

L’anniversaire de mon unique petite-fille
Ces jours-ci, a été célébré l’anniversaire de mon unique petite-fille, Dalya(394), que D.ieu lui accorde une longue vie. Elle a eu quatorze ans, pour de longs jours et de bonnes années.
Je ne la connais pas et je n’ai pas vu son père depuis vingt-neuf ans. C’est pour moi une cause de douleur profonde et D.ieu seul sait ce qu’il adviendra par la suite.
Je ne veux pas penser à tout cela, mais, d’un point de vue purement rationnel, même en faisant abstraction du sentiment du cœur, une telle situation n’est pas du tout ce qu’elle devrait être. Tous l’admettront clairement. Lire la suite
Après tout ce que j’ai vécu, après la fin si amère qu’a connu mon mari, dont la mémoire est une bénédiction, je ne sais même pas ce qui se passe actuellement en Russie ! S’il y avait eu quelques bonnes nouvelles de là-bas, je pense que j’en aurais eu connaissance. Il me semble avoir le droit de les rencontrer. Eh bien, essayez de faire en sorte qu’il en soit ainsi !
Je reçois des lettres, bien qu’elles ne soient pas fréquentes. Je suis satisfaite dès que je vois cette écriture. Mais, je ne sais pratiquement rien de ce que je voudrais savoir.
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La célébration de la Bar Mitsva du Rabbi
A l’issue du saint Chabbat, Roch ‘Hodech Adar Richon 5719(395),
C’est actuellement un temps en lequel on exprime l’espoir d’avoir une bonne semaine. En outre, c’est Roch ‘Hodech et, bien plus, c’est, en l’occurrence, celui du mois d’Adar, en lequel : « on multiplie sa joie »(396). Il est donc nécessaire d’écrire dans un état d’esprit favorable.
Pourtant, je suis maintenant assise, seule, dans ma maison et je suis assez mélancolique, car, depuis le 28 Tévet, je suis entrée dans ma soixante-dix-neuvième année. Certes, je remercie D.ieu de m’être maintenue jusqu’à maintenant, à la fois moralement et physiquement, mais chaque jour qui passe rend mon état encore plus complexe.
Cette semaine, a été célébrée la Bar Mitsva du fils de l’une de nos connaissances(397) et cela m’a rappelé celle de mon fils aîné, auquel D.ieu accordera de longs jours et de bonnes années, en bonne santé et dans la réussite.
Toutes les fêtes de Bar Mitsva qui ont été célébrées dans notre famille, ont été belles, mais la sienne a été particulière, inhabituelle. Ce fut l’occasion d’une grande élévation morale et la première joie dans notre famille.
Sa relation avec mon mari, dont la mémoire est une bénédiction, était très bonne. C’était après les « douleurs d’enfantement » de sa fonction rabbinique(398), après l’opposition à Loubavitch, dont mon mari était considéré comme le représentant, de la part de ceux qui n’étaient pas des ‘Hassidim et des sionistes. Ceux-ci avaient alors tout fait pour l’empêcher d’obtenir ce poste.
Mais, à l’époque, nous habitions dans cette ville depuis sept ans déjà et ceux qui étaient avec nous étaient fiers de tout ce que mon mari avait accompli, dans cet endroit. A l’inverse, ceux qui étaient dans l’autre camp, bien souvent, regrettaient leur attitude. Ce fut donc l’occasion, pour les deux camps à la fois, de manifester leurs sentiments.
Pour nos amis proches, ce fut une joie véritable, une célébration fraternelle et agréable, qui revivifiait, comme je m’en souviens encore maintenant.
La fête fut célébrée pendant le Chabbat, en présence d’un très grand nombre de personnes. Nous avions alors une grande maison et toutes les chambres étaient bondées, comme on dit. Les bousculades étaient telles que certains, parmi les présents, repartaient, alors que d’autres arrivaient. Les femmes étaient près de moi et il y avait aussi, parmi elles, quelques jeunes. Toutes les couches de la société étaient représentées.
La fête a commencé vers midi. Bien entendu, je ne m’en rappelle pas avec précision, mais c’était, en tout état de cause, après la prière, à la synagogue. Les hommes avaient pris place dans la grande salle et nous autres, les femmes, étions, dans la grande salle à manger. Bien entendu, les tables étaient servies dans l’abondance, à la fois chez les hommes et chez nous, chez les femmes
Vers quinze ou seize heures, on a vu des vieux et des jeunes qui pleuraient. J’ai voulu observer ce qui se passait dans la salle, afin de déterminer la raison de ces larmes, mais celle-ci était emplie de têtes, de sorte que je ne voyais rien de ce qui s’y déroulait. Lorsque, par la suite, j’ai posé une question, à ce sujet, on m’a répondu que le père avait demandé une certaine assurance à son fils, que D.ieu lui accorde de longs jours.
Je ne me trouvais pas personnellement dans cette salle et je ne sais donc pas de quelle manière cela s’est passé, mais, en tout état de cause, il semble que la réponse n’ait pas été immédiate. Tous étaient profondément émerveillés en observant la grandeur d’un si jeune enfant, qui était à ce point réfléchi et scrupuleux, avant de donner une réponse.
Que se passa-t-il précisément, à ce moment-là ? Je ne le sais pas. Je me rappelle, néanmoins, que, vers dix-huit ou dix-neuf heures, alors que la lumière déclinait, à l’extérieur, les visages que j’avais vus, au préalable, larmoyants, s’emplirent soudain d’une grande joie et, dans la salle, on entendit le bruit des danses et de chants si entraînants.
La joie devint si intense qu’elle gagna également ceux qui ne se trouvaient pas sur place. On ressentait qu’au plus profond de cet enthousiasme, se dissimulait un contenu hautement significatif et que l’on n’oublierait pas, pendant très longtemps, la question qui avait été posée et celui qui devait lui apporter une réponse.
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Par la grâce de D.ieu, ‘Hechvan 5721(399),
Cinq minutes de vie,
Trente et une années d’absence de mon jeune fils
Dernièrement, je ne souhaite pas écrire. J’évite de faire un trop grand effort. Cela m’est difficile. Cependant, c’était hier l’anniversaire de mon unique petite-fille, qui a eu seize ans. Que D.ieu soit loué pour cela et qu’Il lui accorde cent vingt ans de vie.
Je reçois de bons comptes-rendus, la concernant et, de temps à autre, elle m’écrit une lettre en Hébreu, dans la Langue sacrée(400). J’en suis très satisfaite, mais je ne l’ai jamais vue, ce qui veut dire que je ne la connais pas ! En outre, cela fait trente et un ans que je n’ai pas vu son père. Et, qui sait ce qui se passera par la suite ?
Il m’est difficile de penser à tout cela. Je voudrais pouvoir en parler avec quelqu’un, mais il n’y a personne à qui je puisse m’adresser.
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27 Sivan 5723(401),
Trois ans sans écrire
Demain, cela fera seize ans que je suis arrivée ici, en Amérique. Il est déjà très tard et, dernièrement, je m’efforce, plus ou moins, d’avoir une journée quelque peu organisée, ce qui est bon pour ma santé et pour mon état d’esprit, en général.
Je constate que cela fait pratiquement trois ans que je n’ai rien fait(402) et j’en ai honte.
D.ieu merci, depuis six mois déjà, j’ai eu quatre-vingt trois ans et je rends grâce à D.ieu, car j’ai une santé relativement bonne, même si, dernièrement, mon état n’est pas vraiment brillant(403).
Notes
(392) 1958.
(393) De solitude, que la Rabbanit décrivait au préalable.
(394) La fille de Rav Israël Aryé Leïb, frère du Rabbi.
(395) 1959.
(396) Selon le traité Taanit 29a.
(397) Il s’agit vraisemblablement de la Bar Mitsva du Rav Chalom Israël Hadakov, fils du Rav ‘Haïm Morde’haï Aïzik ‘Hadakov, directeur du Merkaz Le Inyaneï ‘Hinou’h et du secrétariat du Rabbi, qui fut célébrée le Chabbat Parchat Yethro, 22 Chevat 5719.
(398) Celles de Rabbi Lévi Its’hak, relatées au préalable par la Rabbanit ‘Hanna.
(399) 1960.
(400) La petite-fille de la Rabbanit ‘Hanna réside en Terre sainte.
(401) 1963.
(402) Pas rédigé de notes.
(403) Le manuscrit s’arrête là.
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