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Jeudi, 23 Août 2012 11:47 |
 Le Rav Shlomo Aron Kazarnovsky et le Rav Ben Tsion Chemtov dans le petite Shoul du 770 (Années 50)

Par le Rav Shimon Posner Chalia'h à Rancho Mirage, Californie
COLlive, traduit par E. Benhamou pour hassidout.org
Si vous pensez envoyer votre fils à la Yéchiva, réfléchissez-y encore, ou plutôt ne l’envoyez pas! C’est ce que j’ai appris de mon illustre grand-père, Rav Shlomo Aron Kazarnovsky. Il a planté cette graine dans ma tête, il y a plus de 30 ans, alors que nous nous rendions de la synagogue de mes parents à Nashville. Il me raconta le récit suivant :
"J'avais entre 12 et 13 ans et mes parents vivaient à Mogilev en Russie. Mon père était un hassid habad et voulait que j'étudie à Volozhin.
Un vendredi, on a entendu une nouvelle extraordinaire à Mogilev. Deux Tmimim venaient d’arriver danjs la ville. C’étaient de véritables Talmidim de la Yéchiva du petit village de Loubavitch, dont la réputation dépassait les frontières, et ces jeunes gens bien réels allaient passer tout le Chabbat à Mogilev!
Pendant tout le Chabbat, je ne les ai pas quittés des yeux, j'étais hypnotisé par leur comportement et les ai observés dans les moindres détails. Aucun mot ne fut échangé : j'étais trop impressionné pour ouvrir la bouche.
Le dimanche matin, après la Téfila, j'étais à l’autre bout de la choule lorsque un des Tamim se tourne vers moi et s'approche de moi : «Ich zéh az du bist a yiras shomayim », «je vois que tu as la crainte du ciel, jeune homme», «Tommer du vilst oisvaksin a mensh, zolst du forin in Lubavitch», «Si tu veux devenir un Mensh (homme), tu dois aller à Loubavitch!».
J'étais trop stupéfait pour pouvoir parler. J'ai couru chez moi et j'ai tout raconté à ma mère. Ma mère a réfléchi un court instant. «Kum», «Viens», a-t-elle dit, «Mir forin in Lubavitch!», "Nous partons à Loubavitch!". Et sans rien dire à mon père, elle a loué une charrette avec un cocher et nous sommes partis à Loubavitch (situé à 150 km de Mogilev) ." Lire la suite
 Le Rav Shlomo Aron Kazarnovsky
Il y a un mot dont l’étymologie est intéressante : Stump (stupéfait): il date de l’époque où l’on devait se frayer un chemin à travers d’épaisses forêts. Lorsqu’on coupait les troncs d’arbres, on ne retirait pas toujours les racines, cela formait des sortes de nids de poules. Lorsqu’on buttait sur la souche, la calèche s’arrêtait net - d’où le mot «stumped». Parfois les roues se prenaient dans les racines et la calèche se renversait et c’est ce qui arriva ce jour-là. Ma mère (Elle s'appelait Shifra et son nom de jeune fille était Elkonen) tomba sur un nid de poule rendu bien boueux par les dernières pluies. La calèche butta sur la souche et ma mère fut projetée dans un des trous qui agrémentaient les routes de Russie. je m'agripais à ma mère pour l’aider à sortir de ce trou.
«Oy !», s’est-elle exclamée, et elle a ajouté en riant à demi : «Je ne suis pas sûre que ce voyage à Loubavitch était une fière idée». je lui ai alors répondu spontanément : «Besser di blotte fun Lubavitch vi di bank fun Vlozin», «Mieux vaut un trou à Loubavitch que des fauteuils à Volozin!».
Nous somme finalement arrivés à Loubavitch où le le directeur (Rabbi Yossef Itshak Schneerson, qui à n'était pas encore le Rabbi) nous a aussitôt informés que le zman, le semestre, avait déjà commencé et qu’il était hors de question d’accepter un nouvel élève avant le prochain semestre. Il nous a salué en disant «Revenez plus tard».
«Oublie cela!», dis-je à ma mère, «Je ne vais certainement pas retourner à Mogilev!»
A l’époque il y avait une coutume : toutes les personnes qui allaient à Loubavitch rendaient visite à "Bubbe Rebbetzin" - veuve du Rabbi Maharash et mère du Rabbi de l’époque, le Rabbi Rashab. Elle était également la grand-mère du directeur de la Yéshiva. On voit dans les écrits du rabbi précédent le respect immense qu’il avait pour sa grand-mère.
Nous avons donc rendu visite à Bubbe Rebetzin. "Quel est votre nom?" demanda la Rebbetzin. "Kazarnovsky" a répondu ma mère.
«Velche Kazarnovsky?» a demandé "Bubbe Rebbetzin" avec un petit tressaillement dans la voix, "Quel Kazarnovsky?", et ma mère lui a répondu.
«Zets zach aveck ich’ll aich dertzeilin de yichis», «Assied toi et je vais te dire quel est ton Yihous – ton lignage", et elle nous a dit que nous descendiont du Mitteler Rebbe.
