Le Ramban [Nahmanide] et le H’izkouni pensent que l’ordonnance d’aimer son prochain comme soi même est une véritable gageure. Et ils revisitent ce commandement en interprétant le "comme soi même" non pas un comme signifiant "à l’identique" mais plutôt un comme qui voudrait dire "ressemblant" . Dit autrement il faut que l’amour que l’on porte à son prochain se rapproche au plus prés de l’amour que l’on se porte à soi même
! Rachi sur place rapporte les propos de Rabbi Akiba qui explique que cette mitsva est un des fondements de la Torah, ou plutôt dans les mots : "..c’est une grande règle générale de la Torah..". Si Rachi rapporte ces mots de Rabbi Akiba c’est parce qu’on pourrait s’interroger ! En effet il est déjà dit ailleurs :"..de ne pas voler son prochain , de ne pas envier ce qui lui appartient, de ne pas faire de faux témoignage, et même d’aider son ennemi si la charge de son âne s’écroule ..etc.." Que vient donc nous apporter ce passage ? Et bien justement Rachi précise qu’ici c’est la règle générale qui est énoncée et ailleurs on détaille comment.
Il y a encore 2 points à éclaircir ;
- Le texte aurait pu énumérer à la suite tous les détails et ne pas les éparpiller dans divers endroits de la Torah ?! C’est la raison pour laquelle Rachi souligne que c’est une règle générale, autrement dit l’entreprise serait trop vaste de vouloir tout expliquer au même endroit et d’un seul jet.
- Pourquoi Rachi précise t’il l’auteur : Rabbi Akiba ? Il n’est pas coutumier du fait ! Réponse : parce qu’ailleurs ce même Rabbi Akiba rapporte dans la Guémara Nédarim une situation troublante : " Si 2 hommes se trouvent dans le désert et qu’un seul d’entre eux possède une provision d’eau suffisante pour lui mais par pour les deux, il ne doit pas partager avec son prochain mais sauver sa peau d’abord puisqu’il ne peut sauver celle des deux!!" Ce qui est sous tendu ici c’est que même pour Rabbi Akiba on peut aimer son prochain au plus prés de ce que l’on s’aime et c’est déjà un niveau très très grand, mais pas à l’identique.
Voilà pour le sens littéral, mais la Hassidout va donner un autre éclairage à l’opposé de celui-ci.
L’Admour Hazaken rapporte au chapitre 32 du Tanya que ce qu’il y a de commun et d’essentiel entre chacun d’entre nous c’est la Néchamah, l’âme divine, bref cette partie de D qui est en nous. Vu sous cet angle on ne peut plus aimer moins l’autre moins que nous, sinon cela reviendrait à dire que l’on aime moins D dans un cas que dans l’autre.
A ce niveau, et c’est ce que Rabbi dans les Pirké Avot souligne en substance, il ne doit pas y avoir de conflit entre l’harmonie de mon prochain et la mienne. Reste que pour être capable de cela il faut cultiver, agrandir le niveau de perception de notre Nechama, de la Torah…. En mot de D !