
Gérard Touaty / hassidout.org
Est-il possible de vivre les temps messianiques avant les temps messianiques ? Ou, en d’autres termes, peut-on vivre une délivrance personnelle avant la délivrance collective ? Un début de réponse se trouve à la fin des Lois des rois dans le Michné Thora. Voici ce qu’il écrit : « …A cette époque, il n’y aura plus ni famine, ni guerre, ni jalousie, ni rivalité car les bienfaits seront distribués en abondance et les délices trouvés comme la poussière. Le monde entier ne s’occupera que de la seule connaissance de D.ieu ». Nous avons là deux éléments qui caractérisent l’époque messianique : un investissement total de l’homme dans l’étude de la Thora et une absence de conflits humains malgré l’abondance de bienfaits matériels. Cette richesse matérielle sera comme de la poussière, écrit le Rambam, comme pour dire que sa valeur sera équivalente à celle de la poussière. Ces deux détails peuvent aussi être vécus aujourd’hui : si un homme investit tout son être dans l’étude de la Thora au point de ne plus ressentir d’attrait pour le monde matériel, il est alors en situation de délivrance particulière qui le propulse au-delà des turbulences du monde.
Cette prédisposition est déjà annoncée dans le Talmud (1) qui nous apprend qu’avant de partir en guerre, chaque soldat du roi David donnait un acte de divorce (conditionnel) à sa femme. Dans le cas où s’il meure au combat, précise Rachi, sa femme sera déjà divorcée et pourra donc se remarier. Cette règle est expliquée par le Rabbi Rachab (2) dans une perspective très messianique : il explique que les soldats du roi David de notre époque sont les étudiants des yéchivoth Loubavitch dont la fonction est de provoquer le dévoilement du Machia’h. Et pour cette noble tâche, chacun d’entre eux doit agir avec Méssirouth néfech (don de soi). Ici, l’expression « donner un acte de divorce à sa femme » rejoint l’idée avancée plus haut : dans le judaïsme, la femme symbolise le monde matériel puisqu’elle met au monde des enfants et gère, concrètement, l’organisation de la maison. Pour amener la délivrance, il est donc impératif de s’éloigner (de divorcer) de la matérialité car l’attachement aux valeurs spirituelles (dans leur plénitude) est incompatible avec la recherche du confort matériel.
Gérard Touaty
Notes
(1) Traité Chabbath, p. 56a
(2) Le cinquième Rabbi de Loubavitch, (1860-1920)
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