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Par Gérard Touaty
La parachath Balak nous rapporte qu’un prophète non juif mandé par un roi, antisémite avant l’heure, décrivit en détails la finalité de notre histoire : la venue du Machia’h. A l’origine, le monarque en question lui demanda de maudire le peuple juif mais D.ieu le contraignit à le bénir. Et parmi ses bénédictions, le sujet de la délivrance messianique occupe une place essentielle. Parmi les versets s’y rapportant, on trouve l’idée selon laquelle cet évènement n’est pas soudain mais progressif. D’ailleurs le Talmud (1) le confirmera quand il décrira le Machia’h se révélant sur un âne, un animal qui se distingue par sa lenteur à avancer.
C’est dans ses dernières prophéties que Bilâm évoquera le Machia’h : « Je le verrai, mais pas maintenant, je le regarderai mais ce n’est pas proche… » (2). A partir de ce texte, nos Maîtres expliquent que la délivrance messianique est un concept progressif qui se forme en différentes étapes à travers l’histoire. Nous tenterons aujourd’hui de réfléchir sur l’une d’entre elles qui porte le nom de « Talons de Machia’h ». L’origine de cette expression se trouve dans le Talmud (3) et se rapporte à la période qui précèdera la venue du Machia’h.
Un niveau très faible
Pour comprendre le sens de cette appellation, il faut d’abord remarquer qu’elle porte en elle une contradiction. D’un côté, le talon est la partie la plus basse du corps et la plus insensible, aux dires de nos Maîtres. D’un autre côté, le talon évoque les pas, en l’occurrence ceux du Machia’h qui indique une certaine proximité de cet évènement grandiose. Plus encore, et plus fondamentalement. De même que le talon est la fin du corps, ainsi en est-il pour la fin de l’histoire. Ici, est suggérée l’idée que l’époque des « Talons de Machia’h » (dans laquelle nous nous trouvons) prouve que nous sommes dans les préparatifs de la délivrance. Mais dans le même temps, le degré spirituel de la génération reste très faible, globalement insensible au judaïsme et éloigné parfois de la morale la plus élémentaire, comme le rapporte le Talmud à la fin du traité Sotta : à l'approche des temps du Machia'h, la sagesse aura perdu son parfum et l'on méprisera ceux qui craignent la faute. La vérité sera haïe, les enfants outrageront les vieillards, les adultes se lèveront devant les plus jeunes. Le fils avilira le père, la fille se dressera contre sa mère….le père de famille sera haï dans son foyer, le fils (qui commet une faute) ne rougira plus devant son père. En d’autres termes, comment, à l’approche d’un évènement si fondamental de notre histoire, pouvons-nous être les témoins d’une telle déchéance à la fois morale et spirituelle ?
Une contrainte pour le Bien
Cette disproportion, expliquent les commentateurs, met en valeur le lien profond qui peut rapprocher le niveau le plus élevé du niveau le plus bas, entre la tête et le pied. C’est précisément parce que l’on se trouve au degré le plus bas… que l’on peut entendre les pas du Machia’h. Pour comprendre cette idée, retenons qu’il existe deux façons de servir D.ieu. La première fait appel aux capacités naturelles et normales d’un Juif. Il se soumet à D.ieu en pratiquant les commandements divins : il étudie la Thora, prie trois fois par jour, mange cacher, respecte le chabbath etc. La seconde façon fait appel aux forces cachées d’un homme quand il se trouve dans des situations difficiles. Il désire fortement servir D.ieu mais il est malade, il est en exil ou il ne connaît pas le judaïsme. Dans tous ces cas, les obstacles qui se dressent devant lui, vont le contraindre à se dépasser pour servir D.ieu. Et les efforts qu’il fournira alors, vont lui faire découvrir des forces intérieures insoupçonnées qui vont le hisser à un niveau qu’il n’aurait jamais atteint avec un service de D.ieu normal. A présent tout devient clair. Incontestablement, la situation morale de notre époque est effrayante et le niveau de pratique du judaïsme se situe à un niveau très bas. Mais cette condition est, quelque part, une formidable opportunité pour déclencher la révélation du Machia’h. C’est, en effet, la profondeur de l’exil qui incite le Juif à lever les yeux au Ciel. La douleur qu’il ressent va l’inciter à déployer des efforts gigantesques pour sortir de son judaïsme tranquille et limité afin de révéler sa dimension divine qui, jusqu’à présent, dormait en lui. En se dépassant, il entraîne D.ieu à révéler Sa lumière pour éclairer l’humanité. Très bientôt.
Notes
(1) Traité Sanhédrine, p.98a (2) Il est question du Machia’h selon les commentateurs du texte biblique (3) Fin du traité Sotta
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