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Par Gérard Touaty
Le personnage central de notre paracha est, sans conteste, Avraham, le premier maillon de l’histoire juive. Mais curieusement, un autre personnage occupe, depuis la paracha précédente, une place non négligeable. C’est Loth, le neveu du patriarche, un homme peu recommandable auquel pourtant Avraham accordera toute son attention….
Pourtant, a priori, Loth mérite peu d’intérêt. Il ne se distingue par aucune vertu. Bien plus, lorsque les deux hommes se sépareront, Loth choisira Sédom comme lieu de résidence, une ville dépravée à l’extrême et les anges venus détruire la ville s’emploieront à le sauver, lui et ses filles. Pire encore, il commettra avec elles deux actes incestueux. Comment comprendre l’importance accordée à cet homme ? L’un des plus grands commentateurs de la tradition juive, Rabbi Yéchaya halévi Horovitz (1), plus connu sous le nom de « Chéla hakadoch » explique que Loth est l’ancêtre du Machia’h et que de ce fait, il avait une importance considérable aux yeux d’Avraham. Immédiatement, on devine la question : comment le Machia’h, un homme dont le Midrach dit qu’il enseignera la Thora aux patriarches et à Moché (Moïse) peut-il avoir une ascendance si vile et si loin de toute expression de sainteté ?
Avec quinze siècles d’avance
Le Maharal de Prague (2) nous donne la clé pour comprendre cette situation. Il serait légitime de penser, explique t-il, qu’à l’approche de la délivrance messianique, le monde se soit considérablement amélioré puisque l’on se trouve à proximité d’un monde parfait. Or il n’en est rien. Nous vivons aujourd’hui dans une civilisation au sein de laquelle les valeurs morales vieilles de plusieurs siècles s’effondrent un peu plus chaque jour. Les Maîtres du Talmud, dans une clairvoyance prophétique, nous dépeignent, avec quinze siècles d’avance un monde qui va à sa perte sans qu’aucun obstacle ne puisse freiner sa course. Comment dès lors comprendre l’opposition entre la déchéance du monde qui précède la délivrance et la perfection qu’apportera la délivrance ?
Un monde nouveau
Cette antinomie peut se comprendre de la sorte : la délivrance, poursuit le Maharal, est l’émergence d’un monde qui se situe au-delà du monde naturel tel que nous le percevons aujourd’hui. Il est plus haut du fait qu’il n’a rien à voir avec lui. Le monde de la délivrance messianique est une existence radicalement nouvelle ! De ce fait, elle ne peut se situer dans la continuité du monde qui la précède. Il faut qu’il y ait une rupture. Cette rupture, c’est l’exil, une absence totale du Bien qui permettra un nouveau départ. C’est la raison pour laquelle l’ascendance du Machia’h est si éloignée de la sainteté. Elle annonce la naissance d’un monde nouveau.
Notes
(1) (1560-1630) (2) (1512-1609)
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