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Le Rabbi à Paris en 1947
Magazine - Récits
Lundi, 16 Juillet 2012 13:36
 par le Rav Moché Marinovski






Durant le printemps 5707, la mère du Rabbi, la Rabbanit ‘Hanna, parvint à quitter l’enfer soviétique et elle arriva en Europe. Par la suite, elle séjourna en France et le Rabbi décida alors de quitter New York pour se rendre à Paris, afin de l’y accueillir, puis de la faire venir, avec lui, aux Etats-Unis. Quelques ‘Hassidim vivants encore parmi nous qui étaient alors présents et qui revivent l’événement comme s’il s’était passé hier, tant ils en furent marqués, décrivent la personnalité impressionnante du Rabbi, les réunions ‘hassidiques qu’il a animées, les enseignements qu’il a délivrés, ses visites des institutions juives locales et, avant tout, le profond respect qu’il manifestait à sa mère.
C’est donc durant le printemps de cette année 5707 (1947) que la lumière du Rabbi commença à éclairer le monde. Sa mère, la Rabbanit ‘Hanna, quand elle quitta l’Union soviétique, vécut, tout d’abord, en Allemagne, dans le camp de réfugiés de Pocking, puis elle gagna à Paris et c’est là que le Rabbi, qui s’était installé à New York depuis 5701 (1941), la rejoignit. A cette occasion, le Rabbi resta à Paris pendant trois mois.
A l’époque, le Rabbi délivra à tous ceux qui purent l’observer une leçon magistrale sur le respect dû à la mère. Par la suite, cette période resta gravée dans l’esprit des ‘Hassidim qui l’avaient vécue, comme une étape décisive, dans la révélation de son immense grandeur et de sa sainteté hors du commun. De fait, quand le Rabbi prit la direction des ‘Hassidim, il était encore peu connu, non seulement dans le grand public, mais aussi auprès des ‘Hassidim ‘Habad, eux-mêmes. Comme on le sait, en effet, les ‘Hassidim adoptent traditionnellement un comportement pudique et discret. Ils font tout pour qu’on ne les remarque pas. Malgré toute sa grandeur, le Rabbi avait une attitude empreinte d’une immense discrétion. Lire la suite
Et, combien plus sa discrétion était-elle immense avant qu’il prenne la direction des ‘Hassidim, du vivant de son beau-père, le Rabbi Rayats. Quand il arriva aux Etats-Unis, son beau-père lui confia plusieurs responsabilités communautaires. En outre, le Rabbi fut alors conduit à dévoiler quelque peu ses grandes connaissances de la Torah, notamment quand il publia son : «recueil d’explications et de coutume sur la Haggadah de Pessa’h», ou d’autres explications similaires. Mais, son comportement et ses propos étaient particulièrement discrets, au-delà de toute mesure.
Compte tenu de tout cela, sa visite à Paris, en 5707, reçut un caractère véritablement exceptionnel. Jusqu’alors des rumeurs circulaient, de bouche à oreille, selon lesquelles le second gendre du Rabbi était un Gaon de la partie révélée de la Torah et de la ‘Hassidout. Soudain, des centaines de ‘Hassidim ‘Habad et d’autres Juifs encore, rescapés de la Shoah ou immigrés de Russie, qui, à l’époque, s’étaient réfugiés en France, avaient soudain une occasion unique d’observer de près la réalité qui dépassait tout ce qu’ils pouvaient imaginer. Ils constatèrent que le Rabbi était effectivement un saint homme de D.ieu et un immense Gaon. Les précieux témoignages de quatre ‘Hassidim qui ont eux-mêmes vécu l’événement sont rapportés ici et ils expriment ce que ressentirent les ‘Hassidim, à l’époque.
Nous donnerons la parole, en premier lieu, au Rav Aharon Morde’haï Zilbershtrom, qui se souvient très précisément de cette visite du Rabbi à Paris. Voici son récit :
«Le jour de l’arrivée du Rabbi à Paris, un télégramme du Rabbi Rayats est parvenu dans la maison du Rav Zalman Schneerson, qui était l’un des Rabbanim de Paris. Le texte en était le suivant : ‘sois béni à ton arrivée’. Nous avons aussitôt compris que le Rabbi arrivait. Par la suite, une délégation honorable, constituée des ‘Hassidim les plus importants, parmi ceux qui se trouvaient là, s’est organisée et a quitté la maison de Rav Zalman pour aller accueillir le Rabbi, à l’aéroport. Il y avait parmi eux, notamment, le ‘Hassid, Rav Ben Tsion Chem Tov, qui était alors à Paris. Mais, peu après tous sont revenus, déçus. Le gendre du Rabbi n’était pas encore arrivé.
Peu après, le Rabbi arriva et, presque immédiatement, il organisa une réunion ‘hassidique pour tous ceux qui s’étaient réunis, à cette occasion. Je n’y étais pas moi-même présent, mais l’on en a gardé une célèbre photographie, qui a été largement diffusée par la suite. C’est moi qui en détiens l’original et ce qui a été publié n’en est qu’une copie ou une copie de la copie. Sur cette photographie, on voit le Rabbi, assis près de sa mère et, derrière eux, se tient le Rav Ben Tsion Chem Tov, avec une attitude de soumission toute particulière, celle qui le caractérisait chaque fois qu’il était en présence du Rabbi.
J’ai rencontré le Rabbi, pour la première fois, face à face, deux jours plus tard et je lui ai souhaité la bienvenue. Je suis entré dans la maison et nous avons parlé ensemble, pendant deux minutes. Notre discussion a été très brève. Je me souviens que la petite-fille du Rabbi Maharach, la fille de son fils, Rabbi Mena’hem Mendel, est alors arrivée. Le Rabbi l’a aussitôt accueillie, avec un visage lumineux et une affection toute particulière.
Une fois, je me suis rendu dans la chambre d’hôtel dans laquelle le Rabbi séjournait, afin de lui demander son avis, sur un certain sujet. J’ai remarqué que le lit du Rabbi était bien fait. J’ai interrogé les ‘Hassidim, à ce sujet et ils m’ont répondu que, d’après ce que l’on racontait, le Rabbi ne dormait pas dans le lit de sa chambre d’hôtel, peut-être de peur qu’il contienne un mélange de laine et de lin, Chaatnez ou bien pour une autre raison. J’ai entendu, d’ailleurs, que le Rabbi Rachab lui-même ne se couchait jamais dans un lit sur lequel quelqu’un d’autre que lui avait dormi. En tout état de cause, le Rabbi dormait très peu et ses nuits, bien que brèves, n’étaient pas dans ce lit.
J’ai vécu un moment particulier, en Iyar, quand le Rabbi a visité la maison d’enfants créée par le Rav Chnéor Zalman Schneerson que je dirigeais, à Eragny, dans la banlieue parisienne. Au cours de cette visite, j’ai eu, encore une fois, une courte discussion personnelle avec le Rabbi. Il est dommage que je ne m’en souvienne pas l’objet par le détail, mais, globalement, il a alors répondu à des questions pédagogiques.
