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Par Gérard Touati / hassidout.org
Alors que Chémoth, la paracha précédente, nous faisait vivre l’exil et l’esclavage des Enfants d’Israël, Vaéra, notre paracha, nous décrit les premiers instants de la délivrance. Toutefois, aujourd’hui, notre réflexion ne portera pas sur l’une ou l’autre paracha mais sur l’articulation qui les rapproche. Nous nous intéresserons à l’instant précieux au cours duquel, nous passons de l’exil à la délivrance.
Quand un peuple se libère de l’oppression, la violence est une donnée indissociable de la nouvelle liberté. L’histoire des nations nous a appris qu’il est quasi légitime de voler et de tuer, presque en toute impunité, comme s’il fallait manifester avec force son identité naissante. La délivrance d’Egypte se déroula sur un mode radicalement différent. Pour un Hébreu, devenir libre, c’est un mouvement intérieur qui va donner l’occasion à chacun de devenir un autre homme. Et l’on verra cette noble distinction aussi bien chez le libérateur que chez ceux qui vont devenir libres.
Trouver une place
Quelle est la condition impérieuse qui rend la délivrance possible ? C’est l’humilité ou la soumission au message de D.ieu. Pour qu’un homme puisse se libérer des contraintes que le monde lui impose, il doit, au préalable, faire le vide en lui, mettre de côté son ego afin d’être capable d’intérioriser la lumière de la délivrance. Mais tant qu’il privilégie son moi, « son » système de pensée, « sa » subjectivité intellectuelle et émotionnelle, la liberté est impossible puisqu’il est plein de lui. Comment D.ieu pourrait-il y trouver une place ? Prenons l’exemple de la Thora, souvent présentée comme possédant la vertu de soigner toutes sortes de dérives psychologiques de l’individu. Ce postulat est vrai mais il n’est pas systématique. Loin de là ! Un homme peut voir toutes les plaies des autres… sauf les siennes nous dit le Talmud (1) parce son amour propre est considérable rendant tout jugement objectif impossible. De ce fait, la Thora ne peut lui être d’aucune aide, tant qu’il n’aura pas évacué de lui toute sa subjectivité égoïste, centrée sur lui-même. La Thora en effet possède la merveilleuse capacité de voir les choses avec impartialité, connaissant toutes les arcanes de la nature humaine, sans prendre parti pour l’un ou pour l’autre. Elle peut donc nous donner toutes les pistes pour résoudre nos problèmes ou nos conflits. A condition d’avoir mis notre moi de côté car si les directives de la Thora se mélangent à notre subjectivité, c’est le règne de la confusion qui s’imposera.
Devant l’Infini
A partir de cette idée, on comprendra mieux pourquoi Moché a « une langue lourde ». La parole est le signe qui distingue l’homme du reste de la création. Il peut donc en tirer un certain orgueil. Mais quand il se trouve devant l’Infini, comme ce fut le cas de Moché, il prend conscience qu’il n’est rien. Il ne peut donc plus s’exprimer. Il atteint le sommet de l’humilité. De même pour le peuple. Juste avant que ne commence la délivrance (avec les dix plaies), l’esclavage redouble d’intensité au point que le peuple ne sera pas en mesure d’entendre le message libérateur de Moché. C’est cette cassure morale et physique qui nettoiera l’intériorité de chaque hébreu pour en faire un récipient apte à recevoir la lumière du message divin. La délivrance messianique se construit sur le même modèle : chacun d’entre nous doit être conscient que la délivrance est imminente, selon les signes données par nos Maîtres dans le Talmud. Toutefois, la lumière qui en jaillira sera relative en fonction de l’effort produit par chaque Juif en exil pour s’attacher à D.ieu, comme le rapporte le Tanya. Un attachement qui ne sera possible que par une soumission profonde à la volonté du Créateur.
Note
(1) Michna 5, chap. 2 du traité Négayim
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