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Le Rabbi à Paris de 1933 à 1940 - Première partie
Magazine - Récits
Lundi, 25 Juillet 2011 20:04
rabbi_luxembourg
Le Rabbi au jardin du Luxembourg


loubavitch.fr

Première partie : 5693 - 5696 (1933 - 1936)
 

Vers la fin de l'hiver 5693 (1933), Rabbi Yossef Its'hak vint à Paris. Il profita de ce déplacement pour aider à l'installation du Rabbi et de son épouse, la Rabbanit 'Haya Mouchka.

Comme il l'avait fait à Berlin, le Rabbi continua à Paris à se consacrer, pendant l'essentiel de la journée à l'étude de la Torah, ne laissant que peu de temps pour l'acquisition des connaissances profanes requises par l'Université. A cette époque, un homme fut très proche du Rabbi, il répondait au nom de docteur Méir Chohètman. Il étudia avec le Rabbi à la Sorbonne et eut l'occasion de l'aider. Il raconte :

" Il me fut demandé de l'aider à entrer à l'université. Mais d'abord, il (le Rabbi) voulut apprendre la langue. Je lui proposai un professeur particulier mais il souhaita avoir un cours par écrit. J'allai à la Sorbonne et on me dit d'amener le nouvel étudiant… Il voulait étudier la physique et les mathématiques pour poursuivre le cycle entrepris à Berlin bien que les diplômes obtenus là-bas ne soient pas encore arrivés…

Ils (le Rabbi et son épouse) vivaient dans un petit appartement. Il avait des études fixées dans le judaïsme - Talmud, Paracha, Midrach, 'Hassidout - et j'étudiai avec lui. Il apprit le français avec une rapidité exceptionnelle et fréquentait les grandes bibliothèques publiques, essentiellement celle de l'université et celle de la communauté juive… Lire la suite

 

 

Il priait dans la synagogue 'hassidique de Rav Avraham 'Hen… Quand les 'hassidim l'interrogeaient au sujet de ses études à l'université, il répondait que c'était nécessaire, que, pour savoir quoi répondre, il fallait étudier et connaître. On se rendait compte qu'il avançait dans la voie des membres du Sanhédrin antique qui devaient posséder toutes les langues et les sciences… "

En fait, après son installation à Paris, le Rabbi ne souhaita pas reprendre vraiment ses études profanes. Pour cela, il fallut que son beau- père, Rabbi Yossef Its'hak, vienne à Paris pour des raisons médicales et demande au docteur Chohètman de transmettre à son gendre qu'il souhaitait lui voir continuer ses études universitaires. Une lettre, datée de 5696 (1936) écrite par le Rabbi depuis une maison de repos à Ville-d'Avray témoigne de ce lien particulier avec son beau-père et du rôle que ce dernier entendait lui voir assumer. En tout état de cause, la décision ne fut pas facile à prendre. De plus, il s'agissait de faire entrer le Rabbi à la Sorbonne en milieu d'année, alors que celui-ci ne maîtrisait pas encore le français et qu'il n'était pas en possession des diplômes obtenus à Berlin. Par ailleurs, dans l'université française d'avant-guerre, l'antisémitisme était une opinion répandue et qui semblait à beaucoup légitime. Cependant, des choses importantes étaient décidément en jeu car, malgré ces difficultés et grâce à l'intervention du docteur Chohètman, le Rabbi fut accepté à la grande satisfaction de son épouse et de son beau-père. Il entreprit l'étude de la construction navale et des mathématiques puis plus tard, semble-t-il, celle de la psychologie ainsi que celle d'un certain nombre d'autres domaines qui ne nous sont pas connus avec précision.

De manière générale, le Rabbi ne désirait pas être reconnu comme un érudit et encore moins comme le gendre du Rabbi de Loubavitch de ce temps, ce qui lui aurait valu renommée, manifestations de respect et nombreuses visites. Il prenait toutefois plaisir à discuter de Torah avec les Rabbanim qui, ayant appris sa présence dans la ville, venaient le voir. Les conditions de la vie juive dans le Paris d'alors étaient d'une grande difficulté. Les témoins racontent que le Rabbi et son épouse n'achetaient rien à l'extérieur par souci de cacherout et que la Rabbanit faisait elle-même le pain qu'ils mangeaient. Pour pouvoir consommer du lait, qui constituait l'essentiel de l'alimentation du Rabbi, la Rabbanit allait elle-même à pieds, presque chaque jour, pour en surveiller la traite dans une ferme. Il fallait, pour cela, marcher plusieurs kilomètres… De tels efforts n'arrêtaient pas non plus le Rabbi. Afin de permettre aux Juifs de la capitale de consommer du pain " Pat Israël ", le Rabbi se rendait chaque semaine, à pieds également et aux petites heures du matin, dans une boulangerie lointaine dans un quartier peu recommandable, pour en allumer le four.

Pendant toute cette période, le Rabbi ne cessa pas d'écrire des pages d'érudition, des commentaires nouveaux qui attirèrent l'attention sur lui. C'est aussi à lui que, malgré l'éloignement, Rabbi Yossef Its'hak, qui se trouvait alors dans les pays baltes, décida de confier la tâche d'organiser et de préparer pour l'édition les lettres qu'il avait écrites à diverses occasions et qui traitaient essentiellement de matières spirituelles et du service de Dieu. Tout cela décrit, il est clair que le Rabbi attirait l'attention par son comportement général. Aussi, Juifs et non-Juifs, y compris au sein de l'université, le considérèrent très vite comme " un homme saint ". Ce n'était évidemment pas de son fait. Ainsi, pour garder la tête couverte dans la Sorbonne d'avant-guerre, le docteur Chohètman lui suggéra d'utiliser un canotier, le chapeau en vogue dans le Paris d'alors, ce que le Rabbi accepta. De même, contrairement à la coutume d'Europe centrale, il portait une veste courte tous les jours de semaine au lieu du traditionnel vêtement rabbinique plus long. Bien plus tard, il parla de ce choix et indiqua qu'ainsi il put consacrer davantage de temps à l'étude car, dit-il, " les 'hassidim ne vinrent pas à moi quand je portai une veste courte. "

Pendant la période 5695 - 5696 (1935 - 1936), le Rabbi ne cessa pas de voyager entre les lieux de résidence successifs de son beau-père en Lettonie et en Pologne et Paris. Il s'était en effet vu confier de nombreuses tâches et non des moindres. Cependant, son action dans Paris ne se démentait pas. Un homme, 'Haïm Rudel, qui s'installa plus tard en Israël, raconte :

" Je suis né à Paris en 5691 (1931). En 5696 (1936), je venais à la synagogue de la rue des Rosiers tous les lundi et jeudi où il n'y avait pas d'école. Dans une pièce, il y avait une classe où environ vingt-cinq enfants étudiaient la Torah avec un professeur…

Le Rabbi y venait régulièrement pour veiller au bon déroulement du cours. Il s'intéressait, conseillait et encourageait les élèves et le professeur. Il faisait également la prière de Min'ha et d'Arvit à la synagogue. Il n'habitait pas le quartier mais demeurait dans le 16ème arrondissement. Mon frère Méir, plus âgé que moi, étudiait alors l'ingénierie électrique à la Sorbonne avec le Rabbi. "

 
 

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