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Par Gérard Touati / hassidout.org
C’est dans notre paracha qu’apparaissent pour la première fois (allusivement) les concepts de Machia’h et de délivrance messianique, avec la naissance de l’un des fils de Yéhouda qui porte le nom de Péretz (1). La fin du livre de Ruth, le désigne, en effet, comme le point de départ de la lignée des rois. Mais il y a plus : le mot hébreu Péretz rappelle la racine verbale « paratz » qui peut signifie « faire une brèche », « surgir » « exploser » ou encore « briser ». Le Talmud (2) le confirme quand il affirme que le roi a le droit de s’ouvrir une brèche (dans une propriété privée) sans que personne ne puisse l’empêcher.
A partir de ce texte, les commentateurs du Talmud expliquent que l’idée d’ouverture d’une brèche doit aussi être comprise dans sa dimension spirituelle et cela sur plusieurs niveaux. Avec toutefois un point commun. Le Machia’h est un homme qui « dépasse les limites » ou, en d’autres termes, un homme dont la personnalité et l’action sortent du cadre de la normalité !
Eloigner la logique
C’est déjà un autre texte du Talmud (3) qui va dans ce sens. « Trois choses, y est-il écrit, surviennent quand on ne s’y attend pas : le Machia’h, une trouvaille et un scorpion. A ce propos, nos Maîtres soulèvent une contradiction entre ce texte et une affirmation du Rambam (4) qui déclare qu’il est une obligation pour chacun d’attendre la venue du Machia’h. Si l’on attend sa venue, comment pourrons-nous être surpris quand il viendra ? ! Comment peut-on être surpris par la venue du Machia’h si nous avons l’obligation de l’attendre chaque jour ? C’est une approche précise du texte talmudique qui nous éclairera. L’expression « quand on ne s’y attend pas » est la traduction des mots « issa’h hadaath » qui signifie plus précisément « quand on éloigne la connaissance logique ». Tenant compte de cette précision, nous avons une nouvelle orientation pour comprendre l’apparente contradiction : quand un Juif considère le monde autour de lui et qu’il ne voit pas de quel endroit pourrait surgir la délivrance, il doit mettre de côté sa perception logique du monde et, en dépit de cela, croire et attendre avec une foi pure et parfaite (qui se situe au delà de la connaissance logique) que Machia’h peut surgir à tout moment et nous délivrer. Mieux encore. Cette distance (entre la normalité et le dépassement) concerne aussi la stature spirituelle du Machia’h. Il est si élevé, nous dit le Midrash, qu’il enseignera la Thora à Adam, aux Patriarches et à Moché rabbénou ! Ce qui signifie pour nous qu’il dépassera, par sa grandeur, le modèle humain (et ses limites) auquel le monde nous a habitué.
Un engagement personnel
Mais on peut aller plus loin. Eloigner la connaissance logique n’est pas seulement un concept lié avec la personne même de Machia’h. Il est aussi lié avec notre préparation pour attendre Machia’h. Se préparer à sa venue implique de notre part un engagement qui dépasse toute logique et qui ne peut s’accommoder d’un confort intellectuel tranquille et serein. C’est d’ailleurs ce que sous entend le Talmud lorsqu’il affirme, qu’après sa vie terrestre, on demandera à l’homme, entre autres questions, « s’il a guetté la délivrance ? ». Pourquoi emploie-t-on, ici, le mot « guetté » ? Et les commentateurs de répondre : par définition un guetteur est toujours sur le qui-vive, il est anxieux, voire nerveux, et cherche à l’horizon le moindre mouvement suspect. C’est cette forme d’engagement que Machia’h attend de nous. Un dépassement de nos propres limites.
Notes
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Vayéchev, chap. 38, verset 29
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Traité Sanhédrine, p.20b
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Traité Sanhédrine, p. 97a
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Fin du Michné Thora, Lois des rois
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