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Chaque année, à l’approche de Yom Kippour, Guil Ofir, habitant de la ville israélienne d’Even Yehuda choisit une autre synagogue pour y prier. Durant l’heure de pause, il demande la permission de prendre la parole et, enveloppé dans son Talit, monte sur l’estrade devant l’assemblée. Quand il termine son discours, on trouve difficilement un œil sec parmi les fidèles. Tous contemplent son Talit avec émotion, le Talit grâce auquel lui et vingt-cinq de ses compagnons d’armes ont été sauvés. Tout commença le vendredi précédent Yom Kippour 5734 (1973). Gil, sergent-chef qui dirigeait un cours de formation pour conducteurs de tanks dans le Néguev reçut brusquement l’ordre de se rendre à Refidim, dans le Sinaï, de toute urgence. Les services de renseignements prévoyaient une attaque sérieuse de l’Égypte.
A Refidim, régnait une grande confusion. Dans la nuit, alors qu’on entamait la journée la plus sacrée de l’année juive, au lieu de se réunir pour la prière de Kol Nidré, les soldats s’affairèrent autour des tanks et des recharges de munitions. Ces préparatifs se poursuivirent durant toute la matinée. Soudain, à 14 heures, les soldats entendirent un bruit assourdissant : les avions MIG égyptiens survolèrent le territoire : la guerre avait commencé.
Ofir et ses compagnons enlevèrent les filets de camouflage, mirent en marche les chenilles de ces énormes engins et se dirigèrent vers le Canal de Suez. C’était là que les fortins vaillamment tenus par les forces israéliennes étaient attaqués par d’innombrables soldats ennemis.
Dans la soirée, ils arrivèrent au fortin Milano 2, proche du Canal et qui subissait attaque après attaque. Ofir et ses compagnons se battirent avec détermination pour vaincre les Égyptiens. Ils réussirent à en éliminer un grand nombre mais, au fur et à mesure, des renforts ennemis arrivaient sans cesse et remplaçaient les pertes : de plus, ils étaient équipés de missiles anti tanks. A la fin, leur supériorité numérique joua en leur faveur et des tanks israéliens furent touchés, parmi lesquels celui d’Ofir. Il ressentit soudain qu’il avait été blessé à l’épaule : il ordonna à ses soldats d’abandonner le tank et de se réfugier dans le fortin mieux protégé.
La situation dans le fortin était terrible. Quatre soldats avaient été tués. Les tankistes s’empressèrent de se mettre en position offensive pour répondre au déluge de feu des soldats égyptiens qui affluaient de partout. Mais ils réalisaient que la situation était désespérée, que le nœud se resserrait autour d’eux.
Dimanche dans la soirée, ils comprirent qu’ils n’avaient plus aucune chance d’empêcher la chute du fortin. Après de durs combats, ils décidèrent de profiter de l’obscurité de la nuit pour sortir et tenter de rejoindre des renforts qui s’approchaient pour venir à leur secours.
Prudemment, ils sortirent un par un du fortin et se glissèrent sur la route pleine de dangers, au cœur du champ de bataille qui grouillait de soldats égyptiens. Ils avançaient sans bruit, tendus et priant silencieusement que le D.ieu des Armées les protège et les sauve du regard de leurs ennemis.
Soudain, les soldats égyptiens s’aperçurent qu’un groupe d’Israéliens se faufilait parmi eux et ouvrirent le feu. L’adjoint du Commandant du fortin, Mi’ha fit preuve d’un grand sang-froid et cria vers eux en arabe : «Vous êtes fous ! Nous sommes égyptiens !». Le feu s’arrêta un instant mais reprit car les Égyptiens avaient remarqué l’accent israélien de leur interlocuteur. Durant le bref combat qui suivit, quinze soldats juifs furent tués ou faits prisonniers. Les rescapés trouvèrent refuge sur une colline. Après deux jours sans dormir, alors que leurs forces et leurs munitions diminuaient dangereusement, alors que les commandos égyptiens s’approchaient de plus en plus, les soldats israéliens attendaient le miracle qui les sauverait. Et c’est dans ces moments particulièrement cruciaux qu’ils aperçurent un spectacle venu d’un autre monde : au lever du soleil, deux soldats pratiquants s’étaient levés pour prier, l’un avec son Talit et l’autre avec ses Téfilines. Tous deux semblaient insensibles au tumulte autour d’eux et se balançaient d’avant en arrière tout en récitant les mots sacrés.
Il n’en fallait pas plus pour insuffler un nouveau courage dans le cœur de leurs compagnons d’infortune. A cet instant, ils ressentirent tous un attachement très fort à leurs racines et leurs valeurs juives grâce auxquelles leurs ancêtres avaient survécu à tant d’épreuves.
Tandis que les uns priaient et que les autres attendaient, on entendit soudain des bruits d’explosions. Les soldats s’aperçurent avec horreur que, durant un combat entre tanks israéliens et égyptiens, ils avaient été identifiés par erreur par Tsahal comme égyptiens. Gil Ofir réalisa qu’il fallait absolument démontrer aux tankistes israéliens qu’ils étaient leurs frères. Son regard se posa sur le Talit : c’était la solution ! Il saisit le Talit, l’étendit et courut vers le tank israélien en le déployant dans la brise légère.
- C’est du suicide ! cria le commandant.
Mais Gil ne l’écouta pas. Et, au bout de quelques minutes, le feu s’arrêta.
Les soldats furent rapidement secourus par les tankistes qui les amenèrent à l’arrière, loin du champ de bataille. C’est ainsi que, grâce au Talit, vingt-cinq soldats furent sauvés.
Par la suite, Gil et ses camarades discutèrent avec les occupants du tank et entendirent leur version des faits ; au début, quand ils avaient aperçu le Talit flottant au vent, ils avaient été persuadés que c’était une ruse des Égyptiens et que le tissu n’était qu’une illusion. Ce n’est que lorsque Gil s’était approché davantage qu’ils avaient compris qu’il s’agissait bien d’un Talit et qu’ils avaient immédiatement arrêté de tirer.
«Au fur et à mesure des années, les soldats avaient réfléchi à cet incident qui leur avait sauvé la vie et tout avait pris un sens plus profond. Gil avait reçu des mains du soldat pratiquant, habitant de Jérusalem, ce Talit qu’il tenait à mettre chaque Yom Kippour, en allant d’une synagogue à l’autre pour raconter son histoire et donner au mot «uniforme» une signification autre que militaire.
Sichat Hachavoua N° 1448 Traduit par Feiga Lubecki
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