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Par Gérard Touaty
De nombreux aphorismes du Talmud ou bien même de simples remarques de nos commentateurs mettent en valeur l’importance de la discrétion ou de la réserve verbale. C’est bien connu, la colère et le bruit ne font pas bon ménage avec le judaïsme. Pourtant, notre paracha prendra un chemin bien éloigné de cette voie pour glorifier un bien curieux vacarme…
Notre paracha est consacrée en partie à la description des vêtements que portaient les Cohanim lors de leur service dans le Temple. L’un d’entre eux était le Méil, une sorte de grande toge portée par le Cohen gadol (le Grand prêtre). De petites clochettes, fixées au bas de ce vêtement, avertissaient de sa venue lorsqu’il pénétrait dans le sanctuaire (1). On peut légitimement s’étonner de l’existence de ces clochettes : pourquoi l’entrée dans un lieu saint devait-elle être accompagnée d’un bruit ? Mais il y a plus. Le verset précisera que l’absence de ces clochettes pouvait entraîner la mort du Cohen gadol ! Une sanction si grave pour un manquement si insignifiant ! Pour comprendre la présence anachronique de ces petits objets, le Rabbi nous explique, au préalable, la fonction du Cohen gadol.
Dans le silence ?
Quand le Cohen gadol rentrait dans le Temple pour accomplir son service, il ne se présentait pas comme un simple particulier mais comme le représentant de tout Israël. De ce fait, il avait besoin de ces clochettes pour amener avec lui les Juifs dont le service de D.ieu se faisait « dans le bruit ». De prime abord, une pratique idéale du judaïsme est vécue dans l’effacement de soi, dans le silence et dans la retenue. Mais lorsqu’un Juif n’a pas encore atteint ce degré et qu’il doit lutter contre le Mal, son retour à D.ieu se fait dans le bruit à l’image d’un homme qui fuit le danger en criant dans des gestes désarticulés. Cette idée est merveilleusement donnée en allusion par le fait que les clochettes étaient dans le bas du vêtement comme ces Juifs encore situés au degré le plus bas de la pratique juive mais que le Cohen gadol doit, malgré cela, intégrer dans son service. C’est la raison pour laquelle le texte ajoutera que s’il accomplit comme il se doit ce service « il ne mourra pas » car s’il néglige la prise en compte de Juifs éloignés de D.ieu, il porte atteinte à l’essence même de sa fonction.
Agitation positive
Si ce vêtement dans sa totalité représente le peuple juif avec, à son niveau le plus bas, les Juifs spirituellement peu élevés, il symbolise aussi toute l’histoire juive avec la dernière génération (la plus basse spirituellement) qui est la notre et qui nous commande aujourd’hui d’être bruyant. On ne peut, en effet, se contenter de nos jours d’un judaïsme tranquille et silencieux. Il faut sortir dans les rues en criant pour avertir les Juifs de l’urgence de revenir à D.ieu à l’instar d’un homme qui crie devant un danger ou tout simplement pour faire comprendre à ses frères combien il est important de manger cacher, d’avoir une mézouza à ses portes ou encore de mettre les Téphilines. Le bas du vêtement symbolise aussi la fin de l’histoire, dans une perspective messianique. Avant Machia’h, il faudra faire du bruit pour que monde entier sache que la délivrance est imminente et qu’il est essentiel de s’y préparer. C’est cet enthousiasme agité (preuve de sincérité), qui amènera la délivrance.
Notes (1) Parachath Tétsavé, chap. 28, versets 33, 34, 35
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