en hébreu ‘comme’ s’écrit ici simplement au moyen de la lettre Caf כ dont la valeur numérique est égale à 20, comme la date du 20 Tévet.
Ainsi, la déclaration de Rabbi El’azar-ben-Azaria: ‘Me voici comme agé de 70 ans’, peut être aussi appliquée au Rambam.
D’une part, parceque la lettre Caf est une allusion à la date du 20 Tévet (‘comme’) et que le Rambam quitta ce monde ‘agé de 70 ans’.
D’autre part, parceque la lettre Caf est la première lettre du mot Kéter, ‘la Couronne’, et que le Rambam est lui-même, comme Rabbi El’azar-ben-Azaria, un Prince d’Israël dans sa génération.
Ainsi, Rabbi El’azar-ben-Azaria lorsqu’il déclare être ‘comme agé de 70 ans’ fait aussi allusion à la tunique royale qu’il endossa en ce jour. Allusion à la capacité de tous les Princes d’Israël d’unir l’exil à la Délivrance finale, de faire sentir à chaque Juif la lumière de la Guéoulah, même lorsqu’il se trouve dans l’exil le plus profond.
A l’exemple du Rabbi, dont la Royauté transparaît sans cesse à travers son existence et ses enseignements. Le Rabbi qui nous donne la force de ressentir et de provoquer la Délivrance à tous les moments de notre vie. La Délivrance finale avec la venue de notre Juste Machia’h, avec l’aide de D.ieu, très bientôt, de nos jours et de nos nuits.
Rav Yaakov Abergel
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