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Par Gérard Touaty
La grandeur exceptionnelle du jour de Kippour fait l’objet, dans le Talmud, d’une divergence d’opinion entre deux courants. Les Sages, dans leur majorité pensent que Yom Kippour ne procure l’expiation des fautes que chez ceux qui décident de se repentir de leurs mauvais comportements. Rabbi Yéhouda Hanassi lui, va plus loin puisqu’il pense que l’essence même de ce jour efface les fautes qu’il y est eu repentir ou non. Quel est l’enjeu de ce débat ?
Sur le plan pratique, l’issue de ce débat donne raison aux Sages du Talmud. Pour bénéficier de la grandeur de Kippour, il faudra manifester un désir de repentir, comme le précise le Rambam (Maïmonide) dans son œuvre de loi, le « Michné Thora » : l’essence de Yom Kippour procure l’expiation à ceux qui reviennent vers D.ieu. Toutefois, en filigrane, on peut s’interroger sur la spécificité de ce jour. Quand un homme commet une faute, il “ dépose ” sur son âme, un dommage presque physique. Comment dès lors cette trace peut elle être effacée par le simple fait qu’un jour particulier vient de naître ?
La flamme intérieure
Pour comprendre cette donnée, il faut, au préalable, expliquer la nature du lien existant entre D.ieu et son peuple. Ce lien trouve deux expressions. La première est celle qui naît de l’étude et de la pratique du judaïsme. Par ce biais, le Juif consolide son identité juive et se rapproche, chaque jour, un peu plus de D.ieu. La seconde expression, elle, ne dépend nullement de cette étude et de cette pratique parce qu’elle traduit un lien profond avec D.ieu, un lien qui dépasse toutes les considérations humaines et logiques. C’est la flamme divine qui anime son âme et qui ne peut être atteinte par aucune souillure. Bien évidemment, dans la vie quotidienne, un Juif loin du judaïsme ne ressentira pas la densité de ce lien, mais il se dévoilera chez lui au détour d’une action qui nécessitera un engagement total de son être : au cours de notre histoire, nombreux furent les Juifs simples, sans qualités extérieures apparentes, qui donnèrent leur vie pour l’amour de D.ieu et de Sa Thora.
Un avant goût de l’ère messianique
C’est ce point spécifique de l’âme juive que Yom Kippour met en valeur. Durant cette journée, le caractère exceptionnel de ce temps met en relief le caractère exceptionnel de l’âme juive. C’est ce qui explique l’existence des cinq interdictions spécifiques à ce jour qui concernent toutes, une situation de confort physique : ne pas boire et ne pas manger, ne pas porter de chaussures de cuir etc. Parce que Yom Kippour est le dévoilement du plus haut point de l’âme, un temps où le Juif est au dessus de la matérialité. C’est ce point, que dévoilera le Machia’h, une situation où le désir vers la spiritualité sera une évidence alors que celui vers la matérialité sera réduit à néant. Plus exactement, nous aurons une autre perception de la matière : tout objet physique est composé de matière et de vitalité spirituelle qui fait vivre cet objet. Lors de la venue de Machia’h, la matière continuera à exister, mais elle perdra, à nos yeux, toute sa valeur qui s’impose dans la réalité du monde. Nous aurons alors la force de voir sa dimension spirituelle qui lui donne vie.
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