Je lui ai demandé, notamment, de quelle manière on doit procéder, quand on enseigne le ‘Houmach ou la Torah, en général et que l’on aborde les passages soulevant un problème de pudeur, devant les élèves. Comment les enseigner à de très jeunes enfants ? Je ne rappelle pas mot à mot de la réponse du Rabbi, mais globalement, il m’a alors transmis des principes pédagogiques importants.
Tout d’abord, m’a-t-il dit, il n’a jamais fait de mal aux enfants d’étudier intégralement ces passages, tels qu’ils apparaissent dans la Torah. En revanche, ce qui peut leur nuire, c’est d’évoquer ces notions, dans un contexte profane. Dès lors qu’elles sont traitées comme un sujet de la Torah, à l’inverse, elles ne doivent pas être distinguées de toute autre notion de la Torah. De ce fait, quand on les aborde, on ne doit pas tenter de les cacher ou d’en dissimuler le contenu. Il faut les enseigner d’une manière simple et naturelle, sans attirer une attention particulière sur le sujet.
Malgré cela, le Rabbi ajouta la précision suivante :‘S’il s’agit d’étudier le commentaire de Rachi sur le ‘Houmach, il est effectivement possible d’en omettre certains passages sans éveiller l’attention de l’enfant.’
Puis, le Rabbi s’est expliqué, avec un large sourire :‘Lorsque l’on trouve, dans le commentaire de Rachi sur la Torah, une notion de grammaire, certains professeurs l’omettent, car eux-mêmes n’en comprennent pas parfaitement le sens, mais ils prétextent que cela est trop difficile pour les enfants. De ce fait, l’enfant sait déjà que certains passages du commentaire de Rachi ne sont pas aisés à comprendre et que l’on peut les omettre. Une omission supplémentaire n’attirera donc pas son attention et nous pouvons être sûr qu’elle ne lui causera pas de tort. En revanche, si une telle omission le conduit à s’approfondir sur ce commentaire, ce qu’à D.ieu ne plaise, on obtiendra, de cette façon le contraire du résultat escompté et on lui causera du tort’.
De façon générale, durant cette période, le Rabbi cachait sa grandeur, dans toute la mesure du possible. En revanche, il lui était impossible de dissimuler la sainteté et la pureté de son visage. Il faisait une immense impression à quiconque le voyait. Quand il passait dans la rue, des non Juifs s’arrêtaient pour le regarder et, parfois même, ils le suivaient pour observer son comportement.
Lorsque le Rabbi marchait dans la rue avec sa mère, tous les Juifs étaient émerveillés par le respect et l’affabilité qu’il affichait, devant elle. Il mettait en pratique le Précepte d’honorer sa mère d’une manière rare. Des Rabbanim et des Grands de la Torah, parmi les réfugiés qui se trouvaient là, n’ayant jamais eu l’opportunité de rencontrer le Rabbi Rayats, voyaient son gendre, que tous appelaient, à l’époque, le Ramach et, ils se disaient que, si le gendre est ainsi, que devait être est le beau-père !
Au cours de la dernière réunion ‘hassidique qu’il anima à Paris, peu avant son départ, le Rabbi a commenté le sens des noms de plusieurs personnes et il a également donné la signification du mien, mais le Rabbi a parlé à une heure très tardive et je n’ai absolument rien compris de son explication. J’étais très fatigué, après une journée de travail intense et je me suis tout simplement endormi. C’est uniquement quarante ans plus tard que j’ai eu connaissance de ce que le Rabbi m’avait dit, cette nuit-là !
Je me souviens que, de temps à autre, je me réveillais, pour quelques minutes et je faisais alors des efforts pour me concentrer et écouter. J’ai pu constater, notamment, que, pendant les onze heures qu’a duré cette réunion ‘hassidique, le Rabbi n’a jamais levé le ton. Il n’a pratiquement pas cessé de parler. Pendant tout ce temps, il s’est adressé aux présents, à voix basse. De temps à autre, il prenait quelques gouttes d’eau-de-vie. Selon ce dont je me souviens, il a bu beaucoup.
Je me souviens aussi, à propos de cette réunion ‘hassidique, qu’en début de soirée, le Rabbi avait formulé une remarque au Rav Mi’haël Lipsker, qui avait dû courir, tout au long de la journée, afin de se procurer les denrées nécessaires et de tout organiser de la meilleure façon possible. Quand les ‘Hassidim sont arrivés et ont vu la table qu’il avait dressée, ils se sont exclamés :‘Que D.ieu le bénisse ! Seul, Rav Mi’haël pouvait réaliser tout cela !’.
Le Rabbi, en revanche, a été plus caustique. En début de soirée, il a dit à peu près ceci :‘Il est très agréable que nous soyons assis tous ensemble, que nous nous rencontrions en bonne santé.’Puis, le Rabbi s’est tourné vers Rav Mi’haël et il a poursuivi :‘Hé bien, il faut féliciter Mi’haël pour l’organisation de cette soirée et pour les efforts que cela représente. Cependant, s’il se dit, ce qu’à D.ieu ne plaise que, grâce à cela, lorsque je retournerai au Etats-Unis et ferai à mon beau-père le compte-rendu de ma visite ici, je prononcerai son éloge devant lui pour avoir préparé une telle réunion ‘hassidique, s’il a réellement eu une telle pensée, que D.ieu l’en garde, qu’il sache que tous ses efforts, tout ce qu’il a fait est inutile !».
Le Rav Na’houm Avraham Yakubovitch est également l’un de ceux qui a côtoyé le Rabbi, à Paris. Il ajoute les précisions suivantes :
«Nous savions quel jour le Rabbi devait arriver et il y avait, chez chacun, une certaine émotion, de ce fait, depuis le matin. Pourtant, on ne savait pas l’heure précise de son arrivée. Il avait été prévu qu’on aille l’attendre à l’aéroport, mais concrètement le Rabbi est arrivé seul. Quand le soir est tombé, il n’était toujours pas là et certains avancèrent qu’il ne viendrait sans doute pas ce jour-là. J’allais donc moi-même quitter l’endroit et je suis sorti de la maison. C’est alors que j’ai alors vu quelqu’un descendre d’un taxi. J’ai compris aussitôt que c’était le Ramach, comme on l’appelait alors.
J’ai vu, pour la première fois, son apparence sainte et noble. J’ai alors été saisi, au point de rester totalement immobile. C’est un sentiment qu’il est impossible de décrire. C’est de cette façon que j’ai été le premier, parmi les ‘Hassidim et les jeunes gens, à voir le Rabbi, quand il est arrivé. Par la suite, il est entré dans la maison et, tout d’abord dans la bibliothèque du Rav Chnéor Zalman Schneerson. C’est là que sa mère l’attendait.
