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Si le Seder de la nuit de Pessa’h fut institué pour créer au sein du peuple Juif un climat d’unité et de proximité plus intense, on peut s’étonner de la réponse que l’on donne au méchant (le Racha), l’un des quatre fils du Seder. « …si tu avais été en Egypte, lui dit-on, tu n’aurais pas été libéré ! » Peut-on vraiment rapprocher du judaïsme un enfant éloigné avec de tels propos ?
En fait, cette réponse n’a rien d’humiliant ou de méprisant. Bien au contraire. Elle cherche à rapprocher ce fils du judaïsme et c’est ainsi qu’il faut comprendre ce texte : en Egypte tu n’aurais pas été pas libéré mais quand viendra Machia’h, tu le seras ! C’est pourquoi quand on évoque la délivrance messianique, on parle de « délivrance véritable et complète », parce qu’alors, aucun Juif ne sera oublié par le Machia’h.
Un choix assumé
Pour comprendre cette nuance, il faut rappeler que le don de la Thora, 49 jours après la sortie d’Egypte, opéra une césure fondamentale dans la constitution de l’identité juive. Lorsque les Enfants d’Israël quittèrent l’Egypte toutes sortes d’individus furent libérées, des méchants comme des Justes. Mais ceux qui s’opposèrent au principe de la délivrance ne purent sortir et moururent durant la plaie des ténèbres, du fait de la force du libre arbitre d’accepter ou de refuser le joug divin. Un lien de fils à père existait entre les Enfants d’Israël et D.ieu mais il pouvait s’annuler si le fils refusait l’attachement avec le Créateur (le père). Et c’est effectivement ce qui se passa pour 4/5 du peuple qui refusa de sortir d’Egypte. Mais après le don de la Thora, un nouveau lien se créa entre D.ieu et chaque Juif, du fait que D.ieu choisit Son peuple. Ce lien était bien plus fort que le lien entre un père et son fils, qui peut connaître des variations d’intensité. Lors du don de la Thora, chacun d’entre nous devint le serviteur de D.ieu et là se construisit un lien irréversible et inaliénable puisque D.ieu en était à l’origine. Quand un serviteur est lié à son maître, cette attache n’est pas de son fait. Il est entièrement soumis à son maître parce que ce dernier lui impose toute son autorité. Mais il y a plus. Un fils ne choisit pas son père (que la nature lui impose). Le jour du don de la Thora, les Enfants d’Israël choisirent de leur propre gré d’être les serviteurs de D.ieu. Dès lors le lien devenait éternel.
Rupture ?
On pourrait émettre une réserve quand à la puissance de ce lien quand on voit, encore aujourd’hui, des Juifs éloignés du judaïsme. N’ont-ils pas rompu leur lien avec D.ieu ? La réponse rejoint celle que l’on donne à l’enfant « méchant » du Seder : en Egypte, il n’aurait pu être libéré mais depuis le don de la Thora, le lien qu’il a avec D.ieu est éternel et lors de la délivrance finale, il sera lui aussi libéré parce que son éloignement n’est pas un refus de la Thora. Ce n’est qu’un accident de parcours car au fond de lui, il reste toujours attaché à D.ieu. Il suffit seulement de lui révéler sa véritable identité.
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