
Par Gérard Touati / hassidout.org
La Thora est unité. Unité parce que les évènements qu’elle relate ne sont pas qu’une histoire ancienne localisée dans le temps. Elle est unité parce qu’elle englobe passé, présent et futur : c’est l’unité de la sagesse divine qui s’exprime à travers une multitude de faits. Ceux qui ne la voient uniquement que comme une succession de faits, en excluant la sagesse suprême qui les dirige, réduisent la Thora à une chronique historique d’une nation comme les autres.
La parachath Vayétsé nous décrit sur près de vingt ans, la vie plus que mouvementée de Yaakov le troisième patriarche. Dépassant le cadre évènementiel de la Thora, la tradition nous explique que Yaakov évoque le troisième Temple de Jérusalem qui sera bientôt reconstruit avec la venue du Machia’h. Sur quelles bases peut-on affirmer cette donnée ? Le Talmud (1) nous répond : Avraham évoque une montagne, Its’hak un champ et Yaakov une maison. Les commentateurs expliquent cette analogie par le fait que les trois patriarches ont une relation avec chacun des trois Temples. Avraham est mis en parallèle avec le premier Temple, Its’hak avec le deuxième et Yaakov avec le troisième. Les deux premiers Temples ont une relation avec les deux premiers patriarches assimilés avec une montagne et un champ qui sont des lieux dans lesquels l’homme ne vit pas d’une manière fixe, allusion aux deux premiers Temples qui n’eurent qu’une existence limitée. La maison, en revanche, qui rappelle Yaakov, est un lieu d’habitation fixe et évoque, de ce fait, allusivement l’éternité du troisième Temple.
Le temps et l’espace
Ce détail concerne le temps qui prend ici un caractère infini. Mais on note aussi, chez Yaakov, une dimension d’infini qui affecte l’espace. Dans notre paracha, D.ieu promet au patriarche qu’il s’étendra « …à l’ouest, à l’est, au nord et au sud…. » (2), une promesse qui s’accomplira dans les temps futurs qui verront la terre d’Israël s’étendre au monde entier (3). Pourquoi retrouve t-on chez Yaakov (et pas chez les autres patriarches) cette transcendance du temps et de l’espace ? Les Maîtres du Zohar expliquent que Yaakov évoque l’infini parce qu’il est la conciliation de la vertu essentielle de chacun des deux premiers patriarches. Avraham symbolise la bonté alors que Its’hak symbolise la rigueur. Ces deux dispositions ont toutes deux une certaine valeur mais sont imparfaites. C’est la raison pour laquelle les deux premiers Temples furent détruits. Yaakov va réunir ces deux dispositions en lui et former, à partir d’elles, un équilibre qui les dépassera. C’est ce qui explique (à la différence de Avraham et Its’hak) que la descendance de Yaakov sera parfaite : aucun de ses enfants ne se détachera de l’héritage des patriarches.
Une préparation
Cette spécificité de Yaakov qui consiste à réunir les extrêmes est en rapport direct avec le troisième Temple puisque les Maîtres du Midrash nous expliquent que le troisième Temple ne sera reconstruit que grâce au pouvoir de l’amour et de l’unité. Le début de la paracha nous rapporte, dans ce sens, que Yaakov prit des pierres qu’il mit sous sa tête pour se coucher. Celles-ci se disputèrent pour avoir le mérite d’être sous la tête de ce Tsaddik mais finalement D.ieu n’en fit qu’une seule pierre. C’est là pour nous une indication précieuse avant l’émergence de la délivrance messianique : nous devrons nous employer à faire en sorte de favoriser la paix et réduire les conflits. Le peuple juif n’est il pas désigné par l’expression « peuple un » ?
Notes
(1) Traité Pessa’him, p. 88a
(2) Chap. 28, verset 14
(3) Yalkouth Chimoni Yéchaya, Rémez 503
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