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En septembre 2007, je me trouvais à Monte Carlo pour un mariage.
Le samedi matin, nous avions prié à la synagogue locale avant de nous rendre à l’Hôtel de Paris. En entrant dans le lobby, j’eus la surprise d’apercevoir une grande présence sécuritaire. J’appris alors que le légendaire leader sud-africain, Nelson Mandela, était hébergé à l’hôtel. De fait, il était assis dans l’une des salles du lobby où je passais justement.
Instinctivement, je souhaitai rencontrer cet homme dont on racontait beaucoup de bien. Les mesures de sécurité étaient draconiennes : je demandai à l’un de ses gardes du corps si je pouvais m’approcher afin de bénir l’ancien président d’Afrique du sud. C’est alors qu’un autre membre du service de sécurité me demanda ce que je désirais. Le premier expliqua que j’étais un rabbin désireux de bénir Mandela en ce jour saint du Chabbat. Ils acceptèrent de me laisser entrer.
Quand j’approchai de l’ancien président, il leva les yeux et exprima une grande satisfaction. J’étais vêtu comme tout ‘Hassid le jour du Chabbat, avec redingote noire et chapeau noir : de plus, comme je venais de quitter la synagogue, mon Talit blanc à rayures noires était encore posé sur mes épaules.
Après de brèves présentations (je suis directeur du mouvement Loubavitch à Moscou), Mandela m’invita à prendre place à côté de lui. Il me demanda de bien vouloir le bénir et affirma qu’il était très ému que j’accepte de le bénir en ce jour saint de Chabbat. Il mentionna également combien il aimait quand « son » rabbin, le Grand-Rabbin Cyril Harris le bénissait à son retour en Afrique du sud.
En observant ce grand homme qui avait souffert durant des décennies en prison, qui avait combattu pour la liberté et avait réussi à cicatriser les plaies d’une nation déchirée par l’apartheid, je brûlai de lui poser une question : avait-il déjà établi une comparaison entre sa propre histoire et celle du Joseph de la Bible ?
Sans hésiter, Mandela répliqua qu’il avait ressenti une grande proximité avec Joseph, emprisonné à vie mais qui avait trouvé une force rare intérieure grâce à une perspective positive et avait finalement émergé en tant que leader charismatique. Mandela se mit à rire et remarqua : «Mais j’ai passé bien plus d’années que lui en prison !».
Je lui demandai alors :
- Est-en en l’honneur de la tunique multicolore de Joseph que vous portez vos fameuses chemises de couleur appelées ‘les chemises de Madiba’ ?
- Non, répliqua-t-il. Je porte ces chemises pour représenter mon peuple et leur lutte pour représenter les belles cultures et traditions différentes de l’Afrique.
Il caressa avec douceur le continent africain brodé sur sa chemise de soie noire confectionnée sur mesure.
Nous parlions librement. Il commenta mon habit et déclara : «Quand je vous vois habillé ainsi, cela me rappelle ma visite dans la synagogue au Cap un Chabbat matin, quelques jours après mon élection». Lors de ce premier contact avec la communauté en mai 1994 dans la synagogue «Green and Sea Point Hebrew Congregation», le Grand-Rabbin, Rav Harris, l’avait invité à assister à l’office du matin.
Mandela se souvenait comment il s’était adressé à la salle bondée et avait appelé la communauté juive locale à implorer les membres de leurs familles qui avaient fui le pays de revenir pour reconstruire ensemble une Afrique du sud démocratique. (Il faut se souvenir qu’à l’époque, tous les «experts» prédisaient un bain de sang dans ce pays à l’arrivée de Mandela au pouvoir mais seul le Rabbi de Loubavitch avait rassuré les Juifs inquiets que la transition se passerait pacifiquement – comme ce fut le cas effectivement – et qu’il n’était pas nécessaire de quitter le pays). Mandela avait alors demandé à la communauté locale de ne pas craindre un gouvernement d’union nationale et avait promis : «Ensemble nous réussirons».
Il rappela alors : «Quand j’ai rejoint ma voiture, mon chauffeur me tendit un cadeau offert par une dame qui avait assisté à mon discours à la synagogue ce matin : c’était une belle chemise noire, avec un motif représentant un poisson doré. J’ai décidé de porter cette chemise lors de la séance d’ouverture du parlement de notre nouveau gouvernement démocratique. Après que j’ai porté cette chemise, cette dame (la styliste Desre Buirski) continua à m’envoyer des chemises. Nous sommes devenus de bons amis et elle dessina des centaines de chemises rien que pour moi. Celles-ci m’ont aidé à porter mon message de paix tout autour du monde. Tout cela, ajouta-t-il avec un sourire, «débuta par ma visite à la synagogue un samedi matin !».
Je me levai et le remerciai pour sa générosité à l’époque et pour m’avoir accordé l’honneur de lui parler. Avant que je ne parte, Mandela me félicita pour mon habit ‘hassidique traditionnel : «Je suis heureux de vous voir habillé ainsi. Vous devez toujours être fier de porter les vêtements traditionnels de la foi juive comme une marque d’honneur !» Et, en me tendant la main, il ajouta : «Souvenez-vous, jeune rabbin que, quand vous revêtez votre uniforme royal, vous représentez tout ce que symbolise la Bible : comment tous les humains sont les enfants de D.ieu, créés à l’image de D.ieu, quelles que soient leur origine, leur couleur ou leur foi !»
Rav Avraham Berkowitz – L’Chaim N° 1302 Traduit par Feiga Lubecki
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