Dans cet endroit, ils ont parlé ensemble, seul à seul, pendant quelques temps, puis le Rabbi et sa mère sont allés, tous les deux, dans la grande pièce, où la table avait été servie. Le Rabbi a pris part à une réunion ‘hassidique. Je ne me rappelle plus du contenu des propos qu’il a tenus, car cela fait bien longtemps. Je me souviens seulement que le Rabbi a beaucoup pleuré en constatant qu’il n’avait pas pu honorer ses parents, pendant une aussi longue période.
Il a mentionné l’enseignement de nos Sages, dont la mémoire est une bénédiction, selon lequel : ‘Yossef fut séparé de son père pendant vingt-deux ans’ et il fut incapable d’honorer Yaakov, durant toute cette période. Or, même s’il était dans l’impossibilité de le faire, concrètement, il y avait bien là un manque. Cette réunion ‘hassidique dura environ une heure, puis les présents se sont dispersés et le Rabbi est allé à l’hôtel dans lequel il séjournait.
Le 2 Nissan, il y a eu une autre réunion ‘hassidique dans la maison d’étude du Rav Chnéor Zalman Schneerson, qui se trouvait à l’étage, au-dessus de son appartement. J’y étais moi-même présent. Le Rabbi a pris la parole en disant :‘L’un des objectifs du Rabbi Rachab, dont l’âme est en Eden était de montrer aux ‘Hassidim l’importance du chant. C’est pour cette raison qu’il fonda une chorale. Il est donc judicieux de commencer cette réunion par un chant’.
Au cours de la même réunion ‘hassidique, le Rabbi a largement commenté le sens de l’expression : ‘que son mérite nous protège’. Il a précisé que ce mérite était celui de tout ce qui avait été accompli par le Rabbi afin d’affiner la matière de ce monde.
Cette réunion ‘hassidique était très particulière. Tous les présents ont eu le sentiment de s’élever au-dessus du monde matériel. Au petit matin, il semblait que le Rabbi allait s’interrompre et on lui versa de l’eau-de-vie pour que la réunion se poursuive. Le Rabbi dit alors :‘Si vous avez l’intention de me fatiguer, sachez que vous le serez avant moi !’.
Il s’est alors engagé dans le commentaire d’une Michna qui est récitée à l’occasion d’une Hilloula : ‘Il y a trois formes de bouclier’. Il l’a expliquée avec une profondeur éblouissante, à la fois selon la Hala’ha et selon la Kabbala.
A l’époque, tous étaient émerveillés par le profond respect que le Rabbi témoignait à sa mère. Chaque jour, le Rabbi lui rendait visite à deux reprises, toujours à la même heure, au moment du déjeuner, quand on le voyait sortir de la station de métro à douze heures trente précises et le soir, à dix-neuf heures. Il en était ainsi chaque jour, de manière fixe.
Je me rappelle que, lors d’une des réunions ‘hassidiques, il me semble que c’était celle de Pessa’h Chéni, le Rabbi s’est interrompu à l’heure précise à laquelle il devait rendre visite à sa mère, afin de maintenir l’organisation quotidienne de ces visites.
De façon générale, le Rabbi restait enfermé, tout au long de la journée, dans sa chambre d’hôtel et il avait relativement peu de contacts avec les ‘Hassidim. Je me suis rendu, une fois, dans son hôtel, car il m’avait confié une mission et il m’avait demandé de retrouver certains objets ayant appartenus au Rabbi Maharach, notamment des photographies de famille.
Dans ce but, il m’avait envoyé, une fois, chez une certaine famille qui possédait une telle photographie. Je me suis rendu dans leur maison, ils m’ont remis la photographie et je l’ai apportée au Rabbi, qui l’a publiée, par la suite, dans le Séfer Ha Toledot Rabbi Maharach, une biographie du Rabbi Maharach que le Rabbi fit paraître dès son retour à New York.
Je voudrais aussi vous parler du 11 Nissan, date de l’anniversaire du Rabbi. Je me trouvais, ce jour-là, au troisième étage de la maison du Rav Chnéor Zalman Schneerson. D’autres ‘Hassidim étaient également présents, notamment le Rav Ben Tsion Chem Tov. Soudain, la Rabbanit ‘Hanna arriva et elle dit :‘Savez-vous que c’est aujourd’hui le 11 Nissan ?’.
Bien entendu, nous ne connaissions pas le sens de cette date et la Rabbanit ‘Hanna expliqua aussitôt :‘Le 11 Nissan est la date de l’anniversaire de mon fils !’Nous ne savions que répondre. Elle poursuivit :‘Demandez-lui de fixer une réunion ‘hassidique !’.
Quelques ‘Hassidim, notamment le Rav Ben Tsion Chem Tov se sont donc adressés au Rabbi et ils lui ont demandé une réunion ‘hassidique. Le Rabbi a immédiatement accepté et il a répondu :‘Bien sûr ! C’est une bonne chose !’.On a donc dressé la table et la réunion ‘hassidique a commencé, à l’étage le plus haut, là où d’ordinaire, il rencontrait sa mère, non pas dans la maison d’étude.
Il est dommage que je ne me souvienne pas de ce qui a été dit, lors de cette réunion ‘hassidique. Mais, il y a, néanmoins, un point duquel je me rappelle. Le Rabbi commenta la signification de l’anniversaire, en indiquant que la Torah en parle en référence aux autres nations, ainsi qu’il est dit : ‘le jour de l’anniversaire du Pharaon’. Il précisa à quoi correspond le Pharaon, dans le domaine de la sainteté et il parla de la sortie d’Egypte.




Autant que je m’en souvienne, le Rabbi a également évoqué, à cette occasion, la célèbre photographie dans laquelle il est en compagnie de son beau-père et joue aux échecs. Le Rabbi précisa :
‘Cette photographie a été prise lorsque mon beau-père, le Rabbi, prenait du repos, conformément à la prescription des médecins, qui lui avaient interdit tout effort d’approfondissement et lui avaient demandé d’adopter une activité qui le libérait de toute contrainte et de toute pression. Les échecs étaient adaptés à cela et l’on m’a appelé pour me demander de jouer avec lui. Après une première partie, mon beau-père, le Rabbi a pensé que je ne jouais pas correctement, afin de le laisser gagner. Il m’a donc demandé de faire une seconde partie et, cette fois-là, c’est moi qui ai gagné’.
Je n’étais pas présent pendant la fête de Pessa’h. En revanche, j’étais là pour Pessa’h Chéni. Le Rabbi a fixé une réunion ‘hassidique, à cette occasion et il a expliqué que rien n’est jamais définitivement perdu. Il a longuement commenté cette notion, d’après la partie révélée de la Torah et sa dimension profonde. Quand arriva l’heure à laquelle il avait coutume de se rendre chez sa mère, le Rabbi regarda sa montre et il mit aussitôt un terme à la réunion.
