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Par Gérard Touaty
Des ’hassidim du Tséma’h Tsédek (1) avait l’habitude de se rendre chez leur Maître avec un âne qui transportait leurs effets. Lors de l’un de ces voyages, l’âne refusa d’avancer et tous les moyens ne furent d’aucune utilité pour le contraindre à bouger. Sur place, s’instaura un débat entre ces ’hassidim : cet âne était-il un âne ’hassidique ou non ? Pour la majorité d’entre eux, la réponse était non car l’animal les empêchait de se rendre chez le Rabbi. Un seul exprima son désaccord. « C’est un âne ’hassidique, dit-il, parce qu’il ne veut plus être un âne ». A quelques jours du 9 Av, qui commémore la destruction des deux Temples, cette histoire nous propulse…vers les temps messianiques.
Durant ces jours, chacun d’entre nous doit éveiller en lui, le désir de voir le Temple reconstruit. Mais nous aurions tord de penser qu’il s’agira seulement d’un retour en arrière, comme à l’époque des deux premiers Temples. L’ère messianique sera une époque radicalement nouvelle dans le monde. Quelle en sera la qualité essentielle ? L’une des réponses les plus fondamentales, rapportée par nos Maîtres, se fonde sur un verset du prophète Yéchaya (Isaïe) qui proclame que « …que la gloire de D.ieu se révèlera et toute chair verra que c’est la bouche de D.ieu qui parle… » (2)
Une révélation provisoire
Pour comprendre cette donnée, il nous faut partir depuis l’instant où D.ieu créa le monde. Dès que la création devint une réalité concrète, la matière s’imposa et la divinité se mit en retrait. Comme le texte le précise, Béréchith bara Elokim…. (Au commencement, D.ieu créa…). Dans ces premiers mots, Elokim (D.ieu) est placé en troisième position, pour nous dire, en allusion, que la matière imposa un voile au divin, en faisant de la matérialité une évidence alors que la spiritualité devint une vérité…très secondaire. Puis, quand 2448 ans plus tard, se produisit le don de la Thora, cette réalité fut bouleversée. Le texte de la parachath Ytro nous révèle que le peuple vit les voix. Voir ce qui s’entend signifie que la réalité spirituelle (les voix) devint une donnée palpable comme la vision qui nous offre une perception concrète du monde. Le peuple juif comprit alors que la matérialité n’avait aucune valeur en soi. Seule la vitalité divine qui l’animait était la véritable réalité. Mais, cette révélation ne fut que provisoire. A la suite de cette « vision », le monde reprit ses droits et D.ieu se voila. Quel était le but de ce bouleversement ? Rappeler, à chaque Juif, expliquent nos Maîtres, que D.ieu est la seule réalité et que le monde n’a qu’une existence éphémère.
Croire et attendre
Toutefois, après le don de la Thora et jusqu’à aujourd’hui, la perception du divin existe toujours, mais dans une moindre mesure : grâce à la foi et à l’étude de la Thora, il nous est possible de percevoir et de comprendre D.ieu mais sans que cette perception s’impose à nous, dans toute Sa splendeur, comme lors du don de la Thora. Cette déficience explique pourquoi nous avons l’obligation de croire et d’attendre la venue du Machia’h (le Messie) : un Juif ne peut se contenter d’un judaïsme dont la Présence divine est si voilée. Il doit désirer, jusqu’au plus profond de son âme, voir l’Infini et se soumettre à Sa royauté, une situation que seul le Machia’h, nous fera atteindre. C’est là que s’appliquera dans toute sa plénitude notre verset : la gloire de D.ieu se révèlera et toute chair verra. Mais l’on peut s’interroger : si D.ieu se révèle, il est clair que tout être vivant verra ! Non, l’équation n’est pas si évidente ! Un rayon de soleil d’une grande intensité peut éclairer une poubelle sans que celle-ci ne devienne lumineuse. Aussitôt, le rayon de soleil parti, elle restera obscure. Quand le Machia’h fera descendre D.ieu sur terre, le monde changera et la création, dans ses moindres détails, proclamera la gloire de D.ieu. La pierre, l’arbre, l’âne et les hommes verront l’Essence de la vie et proclameront la grandeur infinie de D.ieu. Lors du don de la Thora, D.ieu imposa Sa présence au monde qui fut presque contraint de l’accepter. Lors de la délivrance, de lui-même, le monde acceptera, verra et glorifiera l’Infini. Très prochainement.
Notes
(1) Troisième Rabbi de Loubavitch (1789-1866) (2) Livre de Isaïe, chap. 40, verset 5
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