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Par Gérard Touaty
Lorsque nous lisons une paracha de la Thora, nous devons la comprendre comme une articulation entre deux temps : celui dont elle est l’aboutissement et celui qu’elle annonce. Ainsi, Dévarim nous prépare au 9 Av qui sera commémoré dans quelques jours. Ce jour là, le Temple fut détruit et commença alors, l’exil physique et spirituel d’Israël. On comprend, à partir de là, pourquoi Dévarim signifie « les paroles » qui, selon Rachi, seront des paroles de remontrance de Moché à l’égard d’Israël. Une coïncidence qui fera dire à nos Maîtres que l’exil est comme une remontrance de D.ieu envers Son peuple. Mais un dicton hassidique nous dit qu’il faut remercier celui qui nous fait des reproches…
Mais avant d’expliquer le lien entre exil et remontrance, tentons d’expliquer ce qu’est l’exil. Dans un premier temps, il faut comprendre ce terme dans sa dimension physique. L’exil est un déplacement qui éloigne un peuple de son espace national. Jusque là, cette idée est commune à toutes les nations. Le peuple juif fait exception à cette règle car en plus de la déportation géographique, deux paramètres viennent peser sur ce bouleversement : l’exil est la conséquence de nos fautes et il entraîne un affaiblissement spirituel, du fait de la perte du Temple qui était le mode de connexion entre D.ieu et Israël. Nous pouvons, à présent donner une définition de ce concept : il y a exil quand le rapport de cause à effet de notre histoire n’est plus lisible. Les évènements se s’enchaînent sans que l’on puisse les décrypter clairement. Toutefois, comme toute approche juive de nos textes, une lecture au second degré s’impose : il existe une dimension profonde de l’exil qui dépasse l’idée de punition.
Avant la lumière
Lors de la création du monde, on trouve dans le texte biblique, deux détails qui présentent une similitude essentielle. Le second verset de la Thora nous dit que « …l’obscurité était sur la face de l’abîme et le souffle de D.ieu planait sur la face des eaux ». Puis le troisième verset commence par les mots « D.ieu dit qu’il y ait de la lumière… ». Un peu plus loin, le premier jour s’achèvera avec les mots « Il fut soir, il fut matin, jour un ». Ces textes sont liés par un point commun saisissant : dans les deux premiers versets, l’obscurité précède la lumière, comme dans la description de la finition du premier jour où le soir (l’obscurité) précède le jour (la lumière du matin) ! Il en est de même avec le sujet qui nous occupe : l’obscurité de l’exil est un passage obligé avant la lumière de la délivrance. Elle n’est pas qu’une punition. Elle est comme une remontrance qui apporte un grand bien à celui à qui elle s’adresse. C’est ce que proclamera un verset (1) du Livre de Yéchaya (Isaïe) qui rapporte ce que dira le Juif à l’issue de l’exil : « Je te rends grâce, D.ieu, pour m’avoir réprimandé (durant l’exil)… ». Lors de la délivrance, le peuple juif prendra conscience de la valeur de l’exil, vu comme le tremplin de la délivrance.
Des forces nouvelles
Quelle est cette valeur ? Nos Maîtres expliquent que l’exil est comparé au sommeil : après une nuit de sommeil, l’homme est comparé à une créature nouvelle qui affronte la vie avec des forces inédites. Elles lui feront prendre conscience du bienfait de l’existence et le propulseront vers des sommets élevés. De même pour l’étude de la Thora : lorsqu’un homme doit interrompre son étude pour les besoins de sa vie quotidienne, il ne doit pas forcement prendre cet arrêt comme une perte. Au contraire, ce « vide » lui permettra d’aborder son étude sous un angle nouveau et plus fructueux que la fois précédente. Le principe de l’exil est calqué sur la même dynamique : l’absence de spiritualité crée un désir de spiritualité et renforce en nous, notre foi en la délivrance. Dans le même esprit, l’obscurité (comme la réprimande) va contraindre le Juif à faire jaillir de lui des forces insoupçonnées qui lui ouvriront une voie lumineuse dans la pénombre de l’exil. La fin du verset cité plus haut prendra toute sa force : « Il fut soir (exil), il fut matin (clarté de la délivrance), jour un ». Pourquoi n’est-il pas écrit « jour premier ». Parce que le mot « un » est une allusion à l’unité du Créateur qui sera alors connue de tous les hommes. Très prochainement.
Gérard Touaty
Notes (1) Chap. 12, verset 1
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