De façon générale, au cours de ces réunions avec les ‘Hassidim, le Rabbi réclamait fermement que l’on se rende chez le Rabbi, son beau-père, que l’on raffermisse et que l’on développe son attachement à lui. Dans les conditions de l’époque, un voyage de Paris aux Etats-Unis, surtout pour les ‘Hassidim qui étaient de simples réfugiés, pouvait être comparé au fait de se rendre sur la lune, tant il était difficile de réunir les moyens financiers et d’obtenir les autorisations nécessaires. Malgré cela, le Rabbi le demandait fortement aux ‘Hassidim, une première fois, une seconde, une troisième.
Je me rappelle que le ‘Hassid, Rav Raphaël Wilshanski, qui était alors un jeune homme, arriva à Paris pour Pessa’h Chéni 5707 et le Rabbi lui a dit qu’un jeune homme doit se trouver chez le Rabbi. Certes, la proximité du Rabbi est, avant tout, morale, mais, malgré tout, on peut constater que l’éloignement matériel constitue effectivement une séparation. Il est donc indispensable d’être également proche de lui, au sens matériel.
Le Rabbi a donné, une fois, un cours de Torah qui est resté célèbre. C’était pendant la période de l’Omer, dans la synagogue du 25, rue des Rosiers, à Paris. Il y avait là le Rav Yossef Goldstein, qui avait été élève de la Yechiva Tom’heï Temimim Loubavitch, en Pologne. Celui-ci donnait un cours, à peu près quotidien, dans cet endroit, portant, notamment, sur le Choul’han Arou’h de l’Admour Hazaken et le Tanya, dans la seconde pièce de cette synagogue, qui était très étroite. Tous ceux qui fréquentaient cette synagogue étaient des ‘Hassidim des écoles polonaises et, parmi les participants à ce cours, il y avait aussi, me semble-t-il, le Rav Zimmer, une personnalité bien connue dans la communauté des ‘Hassidim de Belz.
Des maîtres de la ‘Hassidout, des Rabbanim, des ‘Hassidim, de simples Juifs se trouvaient dans la synagogue, ce jour-là. Tous se bousculaient, à proprement parler, à l’intérieur de celle-ci comme à l’extérieur. Le Rabbi y est arrivé juste avant la prière de Min’ha et, quand il y est entré, tous les présents se sont levés spontanément. Il a été conduit vers une place importante, près du mur oriental et c’est à cet endroit qu’il a fait sa prière.
Après la prière, le Rabbi a demandé ce que l’on avait l’habitude d’étudier, dans cette synagogue. On lui répondit que l’on étudiait le Eïn Yaakov et le Rabbi prit ce livre, le consulta quelques instants, puis il en enseigna le texte, là où s’était arrêté celui qui donnait le cours, d’ordinaire. Pendant un long moment, les paroles de la Torah fusèrent de sa bouche, mêlant la Aggada, le commentaire, la Kabbala et la ‘Hassidout, dans un langage clair. Tous les présents en furent ébahis.
Après la prière d’Arvit, on demanda au Rabbi de prendre encore une fois la parole. Tout d’abord, il refusa, mais, devant l’insistance des présents, qui exprimaient leur désir de l’entendre commenter la Torah, il accepta et demanda encore une fois ce que l’on étudiait, d’ordinaire, après la prière d’Arvit. On lui répondit que l’on étudiait les Lois des Tefillin, dans le Choul’han Arou’h de l’Admour Hazaken. Le Rabbi demanda sur quel chapitre portait le cours. On le lui montra et il enseigna aussitôt les deux paragraphes suivants. Il cita le Sifteï Cohen, les premiers et les derniers Sages. Après une longue explication, il énonça également l’interprétation de la Kabbala et de la ‘Hassidout. C’était merveilleux, extraordinaire, les présents étaient captivés. Le silence était total. On aurait pu entendre une mouche voler.
Quand le Rabbi acheva son propos, les responsables de la synagogue lui expliquèrent que l’on avait l’usage d’étudier également le Tanya et que l’on devait en commencer le chapitre 41. Le Rabbi accéda également à cette requête et il commenta ce chapitre. Il montra, par la suite, le rapport qui pouvait être fait entre ces trois études, le Eïn Yaakov, le Choul’han Arou’h et le Tanya. Les présents, littéralement abasourdis, ne savaient plus où ils étaient !
Ceux-ci étaient essentiellement des ‘Hassidim des écoles polonaises. Les propos du Rabbi et sa sainte apparence les impressionnèrent profondément. Ils étaient émerveillés et très émus. Nul ne voulait le laisser partir. On lui demanda de prendre part à une réunion ‘hassidique, mais il répondit :‘Le moment n’est pas propice pour cela. C’est la période de l’Omer !’.
Les présents insistèrent une première fois, une seconde, une troisième, mais ils constatèrent qu’il n’y avait aucune chance de le faire changer d’avis et ils cessèrent de formuler cette requête. Le Rabbi, quant à lui, leur promit qu’une telle réunion ‘hassidique aurait effectivement lieu, sans en faire le vœu, le jour de Lag Ba Omer.
Il faut aussi mentionner un fait surprenant. Durant les années suivantes, quand le Rabbi parlait, au cours des réunions ‘hassidiques qui avaient lieu au 770, il s’exprimait d’une manière qui lui permettait d’exercer son influence sur les présents. Il avait alors un certain ton, une voix chantante, s’exprimait d’une certaine façon. En revanche, durant les cours et les réunions ‘hassidiques qui eurent lieu à Paris, à l’époque, il prenait une apparence divine, qu’il est impossible de décrire.
Le Rabbi restait assis pendant de nombreuses heures, sans le moindre mouvement de la tête, sans bouger et un flot divin se déversait de sa bouche, au sens le plus littéral, sans que rien ne puisse le contenir. Le Rabbi avait un calme et un sang-froid surprenants. Il était totalement immobile, des heures durant et il parlait, illustrant ainsi ce qui est dit par les Sages, dont l’âme est en Eden, à propos de Moché, notre maître, puisse-t-il reposer en paix : ‘la Présence divine s’exprime par sa gorge’.
Il n’y a aucune autre façon d’expliquer l’abondance et la cadence de ses propos, des heures durant, sur la partie révélée de la Torah, la Kabbala, la ‘Hassidout, sans la moindre interruption, sans aucun mouvement, sans bouger la tête, pendant huit ou dix heures d’affilée. C’était absolument incroyable et il fallait le voir pour comprendre réellement ce que cela veut dire.
