|
Magazine -
Récits
|
|
Jeudi, 14 Juin 2012 12:57 |

J’avais été engagé comme chauffeur de car pour les enfants du Gan Israël dans la région des Catskills, des montagnes non loin de New York. Un jour, je devais amener les campeurs près du Lac George et, en attendant de les ramener, je décidai de rester près du lac et d’admirer les merveilles de la création, ce qui est bien le but des vacances, n’est-ce pas ? L’homme qui était assis à côté de moi – apparemment occupé uniquement à bronzer sous le doux soleil d’été – se leva. Son corps était couvert de tatouages. Pas de simples tatouages mais vraiment des œuvres d’art (bien que les tatouages soient formellement interdits par la Torah, je n’en étais pas moins impressionné en réfléchissant aux heures passées par cet homme à souffrir pour ce résultat). J’engageai la conversation : - Incroyable, tous ces tatouages ! Cela a dû vous coûter une petite fortune ! Lire la suite
- Il faut comprendre : certaines personnes se font tatouer juste comme cela. Mais d’autres le font pour cacher quelque chose, par exemple des cicatrices. D’ailleurs pour la même raison, d’autres portent une Kippa ! Ce mot me fit réagir immédiatement : il l’avait certainement prononcé pour montrer qu’il était juif lui aussi. Malheureusement, je n’avais pas mes Téfiline avec moi – ce qui est très inhabituel en ce qui me concerne et je l’ai bien sûr regretté. Tout ce que je pouvais lui proposer, c’était d’entrer en contact avec le Chalia’h (l’émissaire du Rabbi) le plus proche de son domicile qui l’aiderait à mettre les Téfiline. - Oh vous savez, les Téfiline, ce n’est pas vraiment mon truc ! Il m’arrive d’aller parfois à la synagogue mais sans plus. Par ailleurs, je suis un survivant du cancer. C’est ce qui expliquait ses tatouages : il avait souhaité masquer les cicatrices. Et il avait décidé de quitter ma compagnie. Le conducteur de l’autre car avait entendu notre conversation et me signala que lui avait apporté ses Téfiline. Je courus après mon interlocuteur tatoué en criant : «Attendez ! J’ai des Téfiline ! Cela ne prend que deux minutes, montre en main !» Voyant que je continuai à le «harceler», il répondit : «Désolé, je suis pressé !» C’était étrange : quand il était assis pour profiter des rayons du soleil, il n’avait vraiment pas l’air pressé mais brusquement, il n’avait plus deux minutes pour mettre les Téfiline ? Je savais que ce n’était qu’un prétexte et décidai d’insister, lourdement je l’avoue mais j’étais décidé à lui faire accomplir cette Mitsva : «Ecoutez ! Je dois vous expliquer. J’étais venu au lac George sans aucune intention particulière mais maintenant, je sais pourquoi D.ieu m’a fait venir jusqu’ici : pour vous rencontrer, faire votre connaissance, comprendre que vous êtes un Juif comme moi et donc vous proposer de mettre les Téfiline. Après tout, vous avez survécu au cancer, pourquoi ne pas remercier D.ieu pour cela ?» - Monsieur ! J’ai dit non et je le pense sincèrement ! Cessez de me harceler, je vous en prie. Je suis pressé et, de plus, il existe de nombreux autres moyens de remercier D.ieu ! - Comme quoi par exemple ? demandai-je, sincèrement curieux d’entendre sa réponse. - Bon, je pourrais me rendre utile et faire du bien aux gens. - Je comprends mais quand vous faites du bien aux gens, il se peut que ce soit dans l’espoir d’en retirer un bénéfice d’une manière ou d’une autre par la suite ! Alors que les Téfiline, c’est vraiment uniquement pour D.ieu ! - Oh, je vous en prie, cessez de m’importuner, revenez demain ! Je réfléchis à toute allure : faire trois heures de route le lendemain et risquer de ne pas le rencontrer… Non, il n’en était pas question ! Il avait mentionné le mot Kippa pour me faire comprendre qu’il était juif et je ne devais pas laisser passer cette occasion. J’avais déjà acquis une certaine expérience dans la campagne des Téfiline lancée par le Rabbi en 1967, juste avant la guerre des six jours et je n’étais pas prêt à renoncer. - D’accord ! Vous ne voulez pas mettre les Téfiline. Mais vous aimez rendre service aux gens. Alors pouvez-vous me rendre service et mettre les Téfiline pour moi ? J’ai vraiment besoin d’un maximum de Mitsvot pour avoir D.ieu de mon côté ! - C’est cela qui vous rendrait heureux ? s’étonna-t-il. - Oh oui ! - Alors je vais le faire, mais que pour vous ! A mon grand soulagement (et, je suppose à son grand soulagement aussi…) il mit les Téfiline et récita les bénédictions et le Chema Israël. Pour moi. Ou plutôt, pour D.ieu.
Lazar Raksin N’shei Chabad Newsletter n°7002 Traduit par Feiga Lubecki
|