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Se définissant comme l’école Juive de la deuxième chance, elle fonde son projet pédagogique sur l’écoute, le soutien et l’accompagnement de proximité. Monsieur Brahmi, son directeur, nous éclaire à ce sujet.
Quel est le profil des élèves que vous accueillez à l’école ESCHEL ? Nous accueillons avant tout des jeunes issus du ’Héder ou de la Yéchiva ayant besoin d’une remise à niveau sur le plan des matières générales et qui rapidement vont acquérir un savoir-faire professionnel appréciable, dans des domaines aussi larges que l’informatique, la comptabilité ou encore le marketing. Nombreux sont également les élèves issus des structures scolaires traditionnelles dont le niveau a été jugé trop faible pour accéder aux filières générales : souvent leur parcours scolaire y fut chaotique, semé de problèmes relationnels, ayant été la plupart du temps dépréciés. Ainsi, ces adolescents portent en eux un vécu relativement chargé sans parler des parents qui, de leur côté, ressentent un certain désarroi tout en étant à la recherche d’une structure d’accueil plus adaptée aux besoins de leur enfant. Lire la suite
Comment pouvez vous définir votre approche pédagogique ? Souvent, nous constatons que le plaisir d’apprendre n’a pas été un moteur chez ces élèves, tout simplement parce qu’il ne leur a pas été transmis. Ceci nous paraît être une anomalie éducative puisque tout dépend du goût comme le disent Nos Sages: « L’homme étudie ce que son coeur désire apprendre », il est donc impossible de gommer l’aspect affectif dans tout apprentissage. Il nous semble également très important qu’un élève se sente bien dans son école et qu’il s’y rende chaque matin avec enthousiasme. En général, nos jeunes partagent un autre point commun, celui de la confiance en soi, malheureusement perdue, chacun pour les raisons qui le concernent. Ils ont tendance à demander plus d’écoute, d’attention et de soutien de la part de nos enseignants qui sont généralement très impliqués et font preuve d’une très grande patience. Ainsi nous parvenons à créer une dynamique vertueuse qui va les conduire à intensifier leurs efforts et leur permettre d’envisager plus sereinement leur réussite au Bac dans la spécialité de leur choix. Au départ, j’avoue qu’il a bien fallu accepter que l’école joue le rôle de «garderie pour les grands» car nos élèves ont souvent besoin de temps pour trouver leurs repères et mieux se situer face au monde adulte pour enfin retrouver la confiance en soi qui leur fait si cruellement défaut. C’est seulement après quelques mois qu’ils commencent à s’ouvrir et à comprendre qu’ils ont des opportunités à saisir tant dans le domaine humain que scolaire.
Quel est d’après vous le message essentiel que vous leur faites passer ? Lorsque je fais connaissance avec un candidat venant s’inscrire accompagné de ses parents, j’insiste sur le fait que nous sommes à l’origine un établissement d’enseignement supérieur où la responsabilité est de mise pour chacun et qui exige un minimum de maturité pour vraiment profiter de tous les moyens mis à la disposition des élèves. J’essaie aussi de leur faire comprendre que l’effort doit être partagé, entre eux et l’équipe pédagogique, et que nous tenons à travailler ensemble dans un climat de bienveillance tout en suscitant leur part d’efforts motivés par un certain goût d’apprendre que nous tentons de développer avec le temps. Nous essayons aussi d’instaurer un dialogue avec ces adolescents qui sont aussi des pré-adultes qui doivent constamment faire preuve de maturité afin de bien discerner où se situe leur intérêt personnel ce qui va les aider à progresser.
Par ailleurs, nous sommes là également pour les encourager à faire émerger leur véritable personnalité avec tous les talents qu’elle renferme afin qu’ils se construisent de manière authentique. Avec le temps, nos élèves vont nous rendre bien plus que ce que nous leur avons donné ; leur gratitude et le feed-back qui en découlent sont souvent proportionnels aux difficultés qu’ils ont dû surmonter. Leurs qualités de coeur et leurs « midot tovot » sont hors du commun et nous observons une très grande entraide (A’hdout) qui devient encore plus intense, en période d’examen.
À vous entendre tout dépend donc de l’approche et de la méthode ? En effet, j’en ai la conviction. Tout dépend du rythme imposé à l’élève. Prenons l’exemple de ceux que l’on diagnostique comme dyslexiques au primaire : certains auraient pu rester six mois de plus au gan car leur besoin de jouer n’a pas encore été complètement assouvi et ils vont ressentir l’entrée au CP, avec beaucoup plus de contraintes et un système de notation standardisé comme une sorte de « tsunami » impossible à surmonter. C’est ainsi qu’apparaissent des décalages, des enfants « à la traîne »…
C’est ainsi qu’on peut dire en conclusion qu’il n’existe pas véritablement d’obstacle majeur à développer les aptitudes intellectuelles de nos enfants car tout est lié au rythme, à notre capacité à intéresser l’élève et à trouver les bons leviers pour agir.
Propos recueillis par Katja EPELBAUM
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