Le Rabbi a effectivement tenu parole et, à Lag Ba Omer, une foule nombreuse s’était réunie dans la synagogue, qui était pleine à craquer. La réunion ‘hassidique commença et le Rabbi était alors assis à la tête de la table. Il y avait, près de lui, des Rabbanim importants et des fils de maîtres de la ‘Hassidout. L’un d’entre eux était le Rabbi de Desh, issu de la célèbre famille de l’auteur du Maré Yé’hezkel. Tous étaient émerveillés par les propos enflammés que le Rabbi prononçait, calmement, mais avec fermeté. Nul ne pouvait détourner les yeux de son visage.
Pour ma grande peine, je ne me souviens, de tous ces propos, que d’un seul point. Vers la fin, le Rabbi émit une plainte en faisant référence à la situation de son beau-père, le Rabbi Rayats. Il manifesta sa surprise, avec une grande émotion :‘L’Admour Hazaken habitait à Liozna et l’Admour Haémtsahi, à Loubavitch. Tous nos maîtres avaient des ‘Hassidim qui servaient D.ieu et qui possédaient une profonde connaissance de la ‘Hassidout. A l’inverse, mon beau-père, le Rabbi a dû se détacher de ce qui est sa préoccupation véritable, de l’Unification supérieure de D.ieu et de Son Unification inférieure, pour aller enseigner l’alphabet aux enfants des Etats-Unis !’.
Le Rabbi prononça ces mots avec de terribles sanglots. Tous ceux qui assistèrent à cette réunion ‘hassidique, sans la moindre exception, en furent profondément marqués, à un point qu’il est difficile de décrire, encore à l’heure actuelle.
Je voudrais également mentionner un certain Chabbat, un simple Chabbat, qui est resté gravé dans ma mémoire. C’était avant Chavouot. Il y avait alors une chaleur épouvantable, insupportable. Ce vendredi-là, le Rabbi avait reçu un nouveau livre de ‘Hassidout, qui venait de paraître, un ouvrage du Rabbi Maharach me semble-t-il. Le Chabbat, après la prière du matin, tous les présents sont rentrés chez eux. Il était environ midi et demi. Le Rabbi s’est alors assis dans un coin de la synagogue des femmes, portant son chapeau, sa redingote du Chabbat, sa ceinture de prière.
Il faisait terriblement chaud. Je l’ai rejoint, mais je n’ai pas pu tenir plus de trois minutes et je suis donc reparti. Le Rabbi, en revanche, est resté là-bas, étudiant ce livre, pendant six ou sept heures d’affilée, sans bouger, exactement dans la même position, jusqu’à l’heure de la prière de Min’ha. Après celle-ci, le Rabbi a pris place à la table sur laquelle était servi le troisième repas du Chabbat, mais il n’a rien mangé. En revanche, il a commenté la Torah, pendant un long moment.
Après la prière d’Arvit, le Rabbi a récité la Havdala. Par la suite, un homme qui ne portait pas la barbe s’est approché de lui. C’était un intellectuel. Il a demandé au Rabbi de lui citer une preuve tranchée de l’existence de l’âme. Le Rabbi s’est assis avec lui et il a longuement répondu à sa question, par le détail, en français.
C’est ensuite un homme formé à la Yechiva qui s’est adressé au Rabbi et qui l’a interrogé sur une explication des Tossafot, dans le traité Baba Kama, établissant une différence entre le début et la fin du dégât causé, quand une vache encorne. Le Rabbi lui a répété, à deux reprises, la réponse à sa question, tout en lui faisant remarquer que ce passage talmudique ne présentait aucune difficulté.
Une fois, un certain Chabbat, on a attribué la Haftara au Rabbi, qui l’a lue à voix haute, en la chantant. Les ‘Hassidim polonais, en revanche, ont l’usage de la lire à voix basse. L’un d’eux, qui était présent, dit au Rabbi :‘Vous avez lu la Haftara comme un enfant qui célèbre sa Bar Mitsva.’Le Rabbi lui a répondu, avec un sourire :‘Etre un enfant qui célèbre sa Bar Mitsva constitue un niveau spirituel élevé !’.
Le Rabbi fit, tout au long de son séjour, de grands efforts pour dissimuler sa grandeur et, à ce propos, j’ai entendu un ‘Hassid âgé de Gur raconter que le Rabbi de Gur, le Beth Israël, assista au mariage du Rabbi et lui dit, à cette occasion :‘Devant nous, on ne se cache pas !’.
Il y avait, à l’époque, à Paris, le Rav Chmouel Seligson, fils du ‘Hassid, Rav Chnéor Zalman Seligson, l’un des disciples du Rabbi Rachab et de son fils, le Rabbi Rayats, qui lui avaient confié, l’un et l’autre, la charge de plusieurs dossiers communautaires. C’était un homme intelligent, qui avait un comportement agréable. Il aidait les Juifs qui le souhaitaient à obtenir un visa d’immigration.
Quand le Rabbi arriva à Paris, il lui demanda, avec insistance, au nom de son beau-père, le Rabbi Rayats, de venir s’installer aux Etats-Unis. Mais, Rav Chmouel ne le souhaitait pas. Or, pour notre stupeur à tous, peu après, alors que le Rabbi se trouvait encore à Paris, avant la fête de Chavouot, il fut emporté dans un accident et, grâce à l’intervention de sa sœur Silvia, il a pu être enterré en Terre sainte.
Lorsque le Rabbi est rentré aux Etats-Unis, il a dit à son cousin, le docteur Avraham Abba Seligson, qu’il comprenait maintenant la signification profonde du souhait émis par son beau-père, le Rabbi Rayats, qui voulait empêcher ce qui s’est passé, pendant qu’il en était encore temps.
J’ai vu le Rabbi pour la dernière fois, à Paris, lors de la célèbre réunion ‘hassidique qui a eu lieu à la veille de son départ de France. Celle-ci a commencé vers 20 heures. Le Rabbi s’est levé et il a parlé debout, comme dans une cérémonie officielle. Cette première partie s’est achevée assez tôt, vers vingt-deux heures. Les invités qui n’étaient pas des ‘Hassidim ‘Habad sont alors partis.
Par la suite, le Rabbi a tapé sur la table et il a dit :‘Maintenant, la réunion ‘hassidique commence.’Celle-ci s’est achevée à huit heures du matin !
Cette réunion a été accompagnée de nombreux chants, entre les interventions du Rabbi. Parmi ceux qui chantaient, je me rappelle, avant tout, du Rav Chmouel Betsalel Althuiz. L’ambiance était très particulière. On peut appliquer à cette réunion ‘hassidique les termes du verset : ‘toutes les sources ont jailli’. Le Rabbi a développé tant d’explications de la partie révélée de la Torah et de la ‘Hassidout ! Nous avons vu de nos yeux ce qu’est : ‘une source qui se renforce’, selon l’expression de la Michna.
