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Par Gérard Touaty
Si l’on devait donner un nom au mythe du Juif errant, c’est sans doute celui de Eliahou qui lui conviendrait le mieux, le fameux Eliahou hanavi (le prophète Elie). On le retrouve, en effet, à toutes les époques de l’histoire. Il apparaît pour la première fois dans notre paracha, pour réapparaître quelques siècles plus tard durant la période des Rois d’Israël. A partir de là, il reviendra sur terre pour assister à chaque circoncision. Et comme si la route n’était pas assez longue, il aura une place de choix à la fin des temps pour annoncer la venue du Machia’h.
Mais avant d’expliquer la particularité de cet homme, reprenons les faits qui le conduisirent à se distinguer de la communauté. La paracha précédente s’achève sur une catastrophe : une partie des Béné Israël se livre à la débauche avec les filles du peuple de Moav. Dans le même temps se déclare une épidémie (surnaturelle) qui décime des milliers d’hommes. Mais là se trouve un homme, Pin’has, qui n’écoute que sa foi et son courage et qui va, au risque de sa vie, tuer Zimri, un chef de tribu, instigateur de cet état de fait. L’épidémie s’arrêtera et selon les termes du verset « la colère de D.ieu sera repoussée » comme nous le rapporte le début de notre paracha. A propos de cet épisode un texte du Midrach rapporte que ce Pin’has n’est autre que Eliahou ! En tenant compte de cette donnée, il est certain que si ces deux personnages présentent une similitude relative à leur personne, il en sera de même pour les actions pour lesquelles on les distingue.
Les derniers versets
Le dernier prophète de la Bible est Mala’hi. A la fin de son livre, aux deux derniers versets, on peut lire qu’avant le jour grand et redoutable, D.ieu enverra le prophète Elie et que ce dernier ramènera le cœur des pères (vers D.ieu) par les enfants (1) et le cœur des enfants à leurs parents… ». Nous avons donc ici, deux situations, a priori, différentes, au cours desquelles intervient le prophète Elie. Dans la première, il prend l’identité de Pin’has et grâce à sa détermination parvient à stopper une épidémie et une situation de débauche. Dans la seconde, il annonce la délivrance messianique (2) et rapproche les pères de la Thora grâce aux enfants. Quel lien peut rattacher ces deux situations ?
Un monde en désordre
Quand Pin’has tua le chef de tribu, à l’origine de l’épidémie, il mit sa vie en danger car il aurait pu être tué par un membre de cette tribu. Mais à ce moment seul l’honneur de D.ieu et du peuple juif comptait pour lui, même s’il dut payer de sa vie son engagement. C’est dans cet esprit que se déroulera la délivrance finale. A l’approche de la révélation messianique, l’obscurité spirituelle atteindra son sommet et le monde connaîtra un désordre des cœurs et des esprits au point que l’homme ne pourra imaginer d’où puisse venir la délivrance. Il faudra alors déployer une force exceptionnelle de courage et de don de soi pour fortifier en nous cette foi et diffuser l’imminence de la venue du Machia’h. Mais il y a plus. Dans les deux circonstances, le prophète Elie est confronté à deux situations qui défient la logique : lorsque Pin’has (Eliahou) prit la décision d’intervenir, il était seul. Il n’obtint l’aide matérielle et le soutien spirituel de personne. Dans de telles circonstances, la raison aurait voulu qu’il ne s’engage pas puisque les Grands du peuple restèrent sans réaction devant le désastre qui s’installait ! Il en sera de même à la fin des temps : est-il possible de concevoir que des enfants enseignent la Thora à leurs parents, le contraire du sens de l’histoire ! C’est pourtant dans cette voie que s’engagera le prophète Eliahou pour préparer la venue du Libérateur.
Notes
(1) En suivant le commentaire de Rachi (2) Talmud, traité Erouvine p.43b
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