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Par Gérard Touaty
Nous savons tous que le Choffar est lié avec Roch Hachana puisque nous avons l’obligation, durant cette fête, d’écouter le son qui sortira de cet instrument. Toutefois, plusieurs textes de la tradition relèvent que le Choffar n’est pas exclusivement rattaché avec cette solennité. Il a aussi un lien étroit avec la délivrance. Une première source de ce lien se trouve dans un texte du prophète Yéchaya qui, s’adressant au peuples du monde, proclame « Tous les habitants de la terre…quand se dressera l’étendard sur les montagnes, regardez ! Quand retentira le son du Choffar, écoutez ! (1). Les commentateurs de ce texte ne donnent pas au Choffar la signification première que l’on connaît. Le Choffar est plutôt ici, un ensemble d’évènements qui, comme le Choffar, provoque chez l’individu un bouleversement psychologique ou une prise de conscience. Avant la venue du Machia’h, les peuples entendront, d’où ils se trouvent, l’annonce de la délivrance du peuple juif et cela créera chez eux un bouleversement.
Un peu plus loin dans le texte, un verset (2) proclame : « Et ce sera, ce jour là, il sera sonné du grand Choffar. Et viendront ceux qui étaient perdus dans le pays de Achour et viendront ceux qui étaient éloignés dans le pays d’Egypte. Ils se prosterneront devant D.ieu sur la montagne sainte à Yérouchalaïm ».
On trouve chez un autre prophète, Zé’haria, la mention du Choffar (3) : « Et D.ieu apparaîtra au dessus d’eux. Sa flèche s’élancera comme un éclair. D.ieu sonnera du Choffar et s’avancera dans les ouragans du Midi ».
Et là aussi, le Choffar est une parabole pour décrire des évènements qui bouleversent la communauté des hommes.
L’approche du Rabbi va dans le même sens mais il ajoute que ce son du Choffar correspond à deux époques qui se situeront à la fin de l’exil. La première époque est celle évoquée par le prophète Zé’haria, au cours de laquelle le monde tremblera sous l’effet d’un grand désordre, D.ieu imposant au monde une grande frayeur, sans que l’on puisse comprendre logiquement son origine. Pour le Rabbi, cette période correspond aux deux premières guerres mondiales. La première débuta par un assassinat et déclencha un cataclysme mondial. De même pour la seconde, qui vit la prise de pouvoir par un homme qui n’avait aucune envergure de chef d’Etat et qui incendia le monde entier. C’est l’ouragan évoqué par le prophète Zé’haria.
Dans une seconde étape, ce n’est plus le monde qui est visé pour se préparer mais le peuple juif. Et là, on ne parle plus d’un simple Choffar mais d’un grand Choffar comme le mentionne le second texte de Yéchaya. Il s’agit là, explique le Rabbi, du grand retour au judaïsme de tous ceux qui étaient perdus dans le pays d’Achour et dans le pays de Mitzraïm (l’Egypte) et qui annonce la proximité de la délivrance. Il y a alors un double retour des exilés : retour physique (en terre d’Israël) et retour spirituel (au judaïsme). Cela se passa, poursuit le Rabbi, en 1967, lors de la guerre des six jours qui déclencha chez les Juifs une prise de conscience extraordinaire et un réveil de l’âme juive qui ne passa, ni par l’intellect, ni par l’étude, ni par la pratique des mitzvoth. Du plus profond de son être, le Juif exprima son attachement à son identité. Il est dommage, ajoute le Rabbi que ce réveil spirituel ne fut pas exploité pour déclencher la délivrance. Ce constat pour nous, n’est qu’une invitation supplémentaire à nous renforcer dans notre judaïsme, tout en intensifiant la diffusion de l’annonce prophétique du Rabbi de l’imminence de la délivrance.
Notes
(1) Isaïe, chap. 18, verset 3
(2) Isaïe, chap. 27, verset 13
(3) Zé’haria, chap. 9, verset 14
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