Le Rabbi a consacré une large part de son propos à la relation qui pouvait être faite entre les noms des présents et leurs traits de caractère. Ainsi, il a expliqué le prénom Issar, faisant allusion au ‘Hassid, Rav Issar Kluibgant, qui disait toujours qu’il était fier d’être un proche parent du gendre du Rabbi Rayats. Le Rabbi a cité un enseignement de nos Sages à propos du Issar, qui est une pièce de monnaie.
Le ‘Hassid, Rav Raphaël Wilshanski a eu le mérite d’entendre une explication de son nom, en relation avec le travail qu’il effectuait au sein du bureau européen de Loubavitch. Le Rabbi a demandé au ‘Hassid, Rav Aharon Morde’haï Zilbershtrom de traduire la ‘Hassidout en français, une langue qu’il maîtrise parfaitement. Il a commenté ses deux prénoms Aharon et Morde’haï. Concernant ce dernier prénom, il a cité, notamment, le Targoum Mara Da’hya, la myrrhe pure.
Entre les interventions du Rabbi, qui ont duré plus de dix heures, le Rav Zalman Butman s’est armé de courage et il a indiqué au Rabbi qu’il avait entendu son père, Rabbi Lévi Its’hak Schneersohn, le Rav de Yekatrinoslav, dire à son propos :‘Il m’a dépassé.’
Il y a eu, soudain, un grand silence dans la pièce. Puis, le Rabbi lui a répondu :‘Hé bien, c’est effectivement ce qu’un père doit dire de son fils.’Et, Rav Zalman a aussitôt rétorqué :‘Hé bien, c’est effectivement ce qu’un fils doit dire de son père.’A la fin de cette réunion ‘hassidique, le Rabbi s’est mis à danser. Puis, il a fait la prière de Cha’harit et son voyage de retour a commencé.»
Le Rav ‘Haïm Mena’hem Taychtel, l’un des jeunes gens qui a alors accueilli le Rabbi, à Paris, apporte, lui aussi, son propre témoignage :
«Il est difficile de se rappeler le détail de tout ce qui se passa alors. Cela fait si longtemps. Néanmoins, certains points sont restés gravés dans mon esprit. Il faut comprendre que nous étions des jeunes gens originaires de Hongrie. Dans notre pays, il y avait des maîtres de la ‘Hassidout et des Rabbanim, qui avaient des fils et des gendres. Tous portaient les ‘huit vêtements du grand Prêtre’ et voici que le gendre du Rabbi de Loubavitch portait un chapeau qui n’était même pas noir et une veste européenne ordinaire !
Pourtant, il suffisait de voir la noblesse de son apparence pour comprendre que l’on se trouvait devant un homme de D.ieu, d’une immense élévation. Mon père commentait l’enseignement suivant de la Guemara : ‘si tu vois un maître qui ressemble à un ange du D.ieu des armées, demande-lui de t’enseigner la Torah’ de la façon suivante : si tu rencontres un Rav qui a l’apparence d’un ange et porte les ‘huit vêtements’, ne te limite pas à l’impression que te font ces vêtements. Ecoute aussi ses paroles de Torah et c’est alors que tu pourras savoir qui il est.
Nous avons observé tout cela concrètement chez le Rabbi, dans la manière dont il se comportait à l’époque. D’une part, il était habillé simplement et il ne montrait jamais le moins signe extérieur. Mais, d’autre part, tous ceux qui le rencontraient avaient conscience de se trouver devant un homme de D.ieu, hors du commun.
Pendant toute cette période, le Rabbi est resté enfermé dans sa chambre de l’hôtel Edouard VII, l’un des plus luxueux de la ville. Il se consacrait à la prière et à l’étude de la Torah. A ma connaissance, le Rabbi ne s’est rendu nulle part, durant cette période, si ce n’est à la synagogue, pour prier avec la communauté et chez sa mère, pour lui rendre visite, chaque jour.
Parmi ceux qui étaient les plus proches du Rabbi, il y avait le ‘Hassid, Rav Ben Tsion Chem Tov, qui allait le voir, de temps à autre, à son hôtel. A plusieurs reprises, il a remarqué que le lit du Rabbi était couvert de livres, qui se trouvaient là depuis quelques jours déjà, sans avoir été retirés. Rav Ben Tsion révéla ce fait aux ‘Hassidim et il indiqua qu’à son sens, il était à peu près certain que :‘tout simplement, le Rabbi n’allait pas dormir’qu’il se contentait de somnoler sur une chaise.
Un autre ‘Hassid qui se trouvait alors à Paris entendit de quelqu’un qui travaillait dans cet hôtel que la lumière était allumée toute la nuit, dans la chambre du Rabbi et que l’on y entendait le bruit des pas d’un homme qui allait et venait.
Le Rabbi, durant son séjour à Paris, a visité plusieurs institutions juives et je voudrais décrire ici sa visite, dans celle que je dirigeais moi-même. Du reste, c’est au cours de ce séjour à Paris que le Rabbi a fondé l’école Beth Rivka. Pour les ‘Hassidim, réfugiés de Russie, qui se trouvaient alors à Paris, une école de filles était un concept nouveau. En effet, ceux-ci avaient été séparés du Rabbi Rayats qui, dès son arrivée aux Etats-Unis, quelques années au préalable, avait commencé à fonder des écoles de filles. Ils n’ avaient pas connu tout cela.
Le Rabbi avait alors déclaré :‘Mon beau-père, le Rabbi, a fondé une école de filles Beth Rivka à New York et l’on doit donc en faire de même ici !’.Il a longuement expliqué la différence qu’il convenait de faire entre l’éducation des filles dans les générations précédentes, qui se faisait essentiellement : ‘à l’intérieur’, au sens le plus littéral et celle qu’il convenait d’instaurer, à l’heure actuelle, au sein d’une école bien structurée. C’est donc à cette époque que le Beth Rivka de la région parisienne a été créé, à Yerres, où il se trouve encore, à l’heure actuelle.
A l’époque, je dirigeais moi-même une école de filles, qui avaient été confiées par leurs parents à des couvents, pendant la Shoah, afin de leur sauver la vie. Après la guerre, le Rav Chnéor Zalman Schneerson avait lutté de toutes ses forces pour sauver ces filles de l’abjuration. Il était parvenu, de cette façon, à réunir quatre-vingt filles et il avait créé pour elles, près de Paris, une école que j’avais le mérite de diriger.
Ces filles, quand elles sont arrivées à l’école, portaient encore, pour la plupart, une étoile jaune cousue sur leur vêtement ou bien sur leur col. Le Rabbi leur a rendu visite et il leur a parlé en français, pendant un long moment. De temps à autre, on voyait des larmes couler de ses yeux. Les filles l’ont écouté avec émotion. Toutes, même les plus petites, avaient le cœur brisé. Nombreuses sont celles qui m’ont dit par la suite que c’était l’un des moments de leur vie qui les avaient le plus profondément marquées.