«Qu’est-ce qui vous amène à Loubavitch?» A-t-elle demandé.
«Mon fils veut étudier à la Yéchiva, mais le Ménahel nous a dit qu’il ne peut pas l’accepter maintenant».
"Bubbe Rebbetzin" réfléchit pendant un moment, «Zolts zich ibernechten doh in Lubavitch», «Restez cette nuit à Loubavitch».
Le lendemain je reçu un message urgent, je devais me rendre immédiatement chez le Ménahel.
«Tu as été accepté!», me dit le Rabbi précédent, «Rends toi au Seder demain matin».
Je suis retourné voir la Rebbetzin avec ma mère : «Zolst du vissen», «Tu dois savoir que tu as été accepté à une condition. A partir de maintenant, tu dois venir me faire le Kidouche tous les Chabbat matin après la Téfila». Et chaque Chabbat, jusqu’à sa disparition, c’est moi qui lui ai fait Kidouche.
Les années ont passé. Le Rabbi précédent était maintenant Rebbe et les communistes s’agitaient. je me suis marié et devenu papa. J'avais obtenu des billets pour le pays de la liberté : l’Amérique. Je fus parmi les chanceux qui pouvaient se rendre en Amérique parce qu’ils avaient de la famille qui pouvait les aider.
Avant de partir, je fus reçu en Yéhidout par le Rabbi précédent. Je me mis à pleurer. «Pourquoi pleures-tu» me demanda le Rebbe. «Je ne sais pas quand je vais vous revoir», répondis-je angoissé. «Ce sont des sottises!» dit le Rebbe, ne t’inquiète pas. Ce fut sa Braha. «Et maintenant», poursuivit le Rebbe, «laisse moi te raconter ce qui s’est passé lors de ton admission à la Yéchiva. Ce soir-là ma grand-mère a appelé mon père (le Rabbi Rashab), et lui a dit qu’il devait t’accepter et que cela était sous sa responsabilité. Et aussitôt après il m’a convoqué et m’a répété la demande de sa mère».
(Les années ont passé. Rav Kazarnovsky a été parmi ceux qui ont fait sortir le rabbi précédent de la Russie soviétique, et ensuite de la Pologne occupée. Il a participé à la recherche de locaux et à l’achat du 770, et enfin il a aidé le Rabbi et la Rebbetzin à quitter la France occupée par les allemands et à se rendre en Amérique).
A cette époque, le Rabbi précédent a demandé à son gendre, le futur Rabbi, de faire un Farbrengen tous les Chabbat Mévarehim . Lors d’un de ces Farbrenguen, le Rabbi a raconté mon histoire et l’a terminée ainsi: «Non seulement nous n’avons rien perdu avec cela, mais nous y avons gagné».
Voilà comment s’est terminée l’histoire que mon grand-père m’a racontée au retour de la choule à Yom tov, et il m’a dit qu’il me l’avait racontée pour me remercier de faire à chaque fois le chemin avec lui, à Nashville, Bensonhurst et Crown Heights.
Que se serait-il passé si Shifra n’avait pas accompagné son fils à Loubavitch? On ne peut pas savoir. Mais ce que l’on sait c’est que sa présence à changé la donne.
C’est pour cette raison que vous devez bien réfléchir : n’envoyez pas votre fils à la yéchiva …AMENEZ votre fils à la Yéchiva!
Pour ceux qui habitent loin, cela veut dire qu’il faudra payer deux billets au lieu d’un. Mais réfléchissez, vous verrez comment les professeurs, le directeur, les surveillants de l’internat, les personnes qui vivent dans son entourage et les gens de la communauté vont regarder différemment votre enfant par rapport à celui qui pousse tout seul les portes de la Yéchiva. Vous y verrez peut être une ancienne connaissance et vous le mettrez en relation avec votre fils, ainsi il pourra trouver un endroit où il se sent bien même s’il est loin de chez lui. Pensez à quel point votre fils se sentira en sécurité lorsqu’il vous verra à ses côté à ce moment crucial de sa vie. C’est vrai que cela présente des inconvénients, mais pas plus que de ne pas le faire.
Et même si vous habitez à côté, accompagnez vos fils, saluez les professeurs et le directeur et remerciez les (pourquoi pas). Regardez qui est dans la classe et lorsque votre enfant rentrera le soir demandez-lui les noms des enfants de sa classe, qui sont ses amis, qui s’assied à côté de lui.
Si vous voulez savoir quel est le bon âge pour envoyer ses enfants à la Yéchiva? Jamais! aurait répondu "Bubbe Shifra". N’envoyez jamais vos enfants à la Yéchiva. Accompagnez les!! vous aurait-elle dit et je suis sûr que "Bubbe Rebbetzin" aurait acquiescé de tout cœur.
Soyez avec lui lorsqu’il défait sa valise. Allez à l’épicerie pour lui acheter ses friandises préférées. Envoyez lui ses gâteaux préférés. Défaites les bagages avec lui. Comment pouvez vous espérer que votre enfant réussisse à la Yéchiva si vous ignorez où est son tiroir à chaussettes?
(Collive, traduit par E. Benhamou pour hassidout.org)
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