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Lundi, 02 Janvier 2012 08:52 |

Je n'oublierai jamais le dernier 'Hanouccah que j'ai passé dans les camps. La plupart d'entre nous étions tellement obsédés par la recherche de quelque chose à nous mettre sous la dent en évitant d'attirer l'attention de nos gardiens que nous ne savions plus quel jour de l'année nous nous trouvions. Surtout en cette fin d'année 44 : les nazis sentaient que l'étau se resserrait autour d'eux, car les Russes et les Américains approchaient. Nos gardiens devenaient nerveux et de plus en plus cruels et imprévisibles. Cependant, certains d'entre nous tenaient à se souvenir des dates importantes, ils nous informaient qu'aujourd'hui, c'était Chabbat, ou Pessa'h... Ce jour-là, quelqu'un m'avertit que c'était 'Hanouccah. Mais dans quelles circonstances ! Ce matin-là, je m'étais rendu à l'infirmerie pour tenter de subtiliser de la pommade, n'importe laquelle pour aider à soulager les plaies ouvertes de mon père. Sa maladie - quelle qu'en soit le nom - lui dévorait la peau et chaque fois que je parvenais à me glisser dans sa baraque, je le voyais se gratter et se masser en silence. Je n'avais que onze ans et j'étais terrifié en observant mon père qui se consumait de douleur. Ce jour-là, quand je pénétrai dans sa baraque, il n'y était plus. L'angoisse me saisit. Un vieil homme que je ne connaissais pas mais que j'avais déjà vu parler à mon père, s'approcha de moi pour me consoler. Lui aussi ignorait quand mon père avait été emmené et, jusqu'à maintenant, je ne sais pas s'il est mort de sa maladie ou d'une balle tirée par un nazi assez «courageux» pour achever un mourant. Lire la suite
Cet homme m'expliqua qu'à 'Hanouccah, nous célébrons la victoire des faibles, peu nombreux, sur les forts pourtant très nombreux. Nous allumons des bougies pour affirmer que notre lumière est plus forte que toute obscurité. «Ton père aurait été content de savoir que tu prends le relais pour transmettre la lumière malgré la pénombre autour de nous». J'étais si ému par ses paroles - et tous les souvenirs de mes années d'enfance à Lodz - que je proposais avec enthousiasme que nous allumions la Menorah ce soir-là. Il ne put s'empêcher de sourire, oui de sourire dans ce camp d'extermination, mais reprit bien vite son air angoissé en expliquant que ce serait trop dangereux. J'insistai et me mis en route pour «organiser», c'est-à-dire subtiliser un peu d'huile de machines dans l'atelier. J'étais si excité que j'en oubliai provisoirement ma peine et mon inquiétude quant au sort de mon père. Effectivement, je parvins à rapporter un trésor : de l'huile utilisée pour graisser les machines. Le déporté ami de mon père avait trouvé de quoi confectionner des mèches, sans doute en détricotant un chiffon ou autre tissu. Il nous restait à trouver du feu pour allumer notre Menorah rudimentaire. J'avais remarqué non loin de notre baraque un tas de cendres fumantes : nous avons décidé d'attendre jusqu'à ce que la nuit tombe pour aller allumer notre lumière de 'Hanouccah. Oh comme nous avons attendu ! Mais quand nous nous sommes approchés des cendres, un nazi nous a remarqués et, après une rapide inspection, saisit l'huile et les mèches que nous tentions de cacher. Il se mit à hurler et à nous abreuver d'injures. Miraculeusement, un de ses supérieurs l'appela justement et aboya un ordre quelconque. Il se précipita pour obéir, en conservant nos trésors. Mais le miracle fut de courte durée. Tandis que nous nous dirigions vers les cendres, il se retourna vers nous et jura que, dès son retour, il «s'occuperait de nous !» J'étais terrifié mais le compagnon de mon père restait serein et il murmura des mots qui sont restés gravés dans chaque fibre de mon être jusqu'à aujourd'hui : «Aujourd'hui, nous avons allumé une flamme plus puissante que celle de 'Hanouccah. Le miracle de 'Hanouccah consistait à trouver une fiole d'huile qui, miraculeusement, brûla non pas un jour mais huit jours d'affilée. Aujourd'hui, nous avons accompli un miracle encore plus grand, nous avons allumé la neuvième bougie, invisible, même quand nous n'avions plus d'huile! Ne te méprends pas. Nous avons allumé la Ménorah ce soir. Nous avons tout mis en œuvre pour allumer les flammes et D.ieu est conscient de chaque effort. Il savait que nous étions impuissants face à des forces au-delà de nos capacités. Alors, d'une certaine manière, nous avons allumé la Menorah, nous avons allumé une neuvième flamme - la plus puissante de toutes, si puissante qu'on ne peut même pas l'apercevoir !» Et, sûr de lui, l'homme me promit : «Tu sortiras vivant d'ici ! Et quand tu sortiras, tu emporteras cette neuvième flamme invisible avec toi. Et tu diras à D.ieu que nous avons allumé une bougie même quand nous n'avions pas d'huile. Raconte au monde que la lumière a jailli même dans l'obscurité la plus noire. Nous n'avions pas d'huile, ni matérielle ni spirituelle. Nous sommes traités d'une façon pire que les animaux. Mais, d'une façon incompréhensible, nous avons créé une Menorah là où elle ne pouvait pas exister - dans le feu d'Auschwitz. Non, nous n'avons pas d'huile. Même pas de l'huile impure. Mais nous avons allumé une flamme, une flamme qui s'est nourrie d'un abîme d'obscurité. Nous n'avons jamais cédé. Que le monde sache que notre neuvième flamme est vivante, qu'elle brille d'un éclat à nul autre pareil ! Raconte à chaque personne désespérée que la flamme du judaïsme ne s'éteint jamais !» Quand il prononça ces derniers mots, le gardien nazi se saisit de lui et l'entraîna derrière une des baraques. Je ne l'ai plus jamais revu. Comme il l'avait prophétisé, j'ai survécu. Quelques semaines plus tard, les Russes arrivèrent et nous avons été libérés. Et c'est ainsi que je suis là pour vous raconter l'histoire de la neuvième flamme. Elie Stern Yerachmiel Tilles - kabbalaOnline.org traduit par Feiga Lubecki
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