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Compter les jours qui passent, en d’autres termes le temps, est une activité bien étonnante. Certes, il s’agit, dans la période courante, de la pratique d’un commandement déjà abordée dans ce même cadre, celui de l’Omer. Pourtant, ce fait ne retire pas une impression étrange. Compter les jours comme s’il s’agissait de ne pas laisser s’écouler une chose infiniment précieuse sans en avoir conscience. Comprendre que le simple déroulement du temps constitue un événement quasi bouleversant, que seule l’habitude nous fait considérer avec indifférence. Nos Sages l’ont dit avec force : le temps peut être «une perte impossible à rattraper.» Il faut donc sans doute apprendre à le considérer autrement que comme une poignée de sable s’échappant d’une main ouverte, plutôt comme un élément essentiel et sensible dont il importe de se saisir.
Dans la conscience humaine, le temps se divise en trois grandes parties : l’hier, l’aujourd’hui et le demain. C’est là une idée précieuse car elle nous inscrit dans une continuité et, nous plaçant en perspective, nous permet de jouer pleinement notre rôle. Toutefois, cette conception, aussi juste soit-elle, a un côté quelque peu anesthésiant. Elle peut conduire à se rassurer quant à ses propres insuffisances. On pourra se dire qu’hier était mieux ou moins bien qu’aujourd’hui ou encore que demain sera un autre jour et que, jamais, il n’existe de réelle urgence ni de nécessité immédiate. Il faut aussi pour cela compter le temps. Il faut être pénétré de l’idée que, dans notre champ de vision, seul existe l’aujourd’hui, plus encore que le jour, l’instant qui passe. Et c’est à chacun de lui donner vie, chaleur et enthousiasme.
Le temps est véritablement un don Divin, il nous permet de changer tout au long de son cours. C’est que, parfois, l’existence apparaît terne et monotone, avec son rythme si régulier. Voici le moment de faire de chacune de ses secondes une découverte inespérée, de regarder celle où l’on entre avec l’émerveillement des explorateurs abordant une terre nouvelle, avec toute la joie des matins du monde. C’est là une sorte de secret pour réaliser dès à présent les conditions de la liberté ultime, celles de la venue de Machia’h.
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