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On observe souvent à quel point le peuple juif a une longue mémoire. Il n’est sans doute pas exagéré de dire qu’il s’est également construit au fil des siècles à travers elle. En d’autres termes, nous avons conscience d’où nous venons, c’est aussi pour cette raison que nous savons où nous allons. Il existe pourtant certains points de cette mémoire qui font l’objet d’un impératif à la fois rituel et moral. C’est en particulier vrai pour le souvenir d’Amalek. Un cas rare : il est donné commandement de nous souvenir constamment de ce qu’il nous a fait, de sa volonté de nous détruire, d’éveiller toujours en nous le rappel de ses actes afin que jamais nous ne cessions de le haïr. C’est une «guerre éternelle» dit le texte. Force est cependant de constater que cet affrontement paraît bien ancien et, même si les descendants spirituels et intellectuels d’Amalek ont traversé l’histoire, tentant, une génération après l’autre, d’attenter à notre vie, sa filiation matérielle s’est largement perdue. Cette semaine, nous lisons encore dans nos synagogues le récit de ses forfaits avec l’admonestation de ne jamais l’oublier. Pourquoi une telle insistance ?
C’est qu’il existe plusieurs types d’Amalek. Le premier d’entre eux, on l’a dit, est historique et il nous arrive hélas d’avoir toujours à l’affronter. Mais il en existe un autre, plus subtil et plus intérieur. C’est celui qui, comme son archétype matériel, entreprend de nous détourner sur le chemin. C’est celui qui, faute de pouvoir nous vaincre en dépit de toutes ses tentatives, aspire à simplement refroidir notre enthousiasme. Il veut nous dire que le monde est trop vieux et que nous nous usons à vouloir le porter à un niveau plus digne de la création Divine. Il nous susurre que les valeurs dont nous sommes porteurs sont trop anciennes et, surtout, trop exigeantes pour un temps plus enclin à la facilité. Il veut nous convaincre de renoncer. Alors que sur les champs de bataille matériels, il est toujours acculé à la défaite, dans la lutte spirituelle, il espère l’emporter. Chacun – homme, femme ou enfant – est maître de son combat personnel.
De fait, quel sens aurait une vie sans but ni objet, dépourvue de cet élan qui permet les grandes choses ? Alors, il faut se souvenir. Et, par ce souvenir, nous condamnons toutes les tentatives d’Amalek à l’échec. Car l’histoire avance dans une direction fixée par D.ieu et menée par les hommes. Ni recommencement, ni abandon, elle est celle d’une réalisation millénaire : la venue du Machia’h.
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