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Par Gérard Touaty
Pourquoi, lorsqu’une bougie brûle, la cire diminue de volume ? La réponse que proposent nos Maîtres nous renvoie à l’un des fondements de la pensée juive : le feu est le seul élément de la création qui s’élève. Il symbolise le Juif qui désire s’élever vers D.ieu. La cire, en revanche, évoque la matière qui se réduit tant que la flamme brûle. Mais si la flamme s’éteint, la cire ne se réduit pas. A comprendre de la sorte : si notre spiritualité est forte, l’attrait pour la matérialité perd de sa consistance (la cire fond). Mais si notre amour pour D.ieu n’est plus animé de la flamme de la passion, la matière impose sa domination. Ce rapport de force peut se lire en filigrane dans notre paracha.
Le rituel de la sortie d’Egypte, sujet essentiel de notre paracha, ne se limite pas qu’à des gestes et des souvenirs. Certes, la consommation de l’agneau y occupe une place importante mais c’est la condition de cette consommation qui doit nous faire réfléchir. Les Enfants d’Israël mirent leur vie en danger en prenant cet agneau car cet animal était l’idole de l’Egypte. Et nos Maîtres de conclure par un axiome incontournable : pour sortir d’Egypte, pour s’extraire de la matérialité, il faut se dépasser et se hisser au-delà de la normalité humaine. C’est le concept de Méssirouth néfech ou la capacité d’un Juif à renoncer à son confort matériel pour D.ieu. Il ne s’agit pas là d’une option ou d’un engagement facultatif. Aller au-delà de ses limites est une donnée inhérente au judaïsme puisqu’elle est enseignée lors de la sortie d’Egypte, le moment de la naissance du peuple juif. (Lire la suite)
Aimer D.ieu
Mais une précision s’impose : l’aspiration à se donner entièrement pour D.ieu, à l’instar de la flamme droite qui désire quitter la bougie, ne peut tolérer de compromis. En d’autres termes, on ne peut à la fois aimer D.ieu et avoir une quelconque passion pour les plaisirs du monde. Si l’on affirme aimer D.ieu en ayant dans le même temps, une passion pour les cartes, le golf, le cinéma ou les chevaux, ce n’est plus de l’amour de D.ieu mais une passion comme une autre : il y aura un temps pour le golf, un temps pour les cartes et un temps accessoirement pour D.ieu. Il suffira d’être un bon gestionnaire ! On trouve à ce propos un dicton qui illustre à merveille cette problématique. « Tout comme le feu et l’eau ne peuvent pas coexister dans un récipient unique, le cœur de celui qui a foi et qui aime D.ieu ne peut pas être habité par l’amour de ce monde ».
La dernière délivrance
De nombreux textes de la tradition juive comparent la sortie d’Egypte à la délivrance finale. De ce fait, si la première délivrance fut possible grâce au don de soi, on peut facilement comprendre que cette clé essentielle sera, elle aussi, déterminante pour la venue de Machia’h. En quoi le don de soi est-il vital pour provoquer la délivrance messianique? Il est écrit qu’avant qu’elle ne se produise, le monde connaîtra une période d’obscurité spirituelle et morale d’une grande intensité : conflits entre les hommes, rapports difficiles au sein des familles, dégénérescence morale etc. On se demandera alors d’où pourra surgir la délivrance. Elle se produira alors grâce à ceux dont la foi dépassera les limites de la raison pour ne chercher qu’à accomplir la volonté de D.ieu.
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