Les Juifs sont un peuple particulier. Ils ont des valeurs qui semblent contradictoires. C’est ainsi qu’il est dit : ‘Réjouissez-vous dans le tremblement’, d’une part une joie intense, d’autre part le tremblement et la crainte. Et, ce paradoxe décrit pleinement le Rabbi. Il est clair qu’il cachait qui il était réellement, qu’il dissimulait sa grandeur, mais, simultanément, il était si grand qu’il ne pouvait pas le cacher.
On raconte que le Rabbi de Toledot Aharon a dit, une fois, au Rabbi :‘Vous et moi, nous trompons le monde. Vous le trompez parce que vous ne portez pas de chapeau de fourrure, le Chtreïmel et, moi, je le trompe parce que j’en porte un.’
Le sens de ces propos est très clair. Il existe une ruse du raffinement, de la noblesse et de la sainteté, qu’il est absolument impossible de dissimuler et face à laquelle nul ne peut rester indifférent. Le Rabbi la possédait pleinement
La Gaon et ‘Hassid, Rav Shmaryahou Sossonkin se trouvait également présent à Paris, à la même époque. Il a rapporté le récit suivant :
‘Une fois, un certain lundi, je suis allé rendre visite au Rabbi, à son hôtel. C’était une demi-heure avant le temps de Min’ha. Lorsque je suis entré dans sa chambre, il portait encore le Talith et les Tefillin. Il étudiait le Yerouchalmi et, à mon arrivée, il a fermé le livre. Il a ôté ses Tefillin et nous avons commencé à discuter. Soudain, le Rabbi s’est levé et, d’un coin de la pièce, il apporté quelques aliments, qu’il a posés devant moi. Il m’a proposé de les goûter et, pour ma part, j’ai formulé le vœu qu’il se joigne à moi, pour partager ces aliments. Mais, le Rabbi a refusé. Il a invoqué un quelconque prétexte et j’ai compris qu’il jeûnait.’
Voici également un autre récit du Gaon et ‘Hassid Rav Shmaryahou Sossonkin :
‘Une fois, je passais dans la rue quand le Rabbi est arrivé, face à moi, tenant à la main un journal déplié en long et en large. Je me suis dirigé vers lui et il m’a dit :‘Hé bien, à Paris, il est impossible de traverser les rues en gardant les yeux ouverts !’.D’autres fois, certains ‘Hassidim ont eu l’occasion d’examiner ce journal. Ils se sont aperçus qu’il était très ancien et qu’il avait plusieurs années déjà !
Je me souviens de la dernière réunion ‘hassidique à laquelle le Rabbi a pris part, avant son départ. Il a alors bu une certaine quantité d’eau-de-vie et il a ensuite expliqué la signification des noms de chacun des présents, en relation avec sa personnalité et ses traits de caractère, en se basant sur la partie révélée de la Torah, la Kabbala et la ‘Hassidout. Le Rabbi s’est adressé à chacun et il a dit :‘Dites Le’haïm et donnez-moi votre nom !’.Chaque ‘Hassid énonçait alors son nom et le Rabbi commençait son explication.
Quand mon tour est venu, le Rabbi m’a demandé mon nom et j’ai répondu :‘Haïm Menahem’.Le Rabbi a alors développé un long commentaire sur la signification profonde de ces deux prénoms et sur leur jonction. Puis, il en a fait de même pour tous les autres présents, avec à la fois une grande simplicité et une immense érudition. Ce qui nous a émerveillés, avant tout, c’était de constater, encore une fois, à quel point les explications données par le Rabbi retraçaient parfaitement la personnalité et le caractère des personnes qu’il décrivait.»
Enfin, le Rav Chalom Dov Ber Butman, qui est lui-même l’un des proches parents du Rabbi, relate, lui aussi, ses souvenirs :
«Nous sommes arrivés à Paris lorsque le Rabbi s’y trouvait déjà. C’était le matin du dimanche 2 Nissan ou du lundi 3 Nissan, je ne m’en souviens pas exactement. A l’inverse, je me rappelle clairement ce que quelqu’un m’avait alors dit : la nuit précédente, il y avait eu une réunion ‘hassidique, en l’honneur de la Hilloula du Rabbi Rachab, dont l’âme est en Eden.
C’est donc au lendemain de cette réunion ‘hassidique en l’honneur du 2 Nissan que nous sommes arrivés et nous avons séjourné chez mon oncle, le Rav Chnéor Zalman Schneerson. La Rabbanit ‘Hanna se trouvait également chez lui. A midi, le Rabbi est venu rendre visite à sa mère et il a vu mon père. Il a dit, avec un sourire :‘Vous êtes sans doute le Rav Zalman Butman.’Mon père lui a aussitôt répondu :‘Vous êtes sans doute le gendre du Rabbi’.
J’ai salué le Rabbi, à mon tour et il m’a demandé ce que j’étudiais, à l’époque. Je lui ai dit que j’apprenais la Guemara, le quatrième chapitre du traité Baba Metsya et le Rabbi m’a interrogé sur son contenu :‘L’or permet-il d’acquérir l’argent et l’argent permet-il d’acquérir l’or ?’.Ce sont, comme on le sait, les premiers mots de ce chapitre.
Par la suite, j’ai compris que le Rabbi, qui me voyait pour la première fois et ne savait pas quelle était l’étendue de mes connaissances, avait fait le choix de me poser une question très simple, afin que je puisse y répondre aisément et que je ne me trouve pas d’emblée dans la confusion.
L’hôtel Edouard VII, dans lequel le Rabbi séjournait, se trouvait à l’avenue de l’Opéra, à vingt minutes ou une demi-heure de marche de notre maison. C’était un hôtel de première catégorie et, une fois, un ‘Hassid voulut y pénétrer, afin de se rendre dans la chambre du Rabbi, mais on lui en refusa l’accès parce qu’il ne portait pas de cravate !
A l’époque, à la veille de Pessa’h, on ne vendait pas de vin cacher, à Paris et de nombreux Juifs en fabriquaient eux-mêmes en faisant cuire des raisins secs. Mon père savait comment le faire et il en produisit effectivement avant Pessa’h, avec une certaine quantité de sucre, conformément à l’avis du Tséma’h Tsédek. Il en proposa au Rabbi, qui refusa, sans en préciser la raison. Je pense que le Rabbi ne prenait pas de sucre à Pessa’h, mais il ne voulait pas le dire. Le Rav Yaakov Lipsker s’est alors procuré des raisins et il les a pressés. C’est de ce jus que Rabbi s’est servi pour le Séder et pour le Kiddouch.
Le Séder de Pessa’h a été célébré dans la maison dans laquelle nous résidions, celle de mon oncle, le Rav Chnéor Zalman Schneerson. C’est également là que résidait la Rabbanit ‘Hanna, comme je l’ai indiqué. Le Séder était célébré au deuxième étage, là où il y avait aussi la cuisine de Pessa’h. Dans l’une des pièces, il y avait une table immense et le Rabbi était assis à la tête de cette table. A sa droite, il y avait la Rabbanit ‘Hanna et, derrière elle, toute une rangée de femmes. A sa gauche, il y avait mon père et, derrière lui, toute une rangée d’hommes. Du fait de mon âge, puisque je n’étais pas encore Bar Mitsva, j’étais le dernier de la rangée des hommes.
Les Matsot étaient disposées dans un sachet qui était posé sur une chaise, près du Rabbi. Il est très dommage que je ne me souvienne pas des propos qui ont été tenus et des comportements du Rabbi, pendant cette fête. Un fil était attaché à la fourchette et à la cuillère du Rabbi, afin qu’elles ne se mélangent pas aux autres couverts.
Par ailleurs, j’étais présent, lorsque le Rabbi a donné son célèbre cours de Torah, à la synagogue du 25, rue des Rosiers. Je n’étais, certes qu’un enfant et je ne sais pas quel était le contenu de ses propos, mais je me rappelle clairement, en revanche, qu’il conclut son enseignement par les mots suivants :‘Tous les Juifs avec leur maître et nous-mêmes, avec notre Rabbi, nous irons tous ensemble accueillir le Machia’h’.En disant ces mots, il a pleuré.
Je me rappelle également qu’après ce cours, le Rabbi, quittant la synagogue, est rentré chez nous, pour voir sa mère, la Rabbanit. Il voulait prendre un taxi, mais tous ceux qui passaient par là étaient déjà occupés. Il lui fallut donc emprunter le métro. Lorsque nous sommes arrivés à la station, le Rabbi m’a demandé :‘Tu sais sans doute à quelle hauteur du métro se trouve la sortie, dans la station en laquelle nous devons descendre’.En effet, pour gagner un peu de temps, en attendant le métro, il est possible de se placer à l’endroit qui est le plus près de la sortie.
J’ai répondu au Rabbi :‘Je ne sais pas où se trouve la sortie, mais le plus logique est de prendre place dans le wagon du milieu.’Nous avons eu de la chance et, quand nous sommes descendus de ce wagon du milieu, comme je l’avais préconisé, nous nous trouvons exactement face à la sortie.
Notre synagogue se trouvait au troisième étage de la maison de mon oncle, le Rav Chnéor Zalman Schneerson. Il y avait également là deux appartements. Le Rabbi arrivait, au matin du Chabbat et il se rendait auprès de sa mère. Lorsque l’officiant commençait la répétition de la prière, j’allais le prévenir. Il prenait alors son Talith, qu’il avait apporté avant le Chabbat et qui se trouvait dans un sachet en papier blanc. Il entrait dans la synagogue, faisait sortir le Talith de son sachet et il plaçait son chapeau dans ce sachet.
Il se tenait ensuite près du mur oriental, à la droite de l’arche sainte. Pendant la lecture de la Torah, il prenait place à côté du pupitre de l’officiant. Son ‘Houmach était posé sur ce pupitre et il donnait le dos à la table de lecture de la Torah. Il restait ensuite à la synagogue jusqu’à la fin de la prière. C’est après cela qu’il priait lui-même, avec un Siddour, mot à mot.
Il était appelé à la Torah chaque Chabbat, à la troisième montée ou bien pour la Haftara. A chaque fois, il faisait un don de trois-cents francs. A plusieurs reprises, il demanda la parole et il prononça quelques mots. Il se tenait alors près du pupitre de l’officiant. Au moins une fois, d’après ce que je me souviens, le Rabbi a éclaté en sanglots, au milieu de ses propos. Il a alors tiré son Talith vers l’avant et il en a entièrement recouvert son visage.
Pour les repas du Chabbat, toute notre famille était réunie et, parfois, il y avait également un invité, notamment le Rav Ben Tsion Chem Tov, qui se trouvait alors à Paris sans sa famille. Pendant le Chabbat qui bénit le mois, celui qui précède Roch ‘Hodech, d’autres ‘Hassidim venaient se joindre à nous après le repas, par exemple le Rav Elyahou Chmouel Kahanov et son fils, de même que le Rav ‘Haïm Acher Garfunkel et le Rav Azryel ‘Haïkin.
Pendant le repas, on chantait plusieurs mélodies et, de façon générale, celles-ci étaient lancées par mon cousin, le Rav Chalom Dov Ber Schneerson. Une fois, celui-ci n’a pas pris part au repas et le Rabbi m’a alors dit :‘Hé bien, aujourd’hui, c’est toi qui devras chanter !’.
J’avais alors un mouchoir en tissu et je m’efforçais de bien le plier. J’ai observé, quand je le faisais, que le Rabbi regardait fixement mes mains, la manière dont je le pliais. J’étais mal-à-l’aise, de ce fait et, par la suite, chaque fois que je pliais mon mouchoir, je plaçais mes mains sous la table. Quelques années plus tard, j’ai saisi que le Rabbi essayait ainsi de me faire comprendre, sans me vexer, qu’il est interdit de plier un mouchoir, pendant le Chabbat. Il pensait que j’interprèterai son regard de cette façon, mais, malheureusement, je n’ai pas compris cette allusion.
Durant le Chabbat Parchat Behar – Be’houkotaï, au cours duquel on lisait le cinquième chapitre des Pirkeï Avot, le Rabbi s’est adressé à moi, un sourire aux lèvres et il m’a dit, avec surprise :‘Tu lis, toi aussi, les Pirkeï Avot ? Tu dois étudier la Torah ! Je t’interrogerai, la semaine prochaine, sur les quarante-huit moyens d’acquérir la Torah, qui sont énoncés par la Michna d’Avot.’
Bien entendu, j’en ai été épouvanté par ses propos et, la semaine suivante, j’ai fait de grands efforts pour retrouver ces quarante-huit moyens dans le texte de la Michna, mais je n’y suis pas parvenu. Cependant, à ma grande joie, le Rabbi ne m’a jamais interrogé, à ce sujet.
Il est dit que : «la sagesse d’un homme éclaire son visage». Chez le Rabbi, cela était vrai en permanence, y compris quand il cherchait à dissimuler sa grandeur.
Avant de quitter Paris, le Rabbi a organisé une réunion ‘hassidique dans notre maison et il a expliqué le nom de chacun des présents, en relation avec sa personnalité et son caractère, selon la partie révélée de la Torah et la Kabbala. Après que les noms de tous les présents aient été commentés, plusieurs, parmi les présents mentionnèrent également leur second prénom, qui n’était pas leur prénom usuel.
Les présents étaient émerveillés en entendant les relations géniales que le Rabbi établissait et qui définissaient parfaitement la personnalité de ceux qu’ils décrivaient. Tout cela était expliqué avec, à la fois, une grande simplicité et une profonde érudition».
 
 

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