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Par Rav Yaacov Spitezki
L’opération “Bordure protectrice“ a été le catalyseur de l’union du peuple juif. Cela fait bien longtemps que l’on n’avait pas assisté en Israël à un tel mouvement de solidarité quel que soit les sensibilités politiques et religieuses. On a pu constater que de nombreux soldats tenaient à mettre les tefilines avant de partir au combat. Quel est la signification de cette mitsva millénaire. Les Tefilines sont appelés un OT, un témoignage de la mission universelle du Peuple juif dans le monde. Ils nous aident à intérioriser des concepts fondamentaux de la philosophie du Judaïsme : l’unité de D.ieu, la Providence, le fait que toutes nos actions ont des répercussions, la place de l’action et de la réflexion dans notre vie quotidienne.
La source biblique de cette mitsva se trouve essentiellement dans le Chema , ce texte très célèbre que nous disons matin et soir . On y lit notamment : "Tu les attacheras [ces paroles] comme symbole, sur ton bras, et les porteras comme un fronteau entre tes yeux" (Deutéronome 6, 8). Les autres textes se trouvent en Deutéronome XI, 18 ainsi qu’ en Exode XIII, 9 et 16. Le mot tefilin est dérivé de Tefila, la prière. Selon le Talmud , le respect de cette mitsva est équivalent à celui de tous les commandements de la Tora. (Kidouchin 35b). Les femmes sont dispensées de tous les commandements positifs lies à un moment particulier. En théorie cependant elles pourraient accomplir cette mitsva. Il existe en effet des précédents ainsi que l’atteste le cas célèbre de Mikhal bat Kouchi. C’était la fille du Roi Saül et l’épouse du Roi David. (Talmud Bavli, Erouvin 96a). En fait tout dépend de la motivation : un féminisme uniquement démonstratif ou une conviction religieuse profonde. Mais dans la pratique les femmes ne mettent pas les tefilines. Voici l’explication donnée par le Rav Arye Kaplan : On peut dire que la raison d’être de tous les commandements est d’établir une relation personnelle avec D.ieu. La façon la plus profonde d’y parvenir est de Lui ressembler. Il est un domaine unique où la femme « ressemble » à D.ieu, d’une manière totalement inaccessible à l’homme : elle seule est apte à procréer un autre être, à porter un enfant. Les cabalistes enseignent que les Tefilines du bras représentent l’élément féminin. Le boitier ressemble à la matrice. Les lanières nous font penser au cordon ombilical. Le boîtier des Tefiline porte le nom de bayit – littéralement une « maison ». La femme est effet la prêtresse du foyer où elle élève ses enfants et influence son mari. Les cabalistes vont jusqu’à comparer les lanières des tefillin au harnais d’un cheval ! Cette image peut paraître dégradante, mais elle dit bien ce dont il s’agit : il faut dompter son animalité pour devenir en quelque sorte la "monture" de la présence divine. Il s’agit de devenir le véhicule à travers lequel le divin se manifeste dans le monde. Les lanières des Tefilines enroulées autour du doigt représentent une bague de mariage . On est parfois en tel communion avec une autre personne qu’un cadeau reçu est si précieux qu’à chaque fois que nous le regardons ou le prenons en main viennent à notre esprit de nombreux souvenirs et émotions. Mais direz-vous comment cela est-il possible. Un simple geste… Mais comment expliquer à un aveugle à quoi ressemble telle ou telle couleur. Comment décrire a celui qui ne l’a pas gouté la saveur telle ou tel fruit. En fait dès l’âge de treize ans c’est toute la journée que l’on devrait porter les Tefilines. Mais comme il est difficile de rester dans un état permanent d’éveil religieux on ne les met que pendant l’office du matin ou en cas d’empêchement quelques minutes tant qu’il fait encore jour. On notera que l’on met d’abord un boitier sur le bras au niveau du cœur puis un autre boitier sur le front. Ceci vient nous rappeler que pour recevoir la Tora nos ancêtres se sont exclamés « Nous ferons puis nous comprendrons ». S’il est vrai que l’étude et la réflexion sont fondamentales. Nous devons également faire preuve d’humilité. Tout n’est pas compréhensible. Certaines personnes en savent plus. Le patient écoute son médecin même s’il ne comprend pas tous les tenants et aboutissement du traitement qui lui est prescrit. A titre d’exemple citons le « Journal de Médecine chinoise », (Numéro 70, octobre 2002) : « Les endroits où sont posés les deux boîtiers des tefilines forment des points de pression qui sont localisés exactement sur les même endroit que certains points de pression d'acupuncture. Selon le Dr. Schram, ils aident à dégager l'esprit et harmoniser l'esprit… La où les courroies se rencontrent derrière la tête à la base du crâne (la protubérance occipitale externe), se trouve un nœud qui correspond au Fengfu DU-16 ou ‘Gui Zhen- le Manoir de Vent” et développe la mémoire et la concentration. La courroie de cuir est enroulée sept fois autour du bras. Il existe près de cinquante points d'acupuncture situés sur le bras. Tout ceci influe sur la sérénité de l'esprit ...»
L’étymologie du mot mitsva est « lien ». Chaque commandement nous aide à nous rapprocher de D.ieu et forge un attachement toujours plus profond avec Lui. Nous sommes semblables à un récepteur de radio. En comprendre le fonctionnement nécessite la connaissance de connaitre les équations différentielles et toutes les complexités de la théorie de l'électromagnétisme. Et pourtant il suffit à un jeune enfant d’allumer une radio pour que celle-ci fonctionne. De nombreux volumes traitent de toutes les implications de cette mitsva. Les étudier prendrait des dizaines d’années. Cependant il suffit à tout un chacun de mettre les Tefilines même un bref instant pour ressentir « l’appel divin ». Certaines règles doivent être respectées. Le non-respect d'une d’entre elles peut être comparé à un élément manquant dans une chaîne Hi-Fi qui a pour conséquence que le son ne passe plus. . Dans la Tora, il n’est ni question de couleur noire, ni des quatre compartiments qui compose l’un des deux boitiers, ni de la forme cubique des Tefilines. Ces règles-là et bien d’autres encore, relèvent de ce qu’on appelle la Tora orale. Ce sont les explications données par Dieu à Moïse au Sinaï. En hébreu Hala’ha le-Moché mi Sinaï et qui ont été transmises de génération en génération Nous touchons là à un fondement du judaïsme : la Tora écrite ne peut pas se comprendre sans la Tora orale. Cette transmission inaltérée de l’enseignement, sur des milliers d’années, a bien fonctionné. Dans la célèbre grotte de Qumran, là où ont été découverts les manuscrits de la mer Morte on a retrouvé des tefillines complètement identiques aux nôtres. La chaine de la Tradition ne s’est jamais brisée. Nous en sommes les maillons. En mettant les Tefilines ne serait-ce qu’un court instant, résonnent encore aujourd’hui dans nos consciences les paroles du Prophète Osée : « Je serai ton fiancé pour toujours. Je serais ton fiancé par la justice et la droiture, par la bonté et la miséricorde ; et tu reconnaîtras l’Eternel. » (II, 21-22).
L’auteur dirige le Centre SHORASIM –INSTITUT NOAHIDE à l’Université Hébraïque de Jérusalem
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