|

Par Gérard Touaty
C’est avec Its’hak, à présent, que nous allons vivre la Thora. Bien qu’il soit le fils d’Avraham, il ne prendra pas le même chemin que son illustre père et cela posera problème à tous les hommes qui avaient adhéré à la spiritualité d’Avraham. Le fils sera bien différent du père et pour ces nouveaux convertis, cette différence sera inconcevable : n’est-il pas dans la nature des choses de marcher dans les voies de son père !
C’est un verset (1) de la paracha qui vient mettre l’accent sur la différence entre Avraham et Its’hak. Le texte nous rapporte qu’une famine en terre d’Israël contraignit Its’hak à quitter ce lieu pour se rendre en Egypte comme le fit Avraham lors d’une première famine. Mais au dernier moment D.ieu lui dit : « …ne descends pas en Egypte, reste sur la terre que Je t’indiquerai ». Sur ces mots, Rachi nous apporte une précision. Its’hak avait l’intention de faire comme son père mais D.ieu lui signifia qu’il était un sacrifice de grande pureté et que de ce fait, les terres en dehors d’Israël ne lui convenaient pas. La réaction de Its’hak est, de prime abord, légitime. Quand il vit qu’une famine sévissait sur la terre d’Israël, il pensa qu’il s’agissait d’une directive céleste lui indiquant qu’il devait agir comme son père et quitter la terre d’Israël pour diffuser le monothéisme dans le monde. Mais si D.ieu lui intima l’ordre de ne pas quitter la terre d’Israël c’est que sa spiritualité allait se différencier de celle de son père.
Plus que l’or et l’argent
Dans une perspective générale, il existe deux voies pour diffuser le nom de D.ieu. La première consiste à sortir du domaine de la sainteté vers des lieux éloignés pour diffuser là, la connaissance de D.ieu. La seconde consiste à créer une grande lumière dans le domaine même de la sainteté (sans bouger de là) qui puisse éclairer ou attirer, par son éclat, des hommes qui se situent à l’extérieur de ce domaine. Là était la différence entre Avraham et Its’hak. Le premier patriarche diffusait le monothéisme par ses nombreux voyages en ayant un contact direct avec le monde. Son fils, lui ne quitta jamais la terre d’Israël et même sur cette terre, il n’eut qu’un rapport distant avec son environnement humain car pour lui, l’essentiel de son travail était axé sur sa personne. Malgré cela, la lumière qui émana de sa personne eut une influence considérable sur ses contemporains, au point que Avimélè’h, le monarque de l’endroit, vint pour conclure une alliance avec lui, car disait-il « Nous avons vu que D.ieu était avec toi ». Bien plus, un dicton populaire de l’époque (2) affirmait que l’on préférait le fumier des mules de Its’hak plutôt que l’or et l’argent de Avimélè’h ».
Avant la délivrance
Cette nuance dans le service de D.ieu sera la clef pour comprendre une affirmation du Talmud (3) selon laquelle, dans les temps futurs, nous dirons au sujet de Its’hak « c’est toi qui es notre père », car après la venue du Machia’h, tout le peuple juif suivra la voie de Its’hak. Nous resterons, en effet, sur la terre d’Israël sans avoir besoin de quitter ce lieu. Mais dans le même temps, nous parviendrons à éclairer le monde. Pour l’instant, avant la délivrance, c’est le service de D.ieu d’Avraham qui prime. Comme lui, nous devons diffuser la croyance en D.ieu parmi les nations et plus particulièrement œuvrer pour un retour au judaïsme de Juifs qui en sont encore éloignés. Ce qui aura pour effet de précipiter la délivrance messianique pour vivre le temps d’Its’hak, avec le troisième Temple reconstruit.
Gérard Touaty
Notes
(1) Béréchith, chap. 26, verset 2 (2) Rachi sur Béréchith, chap. 26, verset 13 (3) Traité Chabbath, p. 89